Politique

Recep Tayyip Erdoğan reste au pouvoir

Dimanche 24 juin, 56,3 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes dans le cadre des élections présidentielles et législatives anticipées. Des élections historiques dans la mesure où elles marquent le passage d’un système parlementaire à un régime présidentiel en vertu d’une révision de la Constitution approuvée de justesse par référendum en avril 2017. Si la campagne s’est avérée difficile pour le chef de l’État qui brigue un second mandat à la tête de la République, selon les résultats partiels divulgués par l’Agence Anadolu, le président sortant arriverait en tête du scrutin présidentiel et conserverait la majorité au parlement. L’opposition conteste les résultats avancés.

Ce 24 juin, entre 8h et 17h, 56,3 millions de Turcs inscrits sur les listes électorales – dont 1,65 million de citoyens qui votaient pour la première fois – se sont rendus dans les 180 065 urnes réparties dans les 81 provinces de Turquie afin d’élire 600 législateurs – 50 de plus que l’assemblée sortante – et le premier président turc aux pouvoirs élargis.

Le jour de ce scrutin historique a été avancé d’un an et demi à la suite d’une proposition conjointe faite le 18 avril par le président Erdoğan et le leader du Parti du mouvement nationaliste (MHP) Devlet Bahçeli. Le 20 avril, après avoir introduit une nouvelle loi permettant la formation d’alliances, les deux dirigeants ont déclaré qu’ils entraient dans les deux élections dans le cadre de  l’«Alliance du peuple».

Alors que deux alliances électorales s’affrontent dans le cadre des élections parlementaires, six candidats étaient en lice pour la présidentielle.

Erdoğan jusqu’en 2023

D’après les résultats provisoires de l’agence Anadolu, le président sortant arriverait en tête de l’élection présidentielle avec 52,6% des voix au premier tour. Celui qui est devenu maire d’Istanbul à 40 ans, puis Premier ministre en 2003 et enfin président en 2014 serait donc réélu dès le premier tour pour un mandat de cinq ans à la tête du pays.

Le chef de l’État turc a affronté Muharrem İnce (CHP, Parti républicain du peuple), Meral Akşener (İYİ, le Bon Parti), Temel Karamollaoğlu (SP, Parti de la félicité), Doğu Perinçek du Parti patriotique (Vatan), et Selahattin Demirtaş du Parti démocratique des peuples (HDP).

Selahattin Demirtaş, en détention depuis 2016, a effectué sa campagne depuis sa cellule à Edirne. Une première en Turquie. Avec sa détermination, l’ancien co-dirigeant du HDP aurait réussi à obtenir 8,1% des suffrages exprimés.

L’ancien ministre de l’Intérieur, Meral Akşener, âgé de 61 ans et seule femme candidate après avoir rompu avec le MHP et avoir formé le parti du centre-droit nationaliste İYİ, a récolté 7,4% des voix après dépouillement de 96% des bulletins.

Quant à Temel Karamollaoğlu et Doğu Perinçek, ils n’ont obtenu respectivement que 0,9 et 0,2% des suffrages.

Nombreux étaient ceux qui plaçaient de grands espoirs en Muharrem İnce, la surprise de cette campagne éclaire et féroce. Mais sa pugnacité, ses pics bien placés et son humour ne semblent pas avoir suffi pour affronter le président sortant lors d’un second tour (qui se serait déroulé le 8 juillet prochain). Le social-démocrate İnce, qui décrit le président sortant comme un homme « fatigué » par 15 années au pouvoir,  qui prône la paix, la croissance, l’égalité et qui a fait de l’indépendance de la justice son cheval de bataille, est crédité de 30,8% des voix, selon les résultats provisoires qui sont contestés par le CHP qui estime que seulement 56,7% des urnes ont été ouvertes, que le dépouillement n’est pas terminé dans les grandes villes et que le président sortant mène avec 44% tandis qu’İnce le talonne avec 40%.

Cela n’a pas empêché les soutiens du président de laisser éclater leur joie tandis que Recep Tayyip Erdoğan a revendiqué sa victoire électorale lors d’une allocution télévisée : « « Les résultats non officiels des élections sont clairs. Selon eux, notre nation m’a confié la responsabilité de président de la République », a-t-il déclaré. Remerciant ses partisans, Erdoğan a poursuivi en félicitant les autres avant de déclarer : « J’espère que personne n’essaiera d’entacher les élections pour camoufler leur échec (…) Le message est clair: la Turquie a donné une leçon de démocratie avec un taux de participation proche de 90% ».

Le parlement acquis à l’Alliance du peuple

En face de l’Alliance du peuple, à défaut d’avoir pu se coordonner pour le premier tour de la présidentielle, l’opposition a formé pour les législatives l’ « Alliance de la nation » qui regroupe le CHP, le Bon Parti et le Parti de la félicité (Saadet).

Sans grande surprise, le parlement est dominé par l’Alliance du peuple (53,6%). Si l’on observe un fléchissement des voix pour l’AKP (42,4%), qui obtiendrait 293 sièges, l’alliance avec son allié, le MHP (11,2%), lui permettrait de conserver la majorité. Ainsi, Recep Tayyip Erdoğan a pu revendiquer la victoire de son alliance.

Néanmoins, l’alliance anti-Erdoğan récolte pour l’instant 34,2% des voix, d’après les résultats partiels publiés par l’Agence Anadolu

La première force d’opposition reste sans conteste le CHP (22,7%) avec 147 sièges. Le HDP, exclu de l’alliance formée par l’opposition, a finalement réussi à franchir le seuil de 10% (11,3%) lui permettant de rentrer à l’Assemblée, coûtant ainsi des dizaines de sièges à l’Alliance du peuple (66). Il en est de même pour le parti de Meral Akşener qui obtient, à l’arraché, 45 sièges (10,1%).

En revanche, en dépit de l’alliance avec le CHP et le  İYİ Parti, impossible pour le Parti de la félicité d’obtenir une quelconque représentation (1,4%).

Malgré la victoire de l’AKP et du président turc, force est de constater que cette campagne n’a pas été des plus faciles pour ce que l’on estime être une « machine à gagner des élections ». Pour la première fois depuis longtemps, l’opposition a semblé revigorée et a montré qu’une alternative était possible.

Camille Saulas

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