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Sanofi : important mouvement de grève pour défendre les salaires et la recherche

Une activité en croissance sur les 10 dernières années

Le géant pharmaceutique français a annoncé en juin dernier la suppression de 1 700 emplois en Europe, dont un millier en France. Alors que Sanofi est le laboratoire qui affiche la réduction d’effectifs la plus importante sur les cinq dernières années[1] (environ 13,2%), ses investissements en recherche et développement (R&D) sont en chute libre depuis 2007. Le groupe s’est pourtant considérablement élargi en externe : outre le rachat du laboratoire Genzyme en 2011 pour 20,1 milliards de dollars, il a acquis depuis 2008 un total de 45,7 milliards de dollars de sociétés cotées. Alors que l’activité de Sanofi est globalement stable sur l’année 2020, notamment grâce au succès de son médicament Dupixent, l’annonce récente de nouvelles coupures budgétaires et de réduction des effectifs suscite la colère et l’incompréhension de nombreux employés ainsi que de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie.

Une stratégie troublante pour 2021

Lundi 18 janvier, le groupe annonce sa volonté de supprimer 400 emplois supplémentaires en recherche et développement (R&D) venant s’ajouter au grand PSE de 1700 licenciements. Il s’agit là d’une décision incompréhensible pour les syndicats, qui appelaient déjà à la grève dès mardi sur des questions salariales. Outre la revendication d’augmentations de salaire, c’est la nécessité de conserver une recherche exigeante et qualifiée qui anime le mouvement de grève en marche depuis la semaine dernière. En treize ans, les effectifs en R&D ont diminué de moitié, passant de 6 000 à 3 000 postes. La tendance s’est considérablement accélérée depuis l’entrée en fonction de Paul Hudson en septembre 2019 qui a récemment décidé de la fermeture définitive des portes de Sanofi Strasbourg courant 2022. Ce laboratoire de recherche, orienté sur l’immuno-oncologie et les traitements contre le cancer, était considéré comme un modèle de partenariat public-privé au cœur de la coopération européenne, il est dorénavant le symbole d’une stratégie opaque de la part de Sanofi, clairement tournée vers l’externalisation des activités du groupe.

Un mouvement de grève reconductible à partir du 1er février

Dans une pétition lancée par des élus du personnel (non-affilié), 155 universitaires, dont trois prix Nobel de l’université de Strasbourg, alertent sur “la perte d’expertise dans le domaine pharmaceutique au niveau local”. Plus largement, la CGT appelle les salariés à une grève reconductible à partir du 1er février pour renforcer la mobilisation déjà entamée sur 20 sites français et notamment soutenue par la venue du député François Ruffin sur le site eurois. Les revendications des grévistes sur les salaires et la recherche s’inscrivent dans un climat de défiance plus général vis-à-vis de Sanofi, le groupe étant montré du doigt pour son échec à produire un vaccin anti-covid français.

Laure Sabatier


[1] D’après une étude de Sacha Pouget, directeur associé de Kalliste Biotech Advisors citée par BFMTV bourse

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