Culture

Sait Faik ou le renouveau de la littérature moderne turque

Si un jour l’envie vous prend de visiter l’île de Burgaz, on ne manquera pas de vous indiquer  le musée de Sait Faik Abasıyanık, l’enfant prodige de l’île et monument de la littérature turque nationale né le 18 novembre 1906 à Adapazarı. A l’entrée même de ce musée, dans le jardin, se trouve une statue représentant Sait Faik dans la position qu’il a tant affectionnée et qui le caractérise à merveille, la position d’un homme en constante méditation et réflexion.

sait

En août 1938, Sait Faik achète cette maison sur l’île de Burgaz pour y passer ses étés puis le plus clair de son temps en compagnie de sa mère à partir de 1945.
Rénové récemment par Darüşşafaka Society la maison de l’écrivain est devenue musée et est ouverte au grand public depuis mai 2013. Les visiteurs affluent et ont déjà dépassé les deux mille, ce qui en fait l’une des maisons-musées les plus visitées en Turquie. Le musée permet de mieux connaître la vie de Sait Faik, de plonger dans l’ambiance dans laquelle travaillait l’écrivain et surtout de pénétrer dans son intimité profonde afin de mieux comprendre ses écrits. En effet, la dite maison, à l’image de son propriétaire, est moderne pour son époque et a été laissée intacte après sa mort. A l’entrée de la maison se trouvent le séjour et la cuisine. Vous pouvez apprécier le sens du détail dans la conservation des bibelots. Au deuxième étage, vous pourrez voir sa chambre et son bureau. Des murs aux couleurs chaudes et apaisantes, des plafonds blancs ainsi qu’un décor sobre vous plongeront tout de suite dans une ambiance calme et paisible recherchée par l’écrivain. Dans chaque pièce, vous trouverez des documents originaux, des papiers personnels ou encore des correspondances préservées et mises à la disposition du grand public. Ces derniers témoignent de beaucoup d’échanges avec un certain nombre d’écrivains et d’artistes. La bibliothèque, où les géants de la littérature russe côtoient les ténors de la littérature française au milieu de livres dédicacés, est un vibrant témoignage  de son grand intérêt pour la littérature et la culture aussi bien turques qu’étrangères et de l’influence de ces dernières sur ses propres écrits. Ses nombreux voyages et séjours laisseront eux aussi une empreinte indélébile sur ses livres. En effet, il vivra quelques années en Suisse puis trois ans à Grenoble et passera enfin quelques temps à Milan. De retour en Turquie en 1934, il écrit de nombreux poèmes et nouvelles puis son premier recueil d’histoires courtes, Samovar, sort en 1936. S’ensuivent alors un certain nombre de livres peignant la vie quotidienne difficile des classes populaires turques. Attiré par la mer, les bateaux et la pêche, il rend hommage à ces personnes simples qu’il tenait en grande estime dans ses livres plongeant le lecteur dans une ambiance particulière qui sent bon l’air marin.

IMG_0782

Les murs du musée sont ornés d’un certain nombre de citations tirées de ses œuvres et qui permettent aux visiteurs de mieux cerner et comprendre le personnage. Et surtout de mieux apprécier l’apport indéniable de ce grand écrivain à la littérature moderne turque : des nouvelles courtes écrites de manière sévère, poignante, rythmées par des descriptions du monde maritime mais dont l’apport et la réflexion sont indéniablement humanistes. C’est pourquoi en 1953, il sera élu comme membre honoraire de Mark Twain Society. Etant un grand buveur, Sait Faik Abasıyanık s’éteint le 11 mai 1954 des suites d’une cirrhose. Après sa mort, sa mère décide de créer un prix annuel afin de récompenser les talents montants de la littérature. Toujours dans cette même volonté de cultiver l’art, Darüşşafaka Society a installé près de sa bibliothèque un coin de travail où les jeunes et les moins jeunes peuvent venir profiter d’une ambiance calme et studieuse. Des projections sont aussi prévues afin de faire de ce musée un lieu propice à l’éducation toujours selon la volonté de Sait Faik qui a confié l’ensemble de sa fortune à Darüşşafaka afin de permettre aux enfants orphelins de recevoir une éducation digne de ce nom.

Un nouveau recueil de nouvelles accessible aux lecteurs francophones

Le Café du coin (Mahalle Kahvesi en turc) a été traduit pour la première fois en français par Rosie Pinhas-Depluech. Ce recueil de nouvelles de Sait Faik Abasıyanık vient rejoindre les trois autres déjà publiés par les Éditions Bleu Autour. Paru en 1950, il est considéré comme l’une de ses œuvres les plus abouties. Ses descriptions du monde qui l’entoure sont pleines de beauté, de justesse et s’y ajoute toujours une pointe d’humour qui donne de la légèreté à ces histoires quotidiennes difficiles des classes populaires d’Istanbul et des Îles aux Princes. Enfin, pour la traductrice, l’écriture de l’auteur est aussi un reflet de sa propre vie, entre insularité et vie de marginal à Beyoğlu, comme « une balance entre la terre et la mer au moment de l’embarquement à bord d’un bateau ».

Ikram Bakkass et Hind Al Aissi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *