International, Politique

Regain de tension entre l’Occident et la Russie

Alors que les observateurs internationaux regardent avec intérêt le retournement stratégique de la Russie vers l’Asie, cette nouvelle orientation semble répondre à une nécessité géopolitique, la Russie étant de plus en plus isolée en Occident.

Vladimir_Putin_with_Sergey_Lavrov-1Escalade des tensions entre l’OTAN et la Russie

Depuis la crise ukrainienne, qui a éclaté en 2014, ainsi que l’annexion de la Crimée par la Russie qui s’en est suivie, les relations se sont grandement dégradées entre l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et la Russie.

En raison d’un comportement considéré comme belliqueux par les membres de l’OTAN, les pays de l’Europe de l’Est ont demandé une protection supplémentaire à cette organisation de défense collective.

Ainsi, l’assemblée parlementaire de l’OTAN, qui s’est déroulée le 30 mai, a ravivé les tensions avec la Russie en qualifiant Moscou de « menace potentielle » pour les membres de l’Organisation. À cette occasion, le Président américain de l’Assemblée, Michael Turner, a déclaré : « le défi que pose la Russie est réel et sérieux ». Il fut également stipulé que les membres de l’Organisation regrettaient « l’utilisation de la force par la Russie contre ses voisins et ses tentatives d’intimidation envers les alliés [de l’OTAN] », promettant que, dans ce contexte, l’OTAN fournirait les moyens nécessaires et proportionnés pour rassurer ses alliés qui font face à la menace russe.

Il n’est donc pas étonnant que les forces de l’OTAN aient commencé à entreprendre des exercices militaires vus d’un très mauvais œil par Moscou.

En effet, lundi 6 juin, des véhicules militaires américains sont arrivés en Lettonie, pays partageant une frontière avec la Russie et qui craint une invasion de cette dernière. De plus, un entrainement militaire impliquant plus de 20 États membres de l’OTAN a débuté le même jour en Pologne. La réaction russe fut immédiate.

Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, en visite en Finlande où des exercices navals de l’OTAN se déroulent pour la première fois du 6 au 9 juin, a dénoncé les diverses manœuvres militaires de l’OTAN et n’a pas hésité à répliquer verbalement en informant que la Russie mettrait en place des mesures pour répondre à l’augmentation des activités de l’Organisation de défense collective dans cette région russophone : « Ici, nous invoquons le droit souverain de la Russie à assurer sa sécurité avec des mesures adéquates aux risques actuels ». De plus, il a souligné que : « Nous [le gouvernement russe] ne cachons pas que nous avons une attitude négative vis-à-vis de la politique de l’OTAN d’expansion de ses infrastructures militaires vers nos frontières. »

Selon Sergueï Lavrov, il n’y a aucune raison qui justifierait que la région soit militarisée de la sorte par l’OTAN, et ce-dernier ne compte pas rester sans rien faire.

Si le ministre des Affaires étrangères russe ne s’est pas exprimé davantage sur les mesures que prendrait en réponse Moscou, la Russie a déjà entrepris la construction d’une nouvelle base militaire aux abords de la frontière ukrainienne, dans la région de Rostov. Or, le Lieutenant Colonel Alexei Perfilyev a annoncé que : « la décision de déployer une division ici, dans le district militaire du sud [de la Russie], a été prise en raison de l’intensification des forces de l’Alliance de l’Atlantique Nord [OTAN] à proximité des frontières de la Fédération de Russie ». 

2016-06-07 18.09.02

La Russie avait déjà annoncé en janvier les intentions de Moscou quant à la création de trois nouvelles divisions militaires à proximité de sa frontière avec l’Europe orientale.

Encore une fois, Moscou ne s’est pas caché que cela répondait à deux entreprises de l’OTAN, soit : la signature d’un protocole d’accession entre l’OTAN et le Monténégro et la mise en place de systèmes de défense antimissile de la part de l’OTAN en Pologne ainsi qu’en Roumanie

Par ailleurs, Sergueï Lavrov n’a pas hésité à dénoncer une manipulation des évènements ukrainiens par l’Occident afin de « justifier l’existence de l’alliance transatlantique », au détriment de la Russie.

Ce dernier semble aussi jouer un jeu trouble dans la mesure où, en parallèle à l’augmentation des infrastructures militaires, celui-ci réfute toute intention d’attaque contre les États membres de l’OTAN. Il justifie ceci en évoquant qu’une telle stratégie serait encore utilisée par les États-Unis pour augmenter la présence de troupes et d’armes de l’OTAN.

Il faudra donc prêter une attention particulière au prochain sommet de l’OTAN qui se déroulera à Varsovie les 8 et 9 juillet prochain. En effet, les dirigeants de l’OTAN devraient alors approuver formellement une augmentation des contingents armés de l’organisation dans les États membres d’Europe orientale, notamment en Pologne et dans les États baltes, dans le cadre d’une stratégie de «dissuasion et de dialogue ». Entreprise que condamne avec la plus grande véhémence la Russie.

Les tensions avec l’OTAN : reflet du refroidissement des relations russo-américaines

Il faut comprendre que derrière ces évènements se cachent en réalité une tension et une démonstration de puissance entre les États-Unis et la Russie.

Sergueï Lavrov n’hésite pas à dénoncer une manipulation des évènements par les Américains dans le but de maintenir leur contrôle sur l’Europe, tandis que Washington refuse de discuter avec Vladimir Poutine sur la stratégie nucléaire américaine et ses nouvelles orientations. Le 5 juin dernier, Reuters relatait que « Les États-Unis ont refusé l’offre russe de discussion sur le programme de défense de missile de Washington. »

Or, Moscou s’inquiète depuis un moment que le système de défense balistique et antibalistique américain soit installé près de la frontière russe afin, à terme, d’être utilisé contre la Russie. Les récents évènements sont perçus par Moscou comme confirmant ces soupçons, ce qui fait craindre une nouvelle escalade entre ces deux puissances.

Tensions persistantes avec l’Union européenne

L’attitude de l’Union européenne qui persiste à donner des leçons de morales à Moscou et qui a décidé récemment de prolonger les sanctions économiques envers la Russie en réponse aux actions de cette dernière dans le cadre du conflit ukrainien ne fait que braquer davantage Vladimir Poutine.

Les relations turco-russes toujours dans l’impasse

À ceci s’ajoutent les tensions entre la Turquie et la Russie depuis qu’a été abattu un avion russe le 24 novembre dernier par la Turquie en réponse à la violation de son espace aérien.

Vladimir Poutine a d’ailleurs stipulé à ce sujet : « Nous avons entendu des accusations des autorités turques, mais nous n’avons pas entendu d’excuses ». Excuses qui sont le préalable à tout rapprochement entre les deux États, mais qui semblent loin d’être prévues dans l’agenda d’Ankara.

Au risque d’ajouter un peu plus d’huile sur le feu, mardi 7 juin, le ministre des Affaires étrangères turc, Mr Çavuşoğlu, a stipulé que les médias russes étaient contrôlés par les Arméniens afin « d’essayer particulièrement d’empoisonner la nation russe contre la nation turque. »

Le conflit syrien : autre source de tension

Depuis le début du conflit syrien, les Occidentaux et les Russes divergent sur les parties au conflit à soutenir, les stratégies à adopter ou encore sur les solutions à apporter à cette guerre. Mais, la déclaration de Sergueï Lavrov lors de la conférence de presse du 6 janvier dernier stipulant que la Russie « soutiendrait activement » l’armée syrienne dans le cas où celle-ci se verrait menacée dans la région d’Alep risque de creuser un peu plus le fossé entre Washington et Moscou.

En effet, si les États-Unis et Moscou sont en communication constante pour lutter contre les activités des groupes djihadistes qui sévissent en Syrie, la porte-parole du département d’État américain, Elizabeth Trudeau, a souligné la crainte de Washington que la Russie et le régime de Bachar al-Assad utilisent aujourd’hui la lutte contre l’organisation al-Nosra « pour s’engager dans des activités offensives contre d’autres groupes » ; à savoir les forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par les Américains.

Sergueï Lavrov semble avoir pris en note cette déclaration, mais les intentions russes sont incertaines dans la mesure où son objectif premier en Syrie est de maintenir le régime de son allié Bachar al-Assad au pouvoir.

En définitive, le conflit syrien ne permettra pas d’observer une accalmie dans les relations entre la Russie et les États-Unis ; Vladimir Poutine se montrant encore en un allié indéfectible au régime de Bachar al-Assad.

Les divergences entre la Russie et l’Occident ne font que s’intensifier. Ainsi, la dépêche de l’Observatoire syrien des droits de l’homme rapportant le raid aérien russo-syrien du 5 juin dernier dans la province Deir al-Zo qui a tué 17 civils, dont 8 enfants, ne risque pas d’arranger les choses.

Camille Saulas

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *