Culture, International, Politique, Société

Régis Koetschet à l’Institut français d’Istanbul

Le 1er mars, dans le cadre du centenaire de l’amitié franco-afghane, l’ancien diplomate français Régis Koetschet présentait, en partenariat avec l’Institut français d’Istanbul et l’Institut français d’études anatoliennes (IFEA), deux de ses ouvrages : À Kaboul rêvait mon père : André Malraux en Afghanistan etDiplomate dans l’orient en crise : Jérusalem et Kaboul 2002-2008. La conférence, qui s’est déroulée au sein de l’Institut français d’Istanbul, était animée par Ingrid Thobois, romancière ayant enseigné le français en Afghanistan et ayant également écrit un livre sur ce pays (Le roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés). Mme Thobois a fait intervenir M. Koetschet sur diverses thématiques allant de la géopolitique aux échanges culturels, en passant par des analyses littéraires.

Fort de 45 ans de carrière dans la diplomatie, Régis Koetschet a voulu garder une certaine cohérence au sein de son parcours – chose rare dans la diplomatie – en officiant presque uniquement dans des pays de « l’Orient » au sens large. Parmi ses nombreuses expériences, deux l’ont particulièrement marqué en raison du contexte international : ses années comme consul à Jérusalem au cœur de la deuxième Intifada, puis en tant qu’ambassadeur à Kaboul alors que les talibans démarrent une guérilla sans merci. À la suite de ces expériences mouvementées, il prend sa retraite d’ambassadeur pour se consacrer à d’autres activités, dont celle d’écrivain, qui nous intéresse aujourd’hui.

Spécialiste d’André Malraux, il allie sa connaissance de l’auteur à celle de l’Afghanistan pour évoquer dans À Kaboul rêvait mon père le voyage de l’ancien ministre de la Culture dans le pays en 1930. Cette œuvre s’inscrit dans le contexte plus large du processus de rétablissement d’un lien franco-afghan né en 1922 avec l’arrivée de l’indianiste Alfred Foucher à Kaboul, sur demande du roi d’Afghanistan en personne. Soulignant que « les liens culturels ont précédé les liens politiques » entre les deux pays, M. Koetschet a voulu reconstruire ces ponts endommagés par le mandat militaire français en Afghanistan. Pour ce faire, il a notamment composé un recueil des vues de 50 écrivains francophones sur 50 lieux afghans. Parmi les fameux francophones qui ont vu le pays de leurs propres yeux, Hockin, Bouvier, et enfin Malraux, pour qui l’expérience est pourtant loin d’avoir été plaisante.

M. Koetschet nous raconte que, partant pour y chercher des statues et les revendre en France, Malraux passe complètement à côté du pays, ne va pas à Bamiyan, et se trouve bien plus affecté par le suicide de son père le 29 décembre 1930. Il écrit de l’Afghanistan que c’est un pays « fantomatique » qui « n’intéresse que les farfelus ». Pourtant, il évoque tout de même le pays dans Les Noyers de l’Altenberg, dont la partie consacrée au voyage du narrateur d’Istanbul à Kaboul a été traduite sous le nom de « Turan Yolu » en Turquie. L’Afghanistan laisse difficilement indifférent. Qu’on y vive, qu’on y voyage ou qu’on suive simplement son évolution, son histoire mouvementée vaut bien à Kaboul l’attribut de « centre du monde » donné par Bouvier.

Le lieu qui serait cependant plus proche de cette définition dans les esprits est bien Jérusalem, où le diplomate a officié en tant que consul. Évoqué principalement dans L’Orient en crise, ce lieu a en commun avec Kaboul d’être représentatif des évolutions géopolitiques du monde, incarnant également une tragédie interminable. Dans cet océan de difficultés, M. Koetschet prône une diplomatie « à hauteur d’Homme » afin de dépasser les limites de la fonction et de décloisonner les murs des ambassades ultra-sécurisées de ces zones. Malheureusement, « partout dans le monde, les murs se dressent, sur la terre et dans les esprits ». La volonté de modernité qui avait amené Foucher en Afghanistan a aujourd’hui mauvaise réputation. Aussi est-il vital d’entretenir les braises d’un échange culturel pour que le feu foisonne un jour de nouveau.

Elias Hebbar

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *