International, Politique

Retour sur Vienne 1 et Vienne 2 : Comment sortir de « l’Enfer Syrien » ?

Les attentats de Paris revendiqués par l’Etat Islamique ont modifié l’agenda politique des dirigeants internationaux. La question syrienne s’est imposée au cœur des pourparlers lors de la deuxième session de la conférence ouverte à Vienne samedi 14 novembre.

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Quelques semaines avant, le 29 octobre, les pourparlers internationaux avaient commencé par une entrevue entre le chef de la diplomatie américaine John Kerry et son homologue iranien Javad Zarif. La présence de l’Iran à la table des négociations est d’une importance particulière pour J.Kerry, alors que les Etats Unis et l’Arabie Saoudite y sont, par principe, radicalement opposés. « Il est désormais temps d’accorder à l’Iran une place à la table », a affirmé le Secrétaire d’Etat américain. Téhéran, allié du régime de Bachar el-Assad, avait été tenu à l’écart de Genève 1 et de Genève 2, respectivement en 2012 et 2014.

Cette réunion constitue selon John Kerry « rien de moins qu’une course pour sortir de l’Enfer ». C’est l’occasion de trouver une ouverture politique capable de résoudre le conflit syrien, qui a déjà causé la mort de plus de 250 000 personnes depuis 2011.

Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères français avait vu juste en estimant que plusieurs sessions seraient nécessaires avant d’aboutir à un accord commun : « Il peut y avoir un accord sur la méthode, mais sur le fond, malheureusement, c’est encore prématuré ».

Cette flexibilité espérée semble impossible tant les divergences entre les délégations sont importantes. Certes, les Etats Unis et l’Arabie Saoudite ont fait un pas en avant en invitant l’Iran, mais le sort de Bachar-Al-Assad est tout tracé selon les saoudiens. L’Arabie Saoudite veut le départ du Président syrien : « Il partira soit à l’issue d’un processus politique soit parce qu’il sera renversé par la force » déclarait Adel al-Jubeir, ministre des affaires étrangères saoudien.

Moscou, fidèle allié du régime de Bachar-Al-Assad, considère que laisser le régime s’effondrer revendrait à mettre en péril l’existence même du pays ; c’est pour cette raison que l’armée russe intervient militairement en Syrie. L’opposition syrienne en exil se dit elle-même sceptique sur la possibilité d’arriver à un accord concret à Vienne : « Le fait que cette réunion ait lieu, avec toutes les parties prenantes dans le dossier syrien, c’est une bonne chose. Mais je ne suis pas optimiste sur la possibilité d’une solution au conflit syrien, à l’issue de cette réunion. Les positions des deux camps sont trop éloignées », déclarait Walid al-Bounni, membre de l’opposition syrienne.

Si la première session des pourparlers n’avait abouti à aucun accord concret entre les représentants des Etats présents, les attentats sanglants à Paris ont propulsé la question sur le devant de la scène. La résolution du conflit syrien est devenue la préoccupation majeure des Etats. En effet, le conflit ne se cantonne plus aux frontières de la Syrie, il s’est progressivement immiscé en Turquie, et atteint aujourd’hui les Etats européens sous des formes inédites. Laurent Fabius a déclaré qu’il était « plus que jamais nécessaire » de « coordonner la lutte internationale contre le terrorisme ». Selon J. Kerry « Il y a une chose que nous pouvons dire à ces gens, c’est que ce qu’ils font renforce notre détermination, à tous, pour contre-attaquer ».

Les Etats présent à Vienne, l’Union Européenne et les Nations Unies « ont affirmé leur soutien à un cessez-le-feu et à un processus mené par les Syriens pour établir d’ici six mois […] un calendrier pour rédiger un nouvelle Constitution. […] Des élections libres et équitables auraient lieu conformément à cette nouvelle Constitution d’ici dix-huit mois », d’après le communiqué final. Frank Walter Steinmeir, ministre des affaires étrangères allemand a déclaré : « Cela a encore l’air utopique mais nous avons toutes les puissances autour de la table ». Tous les Etats se sentent en effet concernés par la question. Laurent Fabius explique que « Quand il y a un événement comme celui-là, le plus grave en Europe depuis quarante ans, il faut prendre des mesures (…) il faut être déterminés, continuer notre action et la renforcer ». Cette action devrait commencer par la mise en relation des services de renseignements de chaque Etat, comme c’est le cas entre le Belgique et la France actuellement. Les attentats de Paris l’ont prouvé, le terrorisme n’a pas de frontière, les Etats se doivent de coordonner leurs actions en vue de trouver une solution durable face au conflit et restaurer un climat sécuritaire.

Kheira Djouhri 

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