Découverte, Politique

Le retour du 21 avril 2002 ?

Cette question pourrait bien être dans la plupart des esprits après le premier tour des élections présidentielles du 23 avril 2017 en France.En effet, il y a 15 ans de cela, le 21 avril 2002 avait déjà été un premier électrochoc avec l’élimination dès le premier tour de Lionel Jospin – Premier ministre socialiste, qui après 5 ans de cohabitation était pourtant le favori des sondages -, au profit du leader du Front National, Jean-Marie Le Pen, qui devait se retrouver au second tour face au président sortant, Jacques Chirac. Ce dernier devait être alors facilement réélu avec 82,21 % des voix. Nous voici donc confrontés de nouveau à un second tour impliquant l’extrême droite.

Cette fois-ci la situation est cependant différente, mais demeure pour autant inédite dans l’histoire de la Ve République. Cette élection, la dixième organisée depuis 1958, voit cette fois-ci les partis politiques traditionnels éliminés dès le premier tour avec le candidat de la droite et du centre, François Fillon (Les Républicains), arrivant en troisième position à 19,9 % et avec 6,3 % seulement pour Benoît Hamon, candidat du Parti Socialiste, qui bien que « frondeur » devait ainsi endosser le mécontentement du quinquennat finissant de François Hollande.

Le second tour verra donc s’opposer cette fois-ci, Emmanuel Macron, pourtant ancien ministre de François Hollande qui fut tout de même, de 2012 à 2016, membre du gouvernement en tant que secrétaire général adjoint dans un premier temps puis comme ministre de l’Économie, face à Marine Le Pen qui pour le Front National et autour de son mouvement « bleu marine » poursuit une lente, mais déterminée ascension vers le pouvoir.

L’enjeu des 15 jours qui vont donc suivre jusqu’au second tour du dimanche 7 mai va sans doute impliquer deux paramètres. Le premier étant le taux d’abstention de ce second tour, et l’autre, la fameuse question du report des voix des candidats recalés au premier tour. Si François Fillon a sans hésiter dès le 23 avril au soir demandé à ce que ses électeurs fassent barrage à l’extrême droite en votant pour Emmanuel Macron, il n’est pas certain que tous le fassent ne serait-ce que parce que durant toute cette campagne l’ancien ministre de l’Économie a été présenté comme « l’héritier » de François Hollande. Benoît Hamon pour le parti socialiste devait lui aussi lancer le même appel, mais il ne totalise que 6,3% des voix. Enfin, de son côté, Jean-Luc Mélenchon qui est arrivé avec 19,6 % – presque ex aequo avec François Fillon – n’a pas donné de consigne de vote, mais a tout de même appelé lui aussi à faire barrage à l’extrême droite.

Bien au-delà de l’incertitude des reports de voix, l’enjeu va sans doute être pour les deux finalistes de convaincre les indécis dont le taux oscillait le 23 avril au soir autour de 19 à 22%. Le choix sera en tout cas très marqué, étant donné que tout oppose – ou presque – les deux candidats. Vraisemblablement, le traditionnel débat de l’entre-deux tours sera révélateur. En attendant, les dérapages successifs et sans doute prévisibles des deux challengers vont les départager progressivement.

Les propos de Marine Le Pen sur la rafle du Vél’ d’Hiv’ en 1942 lors du premier tour avaient beaucoup choqués. Il en a été de même pour la soirée de fête organisée par Emmanuel Macron au restaurant chic La Rotonde le soir du premier tour qui a été manifestement ressenti comme une provocation par beaucoup. Et ce ne sont là que deux exemples parmi tant d’autres d’une campagne qui restera de toute façon atypique.

Pour les partisans de l’avenir de la construction européenne, en tout état de cause, le choix se portera surement sur Emmanuel Macron qui est le seul à détenir les clefs d’une relance du projet européen qui ne pourra toutefois avoir lieu que dans le sillage des résultats des élections allemandes si celles-ci vont dans le même sens à l’automne 2017.

Les enjeux, on le voit, sont considérables pour un second tour incertain, mais qui sera décisif en tout état de cause.

Rendez-vous en tout cas pour la suite de tout cela le dimanche 7 mai 2017.

Dr Olivier Buirette, Paris le 24 avril 2017.

 

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