International, Politique

Retour sur les enjeux pour la Turquie du Sommet de Varsovie

Alors que le Sommet de l’Organisation du Traité nord-atlantique (OTAN) à Varsovie se déroulait les 8 et 9 juillet derniers et que les médias ont insisté sur les relations de l’Organisation avec la Russie, la Turquie avait quant à elle l’intention de faire entendre sa voix sur d’autres dossiers.
flag-40828_960_720Le sommet de l’OTAN s’est ouvert, selon les observateurs internationaux, dans un climat d’extrême tension rappelant les premières heures de l’organisation. En effet, la Russie fut au cœur des discussions pendant ces deux jours.

En revanche, le Président turc, Recep Tayyip Erdoğan, accompagné du ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, ainsi que du ministre de la Défense turque, Fikri Isik, avaient d’autres dossiers qui les intéressaient davantage, les relations Turco-Russes s’étant détendues depuis le début du mois de juillet.

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La sécurité, enjeu primordial pour la Turquie

Lors de la rencontre, le Président turc a invité les membres de l’OTAN à s’engager davantage dans les dossiers sécuritaires nuisant directement à la Turquie.

Avant son départ pour Varsovie, R. T. Erdoğan avait déclaré aux médias : « Nous nous attendons à ce que l’OTAN augmente ses efforts face aux développements qui impactent négativement la sécurité de la Turquie »

Au lendemain de l’attentat du 28 juin à l’aéroport Atatürk d’Istanbul qui a causé la mort de 47 personnes, les représentants turcs ont mis en avant le dossier syrien et la lutte contre le terrorisme.

Rappelant les récents attentats qui ont frappé l’Arabie-Saoudite, le Liban, la Tunisie, les États-Unis, Bruxelles ou encore Paris, le Président turc a souligné la nécessité d’agir de façon coordonnée et efficace dans la mesure où « Comme nous pouvons voir, la sécurité internationale est de plus en plus fragile ».

Le chef de l’État turc a par ailleurs martelé l’importance d’un partage des responsabilités par rapport à la lutte contre les organisations terroristes, précisément le groupe armé État islamique, mais aussi par rapport à l’aboutissement du conflit syrien, celui-ci représentant une menace pour la sécurité régionale. Lors de son retour en Turquie, le Président a déclaré aux journalistes : « Nous avons avec insistance souligné que l’OTAN doit faire plus que l’Organisation fait actuellement, particulièrement dans la lutte contre le terrorisme ».

Le chef d’État n’a ainsi pas omis de souligner le danger que représentent les autres groupes armés qui sévissent dans la région en passant par l’organisation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), au Parti de l’Union démocratique (PYD) et à son aile militaire les unités de protection du peuple (PYG), considérées comme des organisations terroristes par la Turquie.

Le Président de la République turque a indiqué que, pour Ankara, les menaces émanant du PKK et de ses branches – à savoir le PYD et l’YPG – devaient être éradiquées au même titre que les activités de Daech.

Ainsi, plus largement, R. T. Erdoğan a dit avoir mis l’accent sur la situation en Syrie et en Irak : « J’ai soulevé le sujet de la Syrie très souvent ».

Selon les sources proches du pouvoir, le Président a recommandé à l’OTAN que soit augmenté le système de défense collectif, mais a aussi évoqué la nécessité de renforcer la présence de l’OTAN en mer Noire.

Le 9 juillet, dernier jour du Sommet, les leaders de l’OTAN se sont entendus sur une augmentation des projections des forces de sécurité, notamment en augmentant la présence d’avions de surveillance AWACS, munis de radars à la fine pointe de la technologie et pouvant coordonner efficacement des opérations aériennes militaires, dans l’espace aérien turc pour contrecarrer les conséquences des opérations menées par la coalition contre Daech en Syrie et l’Irak.

Lors d’une conférence de presse, le 9 juillet, le Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a confirmé cette information: « Nous fournirons l’assistance d’avions-AWACS dans l’espace aérien international et dans celui de la Turquie […] C’est un signal clair de notre résolution à aider dans la lutte contre le terrorisme ».

Jens Stoltenberg a ajouté que l’OTAN réfléchissait à d’autres mesures qui permettraient de défendre la Turquie contre d’éventuelles menaces provenant de la Syrie : «La Turquie est l’allié de L’OTAN le plus affecté par le conflit et la violence au sud de son territoire […] Nous travaillons étroitement avec la Turquie sur la façon d’étendre des mesures de protection en Turquie ».

Pour défendre le territoire turc d’attaques de missile qui proviennent de Syrie, l’OTAN a déjà déployé des missiles patriotes ainsi que des batteries SAMP-T dans le sud du pays.

Une menace évolutive

Les dirigeants turcs ont aussi tenu à profiter de cette occasion pour souligner l’évolution des menaces à la sécurité internationale et la nécessité de prendre faits et actes de cette nouvelle réalité.

Avant son départ pour Varsovie, R. T. Erdoğan expliquait d’ailleurs aux journalistes ce qu’il allait exposer plus tard devant les membres de l’OTAN : « La nature du concept de menace sécuritaire subit des changements radicaux ». Durant le sommet, la délégation turque a donc pressé l’OTAN d’être plus proactive quant aux nouveaux enjeux sécuritaires qui touchent aussi bien la Turquie que le reste du monde.

Le Président turc, un jour avant le sommet, déclarait sa volonté de mettre l’emphase sur la crise migratoire : « La crise de réfugiés et les mouvements migratoires affectent le monde entier ». Les dirigeants turcs ont donc réitéré l’importance d’un partage des responsabilités entre tous les États de l’Alliance quant à la gestion de la crise des migrants, Ankara étant fatiguée de porter à bout de bras ce problème sans soutien efficace des pays occidentaux.

À la mauvaise gestion du problème des réfugiés s’ajoutent d’autres obstacles à la sécurité internationale, ce que n’a pas manqué de souligner R. T. Erdoğan : « Les cyber attaques, les épidémies et l’instabilité régionale touchent toutes les régions du monde et les pays géographiquement isolés ».

Un marathon d’entretiens

Il était prévu que, lors de ce sommet, les représentants turcs rencontreraient en tête à tête plusieurs chefs d’État et de gouvernement membres de l’OTAN. Durant ces rencontres, divers sujets ont été abordés sans toujours avoir un lien direct avec les thématiques de discussion de l’OTAN.

Le Président turc s’est entretenu avec le Premier ministre britannique, David Cameron, à qui il a annoncé, malgré sa tristesse, son respect quant à la décision britannique de sortir de l’Union européenne.

R. T. Erdoğan a aussi rencontré la chancelière allemande, Angela Merkel, à qui il a tenu à souligner de nouveau la colère de la Turquie quant à la résolution du Bundestag de reconnaître le génocide arménien.

Enfin, le chef d’État turc a obtenu un court entretien avec Barack Obama, à qui il a présenté ses condoléances et son soutien au peuple américain quant aux récents évènements aux États-Unis qui ont coûté la vie à de trop nombreux Américains.

Quant au ministre de la défense turc, Fikri Isik, il a pu s’entretenir avec le ministre de la Défense nationale américaine, Ash Carter, et est parvenu à obtenir l’engagement que les Américains continueraient à lutter intensivement contre la menace terroriste en coopération étroite avec la Turquie.

Reste à savoir maintenant si les déclarations de bonne volonté de l’OTAN auront une suite et dans quelle mesure.

Camille Saulas. 

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