International, Politique

Reprise des négociations pour la Syrie à Genève

Les négociations à Genève pour une transition politique en Syrie ont repris ce lundi 14 mars, avec plus d’une semaine de retard. Plus que jamais, le gouvernement de Bachar Al-Assad entend affirmer sa légitimité et se maintenir au pouvoir.

bachar jaafari

Grâce au cessez-le-feu que les forces gouvernementales syriennes et les factions rebelles observent depuis le 27 février, les négociations dirigées par l’ONU à Genève ont pu officiellement reprendre ce lundi 14 février, avec plus d’une semaine de retard.

L’ordre du jour est clair, selon Staffan de Mistura, l’émissaire spécial de l’ONU pour la Syrie : il s’agit de former un gouvernement de transition incluant les forces d’opposition, de planifier la rédaction d’une nouvelle Constitution et d’organiser dans 18 mois au plus tard des élections législatives sous l’égide de l’ONU. Pour la coalition internationale menée par les Etats-Unis et pour les factions rebelles, réunies au sein du Haut Comité aux Négociations (HCN), cette transition démocratique ne peut en aucun cas inclure Bachar Al-Assad, l’actuel président syrien. « La période de transition doit débuter avec la chute ou la mort d’Al-Assad », affirme Mohammed Allouche, un des leaders du HCN.

L’état syrien plus fort que jamais

Pour les représentants du pouvoir central de Damas, en revanche, ni l’ONU ni le HCN n’a autorité pour critiquer la présidence dAl-Assad, réélu en pleine guerre en 2014. L’Etat syrien se présente à Genève plus fort que jamais depuis le début de la guerre civile, fort du soutien de la Russie, qui a intensifié ses frappes depuis octobre 2015. L’armée régulière a repris de nombreux territoires, et des projets de lois prévoyant la reconstruction nationale sont étudiés, preuve que Damas s’estime de nouveau maître du pays. Les représentants de Bachar Al-Assad ont leur propre interprétation de la transition politique, qu’ils souhaitent limiter à un remaniement ministériel incluant des élus d’opposition toujours sous contrôle d’Al-Assad, ainsi que le prévoit la Constitution. Concernant cette dernière, ils proposent la nomination d’un comité qui sera chargé soit d’en rédiger une nouvelle, soit d’amender celle alors en vigueur, avant que le texte ne soit soumis à un référendum.

Les deux camps défendent donc des positions intangibles qui viendront à coup sûr se heurter violemment lors des négociations, qui seront menées de façon distincte : aucune rencontre directe entre rebelles et diplomates syriens n’est prévue. Leur seul point d’accord réside dans leur rejet unanime d’un éventuel système fédéral avec autonomie relative par région, projet qui a la faveur des Kurdes de Syrie, qui y voient l’espoir de prendre leur distance avec l’Etat central.

Que faire des Kurdes ? 

Peu avant la reprise des discussions, Moscou a formulé le souhait que soient conviés des représentants des factions Kurdes, adversaires emblématiques des djihadistes aussi bien que de l’armée régulière. La demande russe a été rejetée par Staffan de Mistura, qui a indiqué que les représentants invités seraient les mêmes qu’au début des négociations, début 2016.

Il y a un mois, la Turquie a entamé des frappes aériennes contre les Unités de Protection du Peuple (YPG), branche armée du Parti de l’Union Démocratique (PYD), un parti Kurde syrien. Vivement critiquée par les acteurs internationaux, Ankara joue une fois encore un jeu dangereux : malgré son entrée officielle dans le conflit à l’été 2015, elle semble persister à ne vouloir cibler que les forces d’Al-Assad et ses ennemis tant redoutés, les Kurdes. Depuis le début de la guerre, le gouvernement turc craint en effet une montée en puissance kurde dans toute la région, et a repris les combats contre le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe armé kurde en Turquie. C’est un point de tension permanent avec la Russie, qui fait craindre une escalade de violence dans les rivalités régionales et les divergences d’intérêts des puissances engagées dans la guerre.

Dimanche 13 mars, un attentat faisait près de 40 morts et plus d’une centaine de blessés dans le centre de la capitale turque. En réponse, l’aviation turque a bombardé lundi matin des positions kurdes dans le nord de l’Irak.

Depuis qu’il a éclaté, le conflit syrien a fait plus de 270 000 morts et poussé à l’exil la moitié de la population syrienne. Le cessez-le-feu mis en place fin février a permis d’acheminer de l’aide humanitaire à plus de 280 000 personnes.

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