International, Politique

Rencontre UE-Turquie : l’accord tant annoncé en voie de finalisation

Malgré l’alerte terroriste maximale maintenue à Bruxelles, le président du Conseil européen Donald Tusk a convoqué ce 29 novembre un sommet européen extraordinaire, en présence du Premier ministre Ahmet Davutoğlu. Au menu des discussions, la crise migratoire, dont le plan d’action a été négocié ces dernières semaines par les diplomates turcs et européens.

Ahmet Davutoğlu et Donald Tusk

Un contexte particulier

Le sommet s’est tenu dans une ambiance particulière dimanche, entre divisions internes et contexte international tendu. Bruxelles demeurait ce weekend en alerte terroriste maximale, tandis que les tensions entre Ankara et Moscou ne cessent d’escalader depuis l’incident de la semaine dernière, la liste de ses sanctions russes continuant de s’allonger. Qui plus est, la réunion intervient après la publication du rapport d’avancement européen très critique envers la Turquie, dont l’UE dénonçait ce weekend encore des « graves reculs » en matière de liberté d’expression. Le Conseil européen a jugé « inquiétante » la situation des deux journalistes de Cumhurriyet emprisonnés après un article relatant de possibles livraisons d’armes par les services secrets turcs à des islamistes en Syrie. Avant la tenue du sommet, certains Etats membres, Chypre et la Grèce au premier chef, estimaient que l’UE donnait l’impression de brader ses principes fondamentaux au nom de la crise migratoire. Reporters Sans frontières appelaient quand à eux l’UE et ses Etats membres à « sommer les autorités turques de libérer immédiatement » les journalistes.

L’accord à trois milliards d’euros

A l’issue de la réunion, le Conseil européen a publié sur son site un communiqué résumant le sommet. La Turquie s’engage à contenir le flot de réfugiés en échange d’une contrepartie financière, d’une libéralisation des visas et de nouvelles négociations pour l’adhésion à l’UE. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a confirmé la somme initiale de trois milliards d’euros pour aider la Turquie à prendre en charge les réfugiés syriens sur son sol, précisant que « le besoin et la nature [de ce fonds] seront révisés selon l’évolution de la situation ». M. Davutoğlu a de son côté affirmé que cet argent « ne servira pas à la Turquie mais bien aux réfugiés ».

Outre la nécessité réaffirmée d’impulser un nouvel élan aux négociations d’adhésion à l’UE, stagnantes depuis 2005, les discussions ont également fait état d’un « plan d’action commun » pour endiguer l’afflux de réfugiés, a déclaré M. Tusk en conférence de presse. Ce dernier a annoncé une conférence intergouvernementale pour l’ouverture du chapitre 17 sur la politique économique et monétaire.

Par ailleurs, un calendrier pour la libéralisation des visas a été mis en place selon lui. Selon le document publié sur le site du Conseil européen après le sommet, la Commission devrait présenter un second report d’avancement avec la Turquie sur le suivi de la feuille de route pour la suppression des visas d’ici mars 2016, de façon à ce que l’accord de réadmission UE-Turquie soit applicable dès le mois de juin. Le troisième rapport aurait ainsi lieu à l’automne, en vue de pouvoir instaurer la libre circulation des citoyens turcs dans l’espace Schengen d’ici octobre 2016.

L’accord se base cependant sur la politique du donnant-donnant : les fonds européens à destination des réfugiés, bien que l’on ne sache pas encore bien qui les paiera, ainsi que les autres clauses discutées, seront conditionnés à un engagement plus affirmé des Turcs pour lutter contre l’immigration illégale et les passeurs.

Un « nouveau départ » pour les relations bilatérales

S’exprimant lors d’une conférence de presse conjointe, MM. Davutoğlu et Tusk ont salué « un nouveau départ » pour les relations bilatérales. De fait, l’évènement revêt une symbolique particulière pour la Turquie, qui n’avait pas participé à un sommet européen depuis onze ans. « Nous sommes une nation européenne ; la destinée de notre continent appartient à vous tous » a lancé le Premier ministre lors de la réunion, ajoutant l’importance de l’adhésion turque à la « famille européenne », non seulement pour l’UE et la Turquie, mais « pour la paix globale ».

 

Coralie Forget

 

1 Comment

  1. ami777

    L’Europe avait consacré deux siècles pour venir à bout d’un empire ottoman qui devenait de plus en plus téméraire là où il était parvenu à s’implanter,dans les contrées arabes au nom de l’islam,dans l’espace européen pour y apporter une touche orientale (hammam,kebab,etc…),en Asie dans un destin qui se voulait civilisateur.L’instinct n’a pas changé,raison pour laquelle sa candidature à l’Union Européenne est rejetée à chaque fois. Erdogan persiste à redorer le blason d’un Pays,terni par les erreurs du passé,et qui gagnerait à ne pas se laisser tenter par des exercices dangereux,notamment quand il s’agit de confrontations militaires serait ce à titre de supplétif de l’OTAN.

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