Culture, Découverte, Société, Tourisme

La route culturelle de Kastamonu à Sinop

En juin 2016, l’équipe d’Aujourd’hui la Turquie rencontrait Zeynep Aygen, professeure à l’université des Beaux Arts de Mimar Sinan et coordinatrice d’un projet de valorisation de la culture et du patrimoine dans les provinces de Kastamonu et Sinop. Un an plus tard, l’heure est au premier bilan. Entretien.Comment le projet a-t-il évolué ?

Il a été quelque peu modifié par rapport à ce qui avait été initialement pensé. Sur les quatre communes que nous avions visitées, à savoir Bozkurt, Bolu, Küre et Boyabat, nous avons retenu les deux dernières comme projet pilote d’une ambition plus grande : la création à terme de la Route culturelle de Kastamonu à Sinop. Nos actions constituent donc une première étape, un test, et visent non seulement à dynamiser le tourisme culturel, mais aussi à valoriser le patrimoine local afin de le préserver et permettre des retombées économiques dans les communes de Boyabat et Küre.

Pour comprendre nos actions, il faut savoir que, quel que soit le pays, les touristes ont tendance à privilégier les côtes au détriment des territoires internes. Cette tendance est préjudiciable à la fois pour les visiteurs qui se plaignent d’être massés dans un endroit touristique, et les locaux qui ne peuvent les rencontrer que ce soit humainement ou économiquement. Kastamonu et Sinop étant des provinces ouvertes au tourisme, elles n’échappent pas à cette tendance. La route culturelle que nous souhaitons créer à terme, et qui passera notamment par Küre et Boyabat, vise aussi à pallier cela.

Quelles sont les actions prévues ?

À Boyabat, nous souhaitons valoriser les travaux de l’artisanat des femmes. Cela dit, à court terme, les professeurs, le maire et les locaux ont décidé de collaborer en vue du festival de novembre prochain visant à valoriser le patrimoine et la culture locale, qu’il s’agisse de la nourriture, de l’artisanat ou même de l’aspect architectural de la ville. Comme première action concrète, les professeurs habilleront pour l’occasion un catalpa avec des tissus cousus main afin d’en faire un arbre décoratif aussi agréable à contempler qu’original. Nous réfléchirons ensuite à nos futures contributions.

Les participants à la Route de l’Indépendance – randonnée de patriotes entre Kastamonu et Inebolu – passent chaque année par la commune de Küre. C’est pourquoi trois étudiants (parfois rejoints par d’autres) et le professeur Mehmet Ayar travaillent à la réalisation d’une fresque murale qui fait partie de l’itinéraire où seront mis à l’honneur les héros de l’époque de la guerre d’Indépendance. Ce mur se prolongera autant que faire se peut. Tout cela n’aurait pas été possible sans le soutien du maire Kamil Aydınlı ainsi que le matériel fourni par DYO Boya Fabrikaları. L’hiver prochain, les femmes et professeurs habilleront l’arbre qui se trouve place de la République avec de la laine.

Quid du projet de musée à Küre ?

Nous travaillons tous, universitaires comme autorités locales, étudiants stambouliotes comme travailleurs locaux, à la mise sur pied de Nühas, le futur musée de la mine à Küre. Il s’agira d’un musée très singulier, notamment en raison de ses deux spécificités principales. D’un point de vue écologique et de développement, d’abord, il sera fait à partir de matériaux de seconde main, qui seront intégrés au bois et pierres propres à la région qui seront utilisés. Du point de vue de l’originalité, ensuite, il s’agira du tout premier musée portatif en Turquie. Couplé aux sentiers de randonnées qui commencent à se développer et à attirer les amoureux de la nature, ce projet constitue une étape de plus vers l’ouverture touristique, culturelle et économique de la région. Il sera inauguré mi-septembre et j’invite le plus grand nombre à venir le visiter.

D’autres choses à ajouter ?

Tout cela n’est possible que grâce à l’investissement de tous, allant du soutien des autorités et des habitants, aux entreprises, en passant par l’appui technique de l’Agence de développement nord-anatolien (KUZKA), le matériel fourni par DYO Boya Fabrikaları pour la fresque murale à Küre, ainsi que la participation des étudiants stambouliotes de l’université des Beaux-Arts Mimar Sinan. Mais, soulignons aussi la contribution d’une poignée d’autres étudiants de l’université Fatih Sultan Mehmet pour ce qui est du musée portatif en cours à Küre. Au-delà de la valorisation des patrimoines, c’est aussi une formidable preuve de la coopération de personnes a priori différentes qui œuvrent pour servir des buts communs.

Tout cela n’est que le début et nous sommes déterminés à faire connaître la beauté et la culture de ces villes où l’on ne demande qu’à participer à la dynamisation locale, et faire de cette région un lieu accueillant et propice aux rencontres. Cela est en bonne voie, puisque des touristes japonais et d’autres, originaires d’Europe, commencent à s’intéresser aux paysages, au charbon et au dépaysement que proposent ces villes. En espérant que vous continuerez de vous intéresser à nos actions actuelles et à venir, je tiens à remercier Aujourd’hui la Turquie pour votre intérêt et espère que les touristes en provenance de pays francophones viendront visiter cette partie de la Turquie qui gagnerait à être découverte.

Propos recueillis par Mireille Sadège et Kıymet Altan

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