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Sarah Abitbol ou le #MeToo du sport dénonce les démons des vestiaires

Depuis la sortie de son livre, Sarah Abitbol est devenue un véritable symbole, incarnant le mouvement #MeToo dans le monde du sport. Ces témoignages glaçants montrent que le sport n’est pas épargné par les violences sexuelles et dévoilent un système terrible bien rodé, fermant les yeux sur cette réalité, laissant les jeunes sportifs seuls face à un adulte abusant de son rôle et de son autorité. De nombreux athlètes osent sortir du silence, les autres disciplines sportives s’en mêlent et le gouvernement prend enfin des décisions.

En janvier 2020, le livre témoignage Un si long silence de Sarah Abitbol brise les secrets et les non-dits qui entourent le monde du sport. Elle est dix fois championne de France de patinage artistique en couple, multimédaillée européenne et mondiale et va révéler la partie sombre et cachée du monde du sport. En 2020, elle révèle avoir été violée et agressée sexuellement par son ancien entraîneur, Gilles Beyer, de ses 15 à ses 17 ans. Il use alors de son autorité et la contraint au silence.

Ce témoignage agit comme un véritable séisme sur le monde du sport, d’autant plus que la Fédération Française de Patinage connaissait les agissements de Gilles Beyer, mais elle s’est tue. La ministre des Sports, Roxana Maracineanu a mesuré l’ampleur des manquements du système et a demandé au président de la Fédération française des Sports de Glace, Didier Gailhaguet, de démissionner.

Le Parlement a aussi réagi avec fermeté. Le 26 février 2020, le sénateur Michel Savin a déposé une proposition de loi composée de cinq articles pour renforcer la protection des mineurs dans le sport. Cette proposition se veut un « signal fort » pour les victimes et pour le monde du sport. Le Sénat avait déjà, avant cette affaire, fait des propositions pour empêcher les violences sexuelles sur les mineurs, notamment en contrôlant les antécédents judiciaires des bénévoles qui entrent en contact avec les mineurs.

Les chiffres sont pourtant évocateurs. Selon une enquête du ministère des Sports réalisée en 2008, avant le témoignage de Sarah Abitbol, 11,2 % des athlètes interrogés affirmaient avoir été victimes de violences sexuelles dans leur carrière.

La culture du viol dans le monde du sport enfin dénoncée par Sarah Abitbol permet aux autres athlètes de sortir du silence. Hélène Godard, ex-patineuse, révèle avoir été violée par le même entraîneur que Sarah lorsqu’elle avait 15 ans, ainsi que par un autre entraîneur. Anne Bruneteaux et Béatrice Dumur, ex-patineuses de haut niveau, déclarent avoir été abusées sexuellement par leurs entraîneurs quand elles étaient adolescentes, et ceux-là ont par la suite occupé de hautes fonctions au sein de la Fédération Française de Patinage. Suivant le mouvement entrepris par Sarah Abitbol, d’autres disciplines sportives brisent l’omerta comme la cavalière Amélie Quéguiner. 250 autres témoignages sont apparus depuis les déclarations de Sarah Abitbol.

Traumatisées, les victimes n’osent pas parler, elles ne sont d’ailleurs pas toujours écoutées. Leur carrière de champions commençant à décoller, elles n’osent pas révéler ce qu’il se passe au risque que tout s’arrête, le pouvoir et l’emprise étant trop puissants.  Le système sportif est pour cela bien organisé, il préfère fermer les yeux pour ne pas « salir » son image et ses affiliés. Les jeunes athlètes sont généralement seuls, ils sont déconnectés du monde extérieur, enfermés dans cet environnement sportif qui les rend vulnérables. Les entraînements, qui sont quotidiens et éprouvants, facilitent une promiscuité entre l’adulte référent, souvent l’entraîneur, et l’adolescent. L’entraîneur devient alors l’unique point de repère, une personne que l’on admire, et la dévotion réduit alors au silence. C’est pour cela que les révélations se font souvent des années après, comme l’explique le titre du livre de Sarah Abitbol, Un si long silence.

Voulant soutenir le mouvement et protéger les jeunes adeptes, 54 athlètes français ont cosigné une tribune sur le site de France Info pour donner de la voix à ce sujet encore tabou. La patineuse Nathalie Péchalat, le judoka Teddy Riner, ou encore la skieuse Ophélie David ont décidé ensemble de ne plus se taire et de briser le silence. Ils demandent la mise en place d’actions de sensibilisation, de formation et de prévention ainsi que la création d’une cellule indépendante pour prendre en charge ces violences sexuelles. Le sport doit désormais faire son rapport.

Charlotte Guilloche

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