International, Politique

Le référendum de Catalogne

Le président catalan a déclaré la victoire du « oui » à la suite de l’annonce des résultats du référendum organisé le 1er octobre 2017 malgré l’interdiction officielle du gouvernement espagnol. Si Madrid a affirmé qu’« il n’y a pas eu de référendum d’autodétermination », le gouvernement de la Catalogne a quant à lui affirmé que 90% de ceux qui ont voté lors du référendum d’indépendance ont choisi de se séparer de l’Espagne. Jordi Turull, un porte-parole du gouvernement régional, a signalé un taux de participation de près de 42,3%. Par ailleurs, la Catalogne comptant 5,34 millions d’électeurs, 2,02 millions de Catalans ont voté «oui» à la question: « Voulez-vous que la Catalogne devienne un État indépendant sous la forme d’une république? »Les résultats préliminaires ouvrent la voie au leader de la région pour déclarer son indépendance dans les prochains jours, bien que le gouvernement espagnol l’ait considéré comme illégal.

Les scènes brutales de la police réprimant ceux qui désiraient se rendre aux urnes pour le référendum ont largement circulé en Espagne et à l’étranger. Faisant 814 blessés, Madrid et Barcelone se renvoient désormais la responsabilité de ces violences. Pour sa part, l’Union européenne est restée silencieuse sur les événements alors que des agents masqués ont forcé l’entrée des bureaux de vote et ont tenté de confisquer les urnes. Finalement, Bruxelles a pressé Madrid de trouver une solution à la crise en Catalogne lundi : « Nous appelons tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue », a déclaré le porte-parole de la commission européenne Margaritis Schinas lors d’un point presse à Bruxelles. « La violence ne peut jamais être un instrument en politique », a-t-il ajouté alors que l’Espagne fait face à l’une des pires crises depuis le coup d’État militaire avorté de 1981.

Carles Puigdemont, le chef catalan, a déclaré : « Les citoyens de Catalogne, nous avons gagné le droit d’avoir un État indépendant qui prenne la forme d’une République », avant de saluer la mobilisation de « millions » de personnes pour le référendum sur l’indépendance de la région en dépit de son interdiction. Il a encouragé l’Union européenne à agir rapidement contre la méthode musclée de Madrid pour empêcher la bonne tenue du scrutin : « nous sommes des citoyens européens et souffrons d’atteintes à (nos) droits et libertés »

« Aujourd’hui, il n’y a pas eu de référendum d’autodétermination en Catalogne. L’État de droit reste en vigueur avec toute sa force », a déclaré le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy. Ce à quoi Carles Puigdemont a répliqué : « L’Espagne a écrit une nouvelle page honteuse de son histoire avec son traitement du référendum catalan », ajoutant qu’il allait faire appel à l’Union européenne. Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy se défend de la tournure des événements : « Nous avons fait ce qu’il fallait faire », décrivant le scrutin comme une « attaque préméditée sur l’héritage de l’État espagnol confronté à la sérénité par les forces de l’ordre ».

L’Espagne, en attendant, n’a pas vacillé dans son affirmation selon laquelle le référendum – dont la suspension a été ordonnée par la Cour constitutionnelle espagnole – est illégal. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Alfonso Dastis, a déclaré que la violence était « malheureuse » et « désagréable », mais « proportionnée», accusant exclusivement la violence de M. Puigdemont et de son gouvernement régional. Le vice-premier ministre espagnol, Soraya Sáenz de Santamaría, a rejeté l’irresponsabilité du gouvernement catalan en insistant sur la tenue d’un « référendum illégal sans garanties démocratiques », exigeant qu’ils se terminent par une « farce ».

Le gouvernement catalan soutient qu’il a été forcé d’aller de l’avant avec le sondage unilatéral, en disant qu’il ne lui avait plus d’autre option. En cas de victoire du « Oui », M. Puigdemont envisage de faire une déclaration unilatérale d’indépendance dans les 48 heures.

La Commission européenne, la fonction publique de l’UE, a soutenu à maintes reprises la position du gouvernement espagnol et de la Cour constitutionnelle selon laquelle le vote est illégal. La Commission européenne a déclaré au Telegraph qu’il n’avait rien à ajouter à la déclaration de Jean-Claude Juncker vendredi durant laquelle il a soutenu « la règle de droit » en Espagne.

Mais les groupes de défense des droits de l’Homme et les politiciens du monde entier ont soutenu que, indépendamment du résultat, la réponse lourde du gouvernement espagnol allait au-delà de ce qui était acceptable dans une démocratie du XXIe siècle. Andrew Stroehlein de Human Rights Watch a déclaré que, malgré la suspension du tribunal, le gouvernement avait l’obligation de protéger les droits à l’assemblée pacifique et à la liberté d’expression. L’Union européenne devrait dire « quelque chose le plus rapidement » possible à ce propos, a-t-il soutenu. Les Catalans se sont déclarés préoccupés par l’utilisation de balles en caoutchouc qui sont interdites d’utilisation par les forces de police catalane

C’est la première fois que la Commission européenne adopte une attitude si lâche envers l’Espagne, un membre précieux de l’Union européenne avec un intérêt important dans les négociations de Brexit.

Le représentant du gouvernement catalan auprès de l’Union européenne, Amadeu Altafaj, a déclaré : « Nous n’avons jamais demandé aux institutions européennes de s’immiscer, nous avons juste demandé aux institutions européennes de veiller à ce qui est écrit dans le traité, et notamment dans l’article 2 du traité par rapport aux droits fondamentaux. Une simple mise en garde des institutions européennes par rapport à l’usage excessif de la force aurait été peut-être positive. Moi je crains que Madrid ait interprété ce silence radio de l’Europe comme une espèce de chèque en blanc pour s’excéder dans cet usage de la force et de la répression judiciaire. »

Fatin Durukan

 

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