Culture, International, Politique

Rencontre-débat sur « La Turquie et le Fantôme arménien »

Suite à la récente traduction aux éditions İletişim de l’ouvrage « La Turquie et le Fantôme arménien » écrit par les journalistes Guillaume Perrier et Laure Marchand, respectivement ex-correspondants en Turquie pour Le Monde et le Figaro, l’institut français d’Istanbul a organisé ce lundi 15 décembre une rencontre-débat autour de ce sujet si brûlant à la veille de l’année de la commémoration du génocide arménien.
 Accompagnée du célèbre journaliste, politologue et écrivain turc, Cengiz Aktar, Laure Marchand a elle-même tenter d’exposer un résumé de cet incroyable travail de recherche à un public massivement présent ce soir-là.

Cengiz Aktar et Laure Marchand



Cengiz Aktar et Laure Marchand

 C’est un livre sur la Turquie et non sur le « génocide » 



En effet, ce livre n’a pas pour but d’être un récit historique du déroulement de la tragique histoire arménienne mais bien le fruit de nombreuses enquêtes, d’investigations et de témoignages. Ce livre rapporte les mots qui ne peuvent être articulés, et ce depuis tant d’années par les victimes de ces évènements et par leur descendants. Ces langues qui progressivement se délient, expliquant le courage, les peurs et les doutes de celles et ceux qui sont les porteurs d’une origine dont la simple énonciation rime avec discrimination. A travers les conditions et les conséquences des ségrégations héréditaires comme la conversion à l’islam, le changement de nom de famille, le déclassement dans la hiérarchisation professionnelle, donc sociale, ou encore la spoliation des biens et des patrimoines (le Cankaya Köskü, équivalent du palais de l’Elysée turque, en est l’exemple le plus inconcevable).  Les auteurs tentent de nous démontrer combien il était, et combien il est, difficile de surmonter ce regard qui condamne et juge malgré le temps qui passe.
 Les démarches actuelles pour obtenir de francs aveux s’opposent à un négationnisme nationaliste qui se veut protecteur des fondements de la création de la République et surtout de l’identité turque, n’apportant qu’un emprisonnement général, à la fois pour le « turc-juste » qui demande pardon, et l’arménien qui pardonne.

Depuis l’assassinat de Hrant Dink, journaliste d’origine arménienne au journal Agos, le 19 janvier 2007 par un jeune nationaliste turc, les avancées dans cette lutte de vérité et de survie de la culture arménienne en Turquie croissent partiellement. Certes, des conférences et colocs se créent, des rénovations d’anciennes églises orthodoxes arméniennes sont entamées, aussi l’on voit de plus en plus de descendants d’émigrés revenir sur les terres de leurs ancêtres, non sans craintes et appréhension mais dans un objectif de mémoire collective. Cependant, les relations entre le gouvernement AKP et le groupe des têtes pensantes de la gauche libérale, représentant les minorités, se réduisent. L’un ayant rompu le pacte officieux créé quelques années auparavant par son brusque changement autoritaire et les autres jouant la carte du misérabilisme sans pouvoir s’organiser comme ils le voudraient. C’est donc avec un regard de sociologue de terrain que Laure Marchand et Guillaume Perrier ont tenté d’expliciter dans ce livre le problème arménien d’un point de vue global dans tout ce balayage médiatique où la pénalisation du négationnisme est toujours victime d’une censure intouchable. 
Les appuis du BDP (Parti pour la paix et la démocratie) et du HDP (Parti démocratique du peuple) représentés au parlement mais aussi l’empathie globale des minorités vivants sur le territoire de Turquie suffisent-ils à consolider la légitimité des idées des arméniens progressiste ? 2015 nous le dira…

Camille Pougeux

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