Environnement, Société

Şahika Ercümen plonge dans le Bosphore envahi par les plastiques

Le 9 juin 2020, nous écrivions un article à propos de l’apnéiste Şahika Ercümen, tout juste détentrice du titre des Nations Unies de « défenseure de la vie sous-marine » de la Turquie. Le 1er juillet, qui marque la « Journée de la mer et du cabotage » en Turquie, elle a montré son soutien à la Direction générale de la sécurité côtière en plongeant dans le Bosphore pour mettre en évidence la présence ubuesque des déchets plastiques qui jonchent le détroit.

Le Bosphore se transforme en « piscine à déchets plastiques »

ŞahikaErcümen, qui est devenue le mois dernier une « défenseure de la vie sous-marine » des Nations Unies, a fait son premier plongeon pour observer la vie et la pollution dans le Bosphore avec le soutien de la Direction générale de la sécurité côtière à l’occasion du 1er juillet, Journée nationale de la mer et du cabotage.

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Elle s’est livrée à l’Agence Anadolu, gérée par l’État : « Je peux malheureusement dire que j’ai plongé dans les déchets plastiques ».

L’athlète a plongé trois fois. Sa première immersion a eu lieu autour de la Tour de Léandre, la seconde au large du phare Ahırkapı et la troisième devant la mosquée Ortaköy. Elle a collecté un grand nombre de déchets. « Je ne sais pas comment les poissons peuvent vivre ici, et je ne sais pas comment nous pouvons avoir confiance et manger ces fruits de mer », a-t-elle déploré. Elle a ajouté qu’elle peinait même à nager. « Partout, c’est plein de déchets […] Nous avons essayé de retirer les gants, les masques, les bouteilles, les désinfectants, les sacs en plastique, mais ce n’est pas quelque chose que nous pouvons faire. L’un des plus beaux endroits du pays et du monde est sur le point de se noyer dans les déchets plastiques », a souligné la plongeuse.

Elle a constaté que la quantité de masques et de gants jetés dans le Bosphore a drastiquement augmenté depuis le début de la pandémie. ŞahikaErcümen a donc prévenu que ce type de comportements était on ne peut plus risqué : « Tout d’abord, le fait qu’ils soient jetés sans un isolement adéquat comporte un grand risque de propagation du virus […] Et cela ajoute à notre problème actuel de déchets plastiques. Nous avons des bouteilles, des masques, des gants et même des bouteilles de désinfectant pour les mains non recyclables dans nos mers. Ce que nous devons tous faire, c’est utiliser des conteneurs désignés pour ces déchets. »

La sonnette d’alarme sur l’état de la planète

Şahika Ercümen a fait des mers son lieu de vie depuis plus de 25 ans. Elle a observé une baisse de la population des poissons contrairement à la présence des déchets qui augmente d’année en année.

« J’ai nagé parmi les plastiques plus que les poissons ces dernières années », s’exaspère l’athlète.

« Nous trouvons certaines de nos créatures marines qui ont besoin d’aide, par exemple des tortues marines, comme la Caretta caretta, avec des sacs en plastique ou des filets attachés autour du cou, et beaucoup d’entre eux meurent », déplore la détentrice de plusieurs records du monde.  

Pour parer cette tendance suicidaire de destruction de l’écosystème, Şahika Ercümen sensibilise à la pollution des mers. « Il ne m’est pas possible de nettoyer les mers en plongeant », a-t-elle souligné avant d’ajouter : « En fait, seulement 15 % des déchets que nous voyons se trouvent à la surface de la mer, 85 % se trouvent dans les eaux profondes et il n’est pas possible de les nettoyer facilement. Ce que nous faisons, c’est essayer de sensibiliser, car la pollution de la mer affecte notre planète, et même l’air que nous respirons. »

Elle est d’ailleurs fière d’avoir été déclarée « défenseure de la vie sous-marine » par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) : « Le PNUD a de grandes équipes partout dans le monde […] Ensemble, nous avons décidé d’entreprendre des études pour protéger les océans et les mers dans notre pays et dans le monde. Il s’agit d’un problème mondial, car un déchet jeté à la mer en Italie peut se retrouver sur terre en Turquie. Donc, ce que nous essayons de faire, c’est d’arrêter un problème mondial. »

Anaëlle Barthel

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