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La reconnaissance de l’État palestinien : qu’en est-il pour la France ?

L’impulsion socialiste invoquant la possibilité de reconnaître l’État palestinien aura été entendue. Mardi dernier, l’Assemblée nationale a donc tranché en faveur d’une proposition de résolution incitant le gouvernement français à reconnaître l’État palestinien, par 339 voix contre 151. Mais ne nous y méprenons pas, ce texte n’oblige en rien le gouvernement français d’affluer dans ce sens. Ce vote des députés s’inscrit en réalité dans un processus qui tend à se généraliser dans le Vieux Continent. Un vote au sein du Parlement européen en décembre serait alors envisageable.

État palestinien

Une décision symbolique de l’Assemblée nationale

Cette décision a de quoi réjouir le groupe socialiste, soutenu notamment par les écologistes et les communistes, dans le cadre de ce « vote pour la paix » comme l’a affirmé Elisabeth Guigou, présidente de la commission des affaires étrangères (PS). Cette dernière a affirmé qu’il s’agissait là d’un vote de rassemblement qui participe à un mouvement pour la paix. Dans cette même optique, Mr Bruno Le Roux, à la tête des députés du Parti Socialiste, n’a pas manqué de saluer cette démarche, affirmant que ceci « dépasse le simple clivage droite-gauche. Il réunit de nombreux groupes et permet d’avoir un acte d’espoir et de volonté pour la paix ». En effet, la France, au même titre que d’autres pays, entretient des relations diplomatiques avec l’Autorité Palestinienne, sans jamais la reconnaître comme un État indépendant pour autant. De ce fait, ce texte repose sur des valeurs certes symboliques et idéologiques fortes, mais il n’impose aucune contrainte au gouvernement français. Il s’insère principalement dans une dynamique européenne plus globale dans la perspective de la reconnaissance de l’État palestinien. L’objectif annoncé est de mettre Israël face à la réalité de ce problème afin que le pays relance les négociations, qui n’ont plus repris depuis l’échec cuisant de la tentative de médiation américaine au printemps dernier.

Pourquoi la France devrait-elle prendre une telle décision ?

Aussi symbolique soit-elle, c’est surtout une décision déterminante dans la politique étrangère d’un pays, sans pour autant assurer automatiquement une perspective palpable de résolution du conflit israélo-palestinien. C’est en effet dans ce sens qu’a abondé Yossi Gal, l’ambassadeur d’Israël en France, en déclarant que « la paix demande du temps et ne viendra pas d’une simple déclaration » qui ne ferait qu’aggraver les tensions. Seuls les pourparlers entre les deux parties permettront d’arriver à un règlement. ». De ce fait, il considère qu’une telle décision serait une « solution illusoire ». Toutefois, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) tient à poursuivre cette démarche car elle constitue à son sens un soutien de poids, « une première étape nécessaire » et décisive dans le processus de paix. Saeb Erekat, membre du comité exécutif de l’OLP, a d’ailleurs tenu à préciser qu’invoquer le droit à l’autodétermination n’était pas opposé aux négociations. On pouvait certes préconiser un énième désaccord entre l’OLP et le gouvernement israélien, voyant dans cette résolution une prise de parti diplomatique. En effet, si l’Autorité palestinienne était satisfaite de voir ce texte adopté par l’Assemblée nationale, l’ambassade d’Israël en France considère que ce vote éloigne «  les possibilités d’arriver à un accord ». Il s’agit là avant tout d’une initiative qui divise durablement, et ce à plusieurs échelles, y compris en France.

L’opinion française est effectivement loin d’être unanime. Cette décision scinde les partis politiques à nouveau, car le centre et la droite y sont en grande partie opposés. Ils campent sur leur position car ils considèrent qu’une telle démarche appartient au pouvoir exécutif et qu’une reconnaissance de l’État palestinien ne peut être judicieuse qu’une fois les négociations menées à terme. Ainsi, selon la majorité du groupe UMP qui avait d’abord hésité à voter, adopter cette proposition de résolution, intervenant avant d’obtenir un accord de paix, est à leurs yeux dénuée de sens aujourd’hui car cela ne changerait rien. Quant à Jean-Christophe Lagarde, le président de l’UDI, il n’a pas voté en faveur de cette résolution car il lui préfère une prise de position à l’échelle européenne. En effet, nombreux sont ceux qui ont vu dans cette résolution une opération électoraliste menée par le PS, visant à récupérer un « électorat musulman » déçu par une politique jugée pro-israélienne menée actuellement par le président François Hollande, comme l’ont affirmé Christian Estrosi et Claude Goasguen. C’est donc un conflit qui en appelle un autre à une tout autre échelle, une mise en abyme politique sans fin. Pourtant, la France est loin d’être le seul pays à avoir émis la possibilité de reconnaître l’État palestinien.

Aujourd’hui, 135 pays reconnaissent l’indépendance de l’État palestinien 

État palestinien1Cette démarche a pris forme dès que l’État d’Israël a été créé en 1948. La création d’un État palestinien demeure depuis lors le nerf de la guerre des mouvances politiques palestiniennes. L’indépendance de la Palestine est proclamée unilatéralement par l’OLP le 15 novembre 1988. 82 États, majoritairement africains, moyen-orientaux et soviétiques, entreprennent alors dans la foulée de reconnaître officiellement l’État palestinien. D’autres pays s’inscriront par la suite dans cette dynamique, à l’instar de l’Argentine et du Brésil en 2011. Depuis novembre 2012, l’ONU considère a Palestine comme un État observateur non-membre, ce qui lui permet d’être présente lors d’une grande partie des réunions sans pouvoir voter, proposer des résolutions, ni postuler à des offices onusiens. A la fin du mois d’octobre dernier, la Suède est devenue le dernier pays en date à avoir reconnu l’État palestinien, son gouvernement considérant que « les critères de droit international pour une reconnaissance de l’État de Palestine sont remplis ». Aujourd’hui, 135 pays reconnaissent la Palestine comme un État indépendant, mais rares sont les puissances occidentales à compter parmi ces pays. Les Palestiniens projettent désormais de soumettre incessamment sous peu un projet de résolution au Conseil de sécurité des Nations Unies. Ils souhaitent en effet mettre un terme à l’occupation de leurs territoires par Israël d’ici deux ans, et entrevoir ainsi la perspective d’un État indépendant dans les frontières de 1967. Mais un véto américain réduirait à néant toute initiative de ce genre.

M.S

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