International, Politique

Bande de Gaza : L’action des ONGs palestiniennes soutenue par le Secours Populaire Français

Alors que le porte parole de l’UNRWA (Agence de l’ONU auprès des réfugiés palestiniens) s’est exprimé auprès du Conseil de sécurité de l’ONU le 31 juillet, on comptabilise près de 220 000 Gazaouis comme déplacés internes nécessitant assistance. Vingt-quatre jours de bombardements israéliens ont fait plus de 8 300 blessés. La photo-reporter Eloise Bollack a suivi le travail de l’ONG Palestinian Medical Relief Society (PMRS) pendant une journée, le samedi 26 juillet, auprès des 1,7 millions d’habitants de la bande de Gaza.

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La pérennité de l’urgence : la situation humanitaire, toujours critique, s’aggrave à Gaza

Du discours prononcé par le commissaire général de l’UNRWA, Pierre Krahenbühl, une réalité rude et occultée par le traitement majoritairement politique du conflit ressurgit. Chargé d’assister les 5 millions de Palestiniens enregistrés dans ses registres, réfugiés dans les pays voisins comme habitants de Cisjordanie et de la bande de Gaza, l’UNRWA est perpétuellement en nécessité de financements, et ses efforts sont mis à mal par la précarité du statut des habitants des territoires palestiniens occupés. Dénonçant les six bombardements ayant touché des abris d’urgence de l’UNRWA dans la bande de Gaza, Pierre Krahenbühl condamne durement l’attaque israélienne contre une école de l’ONU dans le quartier de Jabalya, le 30 juillet. Les 245 écoles de l’ONU à Gaza servent, en temps de conflit, de centres d’accueil d’urgence pour les déplacés, mais leur capacités d’accueil sont d’ores et déjà débordées, alors que plus de 80 personnes sont hébergées dans chaque salle de classe. Les finances propres de l’UNRWA sont perpétuellement déficitaires à cause de la hausse démographique des populations sous leur responsabilité, et le manque de matériel de première nécessité se fait sentir cruellement lors de crises humanitaires comme celle qui accompagne les violences israéliennes depuis le 8 juillet, début de la phase terrestre de l’opération Bordure protectrice.

A l’heure actuelle, les conditions de vie dans la bande de Gaza rendent le travail des secouristes, des médecins urgentistes – ne le sont-ils tous pas depuis le début de l’occupation de ce territoire? – et des centres d’accueil des déplacés extrêmement précaire. La principale centrale électrique de Gaza, après avoir été endommagée la semaine dernière, a dû fermer le 30 juillet en raison d’un incendie. Elle produisait les deux tiers de l’électricité consommée à Gaza. Quant au système d’approvisionnement en eau potable, il a été intégralement détruit. Les hôpitaux n’ont pas été épargnés par les bombardements : celui de Chifa, le plus grand de la zone, a été touché le 28. Le Ministère des Affaires Etrangères français évalue à 3,2 millions de dollars par mois les besoins mensuels des hôpitaux gazaouis en médicaments.

Les récents évènements viennent aggraver une situation humanitaire déjà très critique : sur les 1,7 millions d’habitants de la Bande de Gaza, 85 % vivent grâce à l’assistance humanitaire et 57 % sont dans une situation d’insécurité alimentaire.

Gaza

L’action cruciale d’une ONG médicale palestinienne, PMRS, soutenue par le Secours populaire français

Si l’ONU maintient une présence et une action essentielle à la survie de la bande de Gaza, sous blocus économique égypto-israélien, c’est avant tout le tissu associatif et civil palestinien qui pourvoie aux besoins criants des populations civiles. Dans le domaine de la santé, essentiel en temps d’accalmie et crucial lors des opérations israéliennes dans les territoires occupés, les ONGs palestiniennes doivent à la fois pallier aux lacunes du système de santé public mis en place par l’Autorité palestinienne et proposer une assistance et une médecine d’urgence.

Palestinian Medical Relief Society est à ce titre l’une des ONGs médicale les plus anciennes et actives des Territoires Palestiniens. Son fondateur, Mustapha Barghouti, est à la fois médecin, et impliqué politiquement en tant que secrétaire général d’Al Mudabara – organisation politique laïque qui se présentait en alternative à la corruption du Fatah et au fondamentalisme du Hamas. Depuis 1979 elle assure l’accès des habitants éloignés des centres urbains ou enclavés aux soins curatifs et préventifs, via 26 centres de soins publics en Cisjordanie et à Gaza. Elle établit une réponse de long-terme aux besoins de la population, par l’éducation, la prévention, un fonctionnement impliquant et renforçant la communauté. Elle concentre son action sur les populations les plus vulnérables : les enfants, les femmes, résidents des centres urbains ou des camps de réfugiés surpeuplés. En 2013, la PMRS a fourni des soins primaires à 335 000 personnes, et des soins cliniques à 63 000 enfants.

Mais la planification d’actions de long-terme est sans cesse modelée par le calendrier imposé par les urgences. Les programmes d’urgence appellent un financement externe, et c’est ici qu’interviennent les acteurs institutionnels, notamment l’Union Européenne, première donatrice en termes réels d’aide humanitaire aux Territoires palestiniens, comme les ONGs internationales.

 Gaza ville, bande de Gaza. Vendredi 11 juillet 2014.

Depuis 1983, le Secours Populaire Français, dont on occulte souvent l’action internationale, est le partenaire de PMRS, dont il finance de nombreux programmes: acquisitions d’ambulances, de médicaments et de matériel médical, formation de médecins généralistes ou spécialistes, réhabilitation des infrastructures vétustes ou détruites, soutien aux programmes locaux d’assainissement et de réduction de la mortalité infantile et puerpérale, et prise en charge cruciale de l’accompagnement psychologique des victimes, notamment des enfants.

Dans les situations de crises majeures, la visibilité française du Secours Populaire permet la levée de fonds pour une aide d’urgence. Ainsi, à l’hiver 2008 – 2009, l’opération terrestre Plomb durci contre la bande de Gaza avait causé la destruction des infrastructures publiques et de santé, et laissé plus de 900 blessés dans son sillage. Le Secours Populaire avait pu faire parvenir du matériel médical aux équipes du PMRS, pour un budget de 172 000 euros, tout comme il l’avait fait lors de la Seconde Intifada en 2001.

Dans un communiqué du 14 juillet, la PMRS évalue les dommages commis en une semaine de combats : « La situation dans la Bande de Gaza est sombre. Pénurie de médicaments, de fournitures médicales, de fuel pour alimenter les générateurs et les ambulances, manque de pièces détachées pour les appareils médicaux et les ambulances, unités de soins intensifs surchargées. La liste continue. 350 000 personnes sont affectées par les dommages causés aux infrastructures sanitaires centrales. Et ce sans même mentionner les traumatismes psychologiques d’une population qui souffre déjà de troubles engendrées par les chutes de roquettes et d’autres troubles liées au stress et aux chocs. Environ 7 000 enfants ont été directement marqués par la mort d’un proche ou par la destruction de leur maison. Des dizaines de milliers d’enfants souffrent de traumatismes et ont un besoin urgent d’une aide psychosociale. 7 000 blessés sont actuellement enfermés dans la bande de Gaza, et 17 000 familles n’ont plus de toits.

Le Secours populaire français vient de débloquer une aide d’urgence de 20 000 euros, et poursuit une levée de fonds auprès des donneurs français.

https://www.secourspopulaire.fr/aider-la-population-de-gaza#.U9vayL9_2Qs

Aprilia Viale

Reportage photo d’Eloise Bollack / Zuma Press:

Une des trois cliniques mobiles qui permettent aux médecins et au personnel soignant de PMRS de se déplacer auprès des civils palestiniens qui n'ont pas la possibilité de se rendre dans l'une de leur deux cliniques encore en activité.

Une des trois cliniques mobiles qui permettent aux médecins et au personnel soignant de PMRS de se déplacer auprès des civils palestiniens qui n’ont pas la possibilité de se rendre dans l’une de leur deux cliniques encore en activité.

Plus de 7000 blessés, dont un nombre considérable d'enfants, sont à déplorer depuis le début de l'offensive déclenchée le 8 juillet dans la bande de Gaza. Un bilan humain effroyable auquel tente de faire face les équipes soignantes de PMRS.

Plus de 7000 blessés, dont un nombre considérable d’enfants, sont à déplorer depuis le début de l’offensive déclenchée le 8 juillet dans la bande de Gaza. Un bilan humain effroyable auquel tente de faire face les équipes soignantes de PMRS.

Des médecins dans les écoles de l'UNRWA. Les blessés sont occultés par des médecins de PMRS qui leur délivrent une ordonnance avant de les orienter vers un autre bureau où ils peuvent récupérer leurs médicaments.

Des médecins dans les écoles de l’UNRWA. Les blessés sont occultés par des médecins de PMRS qui leur délivrent une ordonnance avant de les orienter vers un autre bureau où ils peuvent récupérer leurs médicaments.

Les équipes de PMRS ont investi pour la journée l'une des 83 écoles de l'UNWRA servant de refuge à plus de 180 000 déplacés par le conflit.

Les équipes de PMRS ont investi pour la journée l’une des 83 écoles de l’UNWRA servant de refuge à plus de 180 000 déplacés par le conflit.

Les infirmiers du PMRS visitent Moustafa Ayad, un Palestinien de 15 ans vivant dans le quartier de Sabraaria dans la ville de Gaza. Moustafa a été sévèrement brulé aux bras par l’explosion d’un missile F16 à proximité de sa maison le vendredi 18 juillet à 20h.

Les infirmiers du PMRS visitent Moustafa Ayad, un Palestinien de 15 ans vivant dans le quartier de Sabraaria dans la ville de Gaza. Moustafa a été sévèrement brulé aux bras par l’explosion d’un missile F16 à proximité de sa maison le vendredi 18 juillet à 20h.

Sahed El Hanawi est une jeune palestinienne de 8 ans venant du camp de réfugiés de Jabaliya au nord de la bande de Gaza. Dans l'après-midi du 23 juillet, alors que sa famille était assise dans le salon, la maison a été frappée par un missile F-16. Sahed, sa mère et son frère ont été blessés mais sont en convalescence maintenant. Sahed a du subir une opération chirurgicale à la tête, elle a pu quitté l'hôpital le 25 juillet et a déménagé avec sa famille dans la maison de sa grand-mère à Jabaliya.

Sahed El Hanawi est une jeune palestinienne de 8 ans venant du camp de réfugiés de Jabaliya au nord de la bande de Gaza. Dans l’après-midi du 23 juillet, alors que sa famille était assise dans le salon, la maison a été frappée par un missile F-16. Sahed, sa mère et son frère ont été blessés mais sont en convalescence maintenant. Sahed a du subir une opération chirurgicale à la tête, elle a pu quitté l’hôpital le 25 juillet et a déménagé avec sa famille dans la maison de sa grand-mère à Jabaliya.

 

Il serait injustifiable de ne pas rendre hommage au reporter palestinien Khaled Hamad, tué le 20 juillet à Ash Shuja'iveh, Gaza Est, alors qu'il accompagnait du personnel de santé à bord d'une ambulance pour couvrir le conflit entre l'armée israélienne et les combattants du Hamas.  Gaza ville, bande de Gaza. Vendredi 11 juillet 2014.

Il serait injustifiable de ne pas rendre hommage au reporter palestinien Khaled Hamad, tué le 20 juillet à Ash Shuja’iveh, Gaza Est, alors qu’il accompagnait du personnel de santé à bord d’une ambulance pour couvrir le conflit entre l’armée israélienne et les combattants du Hamas.
Gaza ville, bande de Gaza. Vendredi 11 juillet 2014.

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