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Recyclage : Le projet « Zéro Déchet » de la Turquie porte ses fruits

Depuis quelques années, une campagne « Zéro Déchet » a été mise en place par la première dame de Turquie, Emine Erdoğan. D’ici 2023, pour le centenaire de la République de Turquie, le pays souhaiterait augmenter son taux de recyclage de 33 % à 55 % pour tous les emballages en plastique. Ce concept vient en réponse au réchauffement climatique et à la pollution.

Le projet « Zéro Déchet »

Le Projet « Zéro Déchet » a déjà permis à la Turquie d’économiser des tonnes de plastique et a rendu ses mers plus propres. Des milliers de bâtiments, de résidences et d’entreprises ont intégré le recyclage dans leurs politiques d’élimination des déchets.

C’est 93 000 tonnes de déchets d’emballages en plastique qui ont été collectés et recyclés depuis les quatre premiers mois de 2020, d’après l’annonce du ministère turc de l’Environnement et de l’Urbanisme. Il s’agit surtout de sacs en plastique, d’emballages de boissons, de cosmétiques et de produits d’hygiène. Cela représente 100 millions de livres turques, soit 12,89 millions d’Euros économisés par le pays depuis qu’il a stimulé le recyclage. Au total, environ 600 000 tonnes d’emballages en plastique ont été recyclées contre 100 000 tonnes au cours de la décennie passée. Juste l’année dernière, 230 000 tonnes de déchets ont été collectées dans les résidences, les entreprises et les espaces publics. 

Des mesures ont été mises en place pour limiter le taux de plastique « consommé » : une redevance obligatoire de 0,25 TL pour les sacs en plastique à usage unique et la vente de toutes les boissons en bouteilles de dépôt en 2021.

La deuxième vie des déchets

Cette politique a vu le jour pour la première fois à Ankara, au complexe présidentiel de Beştepe, et est entrée en vigueur en 2017. Elle s’est étendue des ministères aux municipalités jusqu’aux entreprises privées, aux institutions publiques, aux écoles et aux hôpitaux.

L’objectif du projet est de promouvoir une utilisation efficace des ressources limitées de la planète. Pour se faire, les déchets sont réduits, voire éliminés par une séparation à la source dès le début du cycle de recyclage. 

Les déchets collectés par les entreprises entrent dans un cycle de recyclage et sont transformés en meubles, en jouets en plastique ou encore utilisés dans la production textile. Une tonne de déchets plastiques recyclée économise 5 774 kilowatts par heure d’énergie.

Fin 2019, 25 000 bâtiments publics avaient adopté le système du zéro déchet. Sa promotion est allée jusqu’aux évènements internationaux aux Nations Unies, dans lesquelles la première dame a annoncé son objectif d’une mise en œuvre globale et nationale du projet dans toute la Turquie d’ici 2023.

Le revers de la médaille à la suite de la crise sanitaire

Les mesures de sécurité prises depuis la crise sanitaire de la Covid-19 mettent en péril l’aspiration de la Turquie à se tourner vers le « Zéro Déchet ». Le port du masque a été rendu obligatoire dans 49 provinces sur 81 depuis le 1er juin, soit au début de la « phase de normalisation ». 

Un universitaire met en garde : la demande d’équipements de protection individuelle (masques, gants) a grimpé en flèche et les personnes ont tendance à s’en débarrasser imprudemment, ce qui représente une menace certaine pour l’environnement. « Les rues sont maintenant remplies de masques faciaux, de gants et de déchets infectés. Nous sommes confrontés à une grande menace alors que la nature se renouvelle », prévient Lokman Hakan Tecer, le doyen de la faculté d’ingénierie de l’Université Namık Kemal dans la province nord-ouest de Tekirdağ.

Ce dernier rappelle que « l’hygiène ne doit pas être considérée comme un simple désinfectant pour les mains. Mais regardez les rues, elles sont pleines de matériel infecté. En dehors des poubelles, nous avons besoin de conteneurs spéciaux dans chaque rue pour les mettre. »

De plus, la pandémie a modifié les nouvelles et fragiles habitudes tournées vers le « vert ». Pour se protéger au maximum de la contamination, les gens utilisent de plus en plus de sacs en plastique à usage unique. Les restaurants et les cafés utilisent quant à eux des couverts en plastique pour servir la nourriture… 

Lokman Hakan Tecer s’inquiète aussi du danger de la pollution chimique : les rues ont été désinfectées avec des produits chimiques et les gens risquent d’utiliser de l’eau de Javel pour éliminer le virus sur les surfaces de leurs maisons. « Nous utilisons des désinfectants chimiques. Tôt ou tard, ces substances chimiques sont ajoutées aux eaux usées. Ensuite, les eaux usées se déversent dans les rivières ou les mers. Nous finirons par avoir une pollution chimique. Les municipalités devraient faire très attention au nettoyage des eaux usées », prévient le spécialiste. 

Anaëlle Barthel

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