Chroniques

Rentrée 2015 : où en sommes-nous ?

Le premier Conseil des ministres de la rentrée a eu lieu le 19 août dernier, après un été sur fonds de crise agricole, avec notamment la protestation des éleveurs et des producteurs de lait.

Sur le plan international, la crise des migrations prends de plus en plus d’ampleur, submergeant les « pays d’entrée ».

D’une part, la crise des migrants touche de plein fouet l’Italie, ainsi que l’Allemagne qui s’attend à un chiffre record de près de 800 000 demandeurs d’asiles pour la seule année 2015. A ce sujet, Paris et Londres viennent de signer un accord dans l’urgence fin août, afin de gérer le passage de ces flux migratoires considérables. Pour de nombreux migrants, l’objectif est en effet d’aller travailler en Grande-Bretagne, les autres pays européens ne servant que de lieux de passages.

D’autre part, la crise touche inévitablement de plein fouet l’Europe centro-balkanique, provoquant même des tensions entre la Macédoine et la Grèce, alors que la petite république balkanique sortait à peine d’une crise majeure au printemps dernier au sujet de sa minorité albanaise dans le nord du pays. Quant à la Grèce, la crise politique et économique n’en finit plus : la récente démission d’Alexis Tsipras, leader de la formation d’extrême gauche Syriza, au pouvoir depuis janvier 2015, a plongé encore un peu plus le pays dans le chaos. Ce dernier avait dû faire accepter à sa majorité un énième accord sur la dette grecque, auquel lui-même avait déclaré plusieurs fois ne pas croire.

Parallèlement, la réaction de la Hongrie face à cette crise des migrants est hélas extrême, à l’image du gouvernement conservateur de Viktor Orban, allié à l’extrême-droite : décision a en effet été prise de construire un mur anti-migrant de plus de 170 km de long. Mais la construction d’un tel mur est-elle vraiment une réponse efficace face à une telle tragédie humaine ?  Comment répondre à ces populations qui fuient les conflits en Afghanistan et en Syrie, conflits que ces mêmes Occidentaux ne sont pas arrivés à juguler ces dernières années ?

Je crois que ce sont les questions majeures de cette rentrée 2015 pour l’Europe mais aussi pour le monde. Le candidat républicain pour la présidentielle américaine de 2016 Donald Trump n’a-t-il pas lui aussi promis la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique pour régler le problème de l’immigration illégale dans son pays ?

En France, la situation ne semble pas non plus s’améliorer, même si le président François Hollande promets des baisses d’impôts « quoiqu’il arrive » pour l’année 2016. Les élections régionales de décembre 2015, qui seront la dernière grande consultation électorale avant la présidentielle de 2017, s’annoncent déjà être un désastre pour la majorité socialiste au pouvoir.

Comme l’on pouvait s’en douter, la gouvernance en place depuis mai 2012 ne table plus que sur une relance de la croissance et un recul du chômage hypothétique mais pas impossible.

Du côté de la droite, la situation n’est pas plus enviable : la crise entre le fondateur du Front National Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine, n’en finit plus. Le bureau politique du parti a de nouveau exclu le « père fondateur », mais celui-ci fera tout pour empêcher sa fille de l’emporter. Tout cela risque fortement de nuire à la mutation politique et idéologique souhaitée par Marine Le Pen et la direction prétendument « rénovée » du parti d’extrême-droite. Côté droite républicaine, et malgré le changement de nom transformant l’UMP en « Les Républicains » fin mai 2015, le retour en politique de l’ancien président Nicolas Sarkozy demeure jonché de diverses affaires judiciaires, tant et si bien que l’on parle à présent des chances réelles qu’aurait Bruno Le Maire de remporter la primaire en vue de la présidentielle de 2016. Sans doute cette perspective sera-t-elle à surveiller de près.

D’une manière générale, le constat reste hélas le même au seuil de l’automne 2015 : une relance de l’action politique est toujours manquante, tant au niveau national qu’au niveau européen.

Qu’en aurait-il été du traitement des crises affrontées depuis 2008 si le tournant de la gouvernance européenne que représentait le Traité constitutionnel de 2005 avait aboutit sous une forme ou une autre ?

Nous rappellerons ici les principales crises : tout d’abord la crise financière de 2008, la grande crise économique de 2010, la crise puis guerre ukrainienne de février 2014, les crises provoquées par la nouvelle forme de terrorisme islamiste que représentent entre autres Boko Haram en Afrique depuis 2002 et Daech au Proche-Orient depuis juin 2014, les attentats de janvier 2015 à Paris et enfin l’actuelle crise migratoire de 2015. Aucune d’entre elles n’a pu être réglée. Pour ma part, je pense que « l’union fait la force » et que la sortie de ces temps troublés que nous vivons, et qui vont hélas se poursuivre cet automne, ne pourra se régler que par un renforcement de nos structures internationales.

C’est en tout cas le vœu que nous pouvons former pour la fin de cette année 2015.

Dr. Olivier Buirette

Paris, le 24 août 2015.

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