Cinéma

Robert Mitchum est mort : Trois personnages en quête d’hauteur

Robert Mitchum est mortUn road movie alternant alcool et somnifères, des personnages décalés, des situations surréalistes sont des caractéristiques propres au film Robert Mitchum est mort réalisé par Olivier Babinet et Fred Kihn.

Ce long métrage qui mêle désespoir et dérision met en scène Francky, un acteur de seconde zone dépressif et névrosé joué par Cosme Castro, qui part sur les routes d’Europe à la recherche d’un cinéaste mythique et d’un pseudo contrat en compagnie d’Arsène Meyer son manager mythomane, manipulateur, aux allures de Rockeur et de mafieux minable qui sombrera dans la folie, interprété par Olivier Gourmet. Ce dernier croit dur comme fer au potentiel de star de son poulain Francky Pastor.
Au cours de leur périple comprenant la Belgique, la Pologne et la Norvège jusqu’au Cercle Polaire, les deux personnages ringards au style des années 50, vont rencontrer une multitude de personnages plus étranges les uns que les autres tels que Douglas, incarné par Bakary Sangaré de la Comédie Française, une sorte compagnon marabout farfelu et mystérieux aux ongles de sorcier qui passe son temps à jouer de la musique en accord avec ses humeurs.

UN FILM REMPLI DE RÉFÉRENCES TANT CINÉMATOGRAPHIQUES QUE LITTÉRAIRES

Robert Mitchum est mortSi ce film parait étrange, il est truffé de références de série B, de films noir ou bien de films d’amour qui le poussent au frontières du Nanard. Devrions-nous y voir d’autres références ? Probablement, puisque le film s’adresse à un public de connaisseurs qui verra certainement dans la personnalité des personnages, une marginalité qui rappelle ceux de Little Miss Sunshine. Par ailleurs, il est tout aussi possible d’entrevoir une référence littéraire à laquelle Samuel Beckett ne serait pas insensible. En effet, les situations truffées de bizarreries nous font penser à la comédie théâtrale absurde En attendant Godot. En réalité Vladimir et Estragon pourraient être Francky et Arsène, deux personnalités opposées mais qui ont besoin l’un de l’autre pour vivre. Ce long métrage reflète admirablement la pièce Beckettienne ; était-ce l’intention des deux réalisateurs ? Dans les deux cas, il y a peu d’intrigue, il ne s’y passe presque rien, tout est lent, le prosaïque est omniprésent et les personnages sont confrontés à leur propre condition humaine. Si la notion de fatalité n’est pas évoquée, elle est vraisemblablement suggérée, puisque les personnages sont enfermés dans leurs propres rôles et sont réduits à leurs conditions misérables.

UNE VÉRITABLE PSYCHANALYSE QUI CONFÈRE UNE AMBIANCE INQUIÉTANTE

Robert Mitchum est mortCe film proposerait-il de nombreuses réflexions profondes et philosophiques ? Certainement, car Arsène est la caricature de celui qui n’est pas parvenu à mener à bien sa vie et qui, au travers de l’acteur qu’il manage, est prêt à tout pour voir la réussite de Francky ; mais qui en vérité est sans doute la sienne qu’il n’a jamais pu accomplir. Ces désirs inconscients sont des aspects présents. A cela se mêle d’autres observations, celles de la dure réalité de la vie et de l’utopique métier d’acteur, de l’ennui, de la détresse, du désir d’atteindre l’American dream et de la pauvreté des hommes. Chacun est confronté à son destin qui souvent est dur à accepter. Ce film dépeint une vérité tant tragique que pathétique, une réalité qui ne se conforme pas aux messages délivrés par les films Hollywoodiens où les happy ends sont les maîtres chanteurs des films.
De plus, une atmosphère pesante presque inquiétante se dégage tout au long de ce long métrage. Et pour cause, la musique expérimentale décousue et folklorique, qui semble provenir d’une autre planète, renforce cette ambiance sombre mais tient tout de même un enjeu et un rôle particulier dans le film. Cette musique, composée par Étienne Charry, devient alors personnage et remplace à certains moments les dialogues.
Ce joli premier long métrage, qui n’est pas un film “fait par des pharmaciens”, est en vérité une envoûtante poésie kitch doté d’un certain réalisme, où il est difficile de refuser de prendre part à ce voyage initiatique organisé par Olivier Babinet et Fred Kihn.

Charlotte Lelouch

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