Economie, International

Référendum en Grèce : Tsípras persiste et signe

Le chemin semble encore long, et les espoirs s’amenuisent. Mercredi 1er juillet, le rassemblement des ministres des Finances de l’Eurogroupe, la treizième réunion sur le cas grec depuis février, n’a pas laissé planer l’ombre d’un mystère sur l’état des négociations : aucune mesure ne sera prise pour soutenir l’économie du pays avant les résultats du référendum organisé dimanche prochain.

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Le feuilleton n’en finit pas, et il se pourrait bien que cela ne soit qu’un début. En discussion depuis maintenant cinq mois, les positions d’Athènes et de ses créanciers ne sont jamais apparues aussi divergentes. Le pays, qui fait fasse à une dette écrasante ayant contraint les Etats à débourser pas moins de 280 milliards d’euros pour se préserver de la contagion, se refuse toujours à accepter les conditions posées par ses interlocuteurs. En début de semaine dernière, pourtant, les bonnes intentions grecques suscitaient l’optimisme de Bruxelles.

Pour la première fois, les négociateurs grecs menés par Aléxis Tsípras, semblaient plier face aux injonctions formulées de concert par le FMI, L’UE et la BCE : réforme du système des retraites, fiscalité, déficit public, le dossier était sur le point d’aboutir et l’Eurogroupe du mardi 23 juin apparaissait comme une simple formalité pour entériner l’accord.

Mais, entre-temps, le Premier ministre grec n’a pas résisté aux fortes oppositions qui voyaient le jour dans son propre camp. Samedi dernier, devant plusieurs de millions de concitoyens, il brisait enfin le tabou : avant la ratification d’un quelconque accord « réformes contre argent frais », le sort du pays dépendra des résultats d’un référendum. « Au peuple de parler sans pression ni chantage », avait-il même lancé au terme de son intervention. Depuis, les négociations débutées il y a plusieurs mois sont au point mort.

Les réunions de l’Eurogroupe organisées samedi dernier et hier n’ont fait que confirmer la tendance : les Grecs devront se prononcer sur la validité du plan d’austérité proposé aux créanciers préalablement à la poursuite des discussions. Une initiative qui, selon la présidente du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde, permettra d’« aboutir a plus de clarté et moins d’incertitudes en ce qui concerne la détermination du peuple grec et l’autorité du gouvernement ».

En attendant, la gravité des risques économiques encourus par le pays ne trouve d’équivalent dans l’histoire qu’au début du XXème siècle. L’hyperinflation qui toucha l’Autriche à la fin de l’Empire austro-hongrois ou encore la dévaluation sans précédent du deutsch mark sous la République de Weimar donnent par exemple une idée des effets qu’un « Grexit » pourrait avoir sur l’économie du pays.

Le couple franco-allemand affiche son désaccord

 Annoncé par le gouvernement Tsípras comme hollande_merkelle dernier recours aux réformes spartiates voulues par la Troïka, le référendum qui s’adressera dimanche au peuple grec accentue un peu plus les antagonismes entre partenaires européens.

A ce stade, Athènes, qui n’a pas honoré ses engagements envers le FMI d’après un communiqué publié dans la nuit de mardi à mercredi par l’institution, doit en plus de cela composer depuis le 1er juillet avec la fin du plan d’aide financière qui la maintenait à flot depuis 2012. Non seulement critique, la situation perd en outre toute chance d’être résolue rapidement en raison de l’attente imposée par le référendum du 5 juillet.

C’est dans ce contexte trouble, que les positions de la France et de l’Allemagne ont ces derniers jours commencé à diverger. En déplacement à Nice mercredi, le président français, François Hollande a affiché la division au grand jour : « Je veux qu’on puisse trouver un accord en fonction des règles européennes. Il doit être trouvé avant le référendum, ça n’aura plus grand sens après la consultation. S’il ne peut pas être trouvé, alors le référendum aura lieu avec les conséquences que l’on sait. », a-t-il averti.

Un pied de nez à la position défendue par l’Allemagne depuis l’annonce du référendum. Pour Berlin en effet, les négociations ne peuvent être relancées qu’à la condition que le « oui » l’emporte à défaut d’un retour en arrière du gouvernement grec. Parmi les différents scénarios envisagés, l’Allemagne n’exclut pas une sortie définitive de la Grèce de l’Union monétaire. Une solution impensable pour l’Elysée qui craint de son côté de funestes conséquences sur l’intégrité de la zone euro.

Tsipras fait campagne pour le « non »

tsiprasHéroïques pour les uns, coupables de la ruine du pays pour les autres, les décisions d’Aléxis Tsípras ne font à vrai dire pas l’unanimité. En annonçant la tenue d’un référendum à l’issue cruciale pour l’avenir du pays, le Premier ministre grec est venu compléter une série de mesures nécessaires devant l’ampleur des difficultés financières rencontrées par le pays.

Depuis 2010 en effet, l’incertitude généralisée sur le devenir de la Grèce a engendré la fuite considérable de 60 milliards d’euros de capitaux et le mouvement s’est même accéléré ces dernières semaines. Dos au mur, les autorités ont été obligées de limiter les retraits de liquidités et d’imposer un contrôle sur les sorties de capitaux. Ainsi, avec ce référendum, autant dire qu’Athènes abat sa dernière carte, elle qui depuis le début refuse obstinément d’accepter l’austérité préconisée par ses créanciers.

C’est d’ailleurs un refus net et sans appel sur lequel le gouvernement Tsípras table en invitant le peuple grec à voter « non ». « Un vote pour le non est nécessaire pour que la Grèce obtienne un meilleur accord », a assuré le Premier ministre, exhortant par ailleurs les institutions de la Troïka à respecter le processus démocratique. Jusqu’à présent, une union sacrée semblait même de rigueur au sein de la majorité parlementaire, pour appeler les citoyens à refuser le diktat européen.

Mais depuis hier, les soutiens envers Aléxis Tsípras commenceraient à s’affaiblir. Le journal Le Monde a rapporté notamment que selon plusieurs sources proches du dossier, le ministre grec des Finances, Yánis Varoufákis, aurait proposé aux créanciers d’annuler le référendum contre leur engagement de renégocier la dette du pays.

Matéo Garcia

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