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Sanofi : pas de vaccin contre le virus des licenciements

Alors que la campagne de vaccination peine à démarrer en France, et que les polémiques s’enchaînent autour du retard que cumule le pays par rapport à ses voisins européens, l’information passe quasiment inaperçue. Pourtant, la décision de Sanofi de supprimer près d’un millier de postes en France a tout à voir avec les failles économiques dont le coronavirus est tragiquement devenu le symbole.

Quand les profits n’empêchent pas de licencier

Sanofi est un géant transnational, d’origine française, spécialisé dans la production pharmaceutique. Son site à Val-de-Reuil, créé en 1973, est par exemple le premier producteur mondial de vaccins contre la grippe saisonnière et pandémique. En 2020, Sanofi fait partie des groupes qui ont battu le record de versements de dividendes à ses actionnaires. En effet, sur les quelque 4 milliards de bénéfices enregistrés en 2020, la moitié a directement filé dans les poches des actionnaires. Dans ces conditions, l’annonce d’un plan de licenciements, qui touchera notamment 400 employés dans le fameux site du Val-de-Reuil, semble non seulement injustifiée mais en plus indécente.

Mobilisation syndicale

Au cœur de la prise de décision de Sanofi, se trouve bien-sûr cette idéologie comptable, intrinsèquement liée au capitalisme financiarisé, qui consiste à favoriser le capital au détriment du travail, au lieu d’établir un équilibre entre les deux. Le groupe justifie ainsi sa décision par la nécessité de « rationaliser les dépenses de l’entreprise », en réduisant nécessairement les coûts du travail, au lieu de partager plus équitablement les richesses produites -comme le réclament les syndicats de Sanofi. En effet, l’intersyndicale du groupe a appelé à la grève sur tous les sites français. A Marcy-Etoile, l’un des plus importants sites du France, la CGT a évalué à 300 le nombre de grévistes. Les grévistes de Val-de-Reuil, qui protestent par ailleurs contre la baisse des salaires et la dégradation de leurs conditions de travail, ont reçu le soutien et la visite du député (LFI, la France Insoumise) François Ruffin, pour qui l’enjeu dépasse largement la question -déjà primordiale- des droits des salariés de Sanofi.

Quid du rôle de l’Etat ?

Car ce plan de licenciements est parfaitement emblématique des failles du système économique qui ont plongé le monde dans la crise actuelle du Covid-19. Les suppressions de postes toucheront le secteur de la Recherche et du Développement. Alors que Sanofi essuie un échec cuisant dans la fabrication d’un vaccin français, et qu’il envisage même de produire celui des pays européens, comment ne pas voir un lien entre cette panne de la recherche française et cette coupe dans les moyens humains alloués au développement de la recherche ? Comme l’ont déjà montré les cas des tests et des masques, le néolibéralisme n’est pas compatible avec le surgissement imprévu d’une crise : à la protection de long-terme, il privilégie les économies de court-terme ; à la fabrication industrielle, il oppose une phobie de la rente ; au savoir-faire français, il préfère l’actionnariat financier ; et à l’indépendance stratégique, il finit par substituer un déclassement national. Dans ce nœud, c’est le rôle de l’État, et celui de la politique, que d’arbitrer et réguler les puissances économiques dans l’intérêt général. Or, le silence d’Emmanuel Macron et des pouvoirs publiques, lesquels avaient pourtant promis de se « réinventer » après le fiasco des masques et des tests, en dit long sur la nature du « monde d’après ».

Ryan Tfaily

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