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Sari Alesh : Réfugié syrien, mais avant tout violoniste

Sari Alesh a fui le conflit syrien alors qu’une brillante carrière de musicien débutait pour lui. Après avoir trouvé refuge au Canada, celui-ci a trouvé la force, grâce à l’aide de parrains, de s’adonner de nouveau à son art.2016-12-25-15-42-29À trente et un ans, il fait partie de ces trente et un mille réfugiés syriens qui ont été acceptés au Canada. Le jeune artiste est arrivé en février 2016, le jour de son anniversaire, sur la côte ouest du Canada. Il vit depuis, comme 400 autres syriens, dans la région de Victoria.

Mais avant de devoir quitter son pays, la vie de Sari Alesh était pleine de musique. Il a en effet reçu une formation de musique classique à Damas. Grâce à son talent, il intégrera l’Orchestre symphonique national syrien et visitera l’Europe et le Moyen-Orient. Finalement, en 2011, les explosions ont commencé à remplacer le merveilleux son du violon. En 2014, comme 11 millions d’autres syriens, Sari n’aura pas d’autre choix que de fuir son pays, de quitter sa famille et d’abandonner sa carrière pour rejoindre Istanbul puis finalement le continent américain.

Avec lui, il a emporté son don pour la musique qui s’accorde si bien avec le paysage musical de sa nouvelle demeure. Malgré les embuches de la vie, la violence et la guerre, Sari Alesh a relevé tous les obstacles et n’a jamais cessé de jouer : « J’ai suivi mon cœur […] Il me disait toujours : tu es un musicien et tu ne peux faire rien d’autre ».

C’est à Victoria qu’il a rencontré deux anges gardiens, deux soutiens inestimables qui lui ont permis de s’adonner à sa passion : Faraidoun Akhavan et Paulina Eguiguren.

Faraidoun et Paulina font partie de ces personnes qui se soucient d’autrui et sur lesquels nombre d’entre nous devraient prendre exemple. Elles ont pris l’initiative de parrainer les réfugiés syriens qui essayent de reconstruire leur vie au Canada. Mais, si c’est par l’intermédiaire d’une organisation privée de parrainage qu’ils ont été tous les trois mis en contact, c’est avant tout leur amour pour la musique qui les a réunis.

Comme l’explique Paulina, la connexion s’est très vite et facilement établie avec le jeune syrien du fait de son amour pour la musique qu’il a conservé malgré toutes les épreuves : « Il y avait quelque chose en lui qui était différent […] Je pense que je vois l’art en lui – la compassion qu’un individu ne peut avoir qu’en ayant subi tant de souffrances ».

Sari accompagne aujourd’hui au violon Faraidoun qui joue du Barbat (un saz persan) sur des rythmes venus de son pays natal. Paulina, qui est aussi une réfugiée arrivée au Canada avec son conjoint il y a plus de 20 ans, est celle qui les accompagne depuis comme d’autres l’ont fait pour elle par le passé. Sari apprend aussi la musique à Julia, la fille de Paulina avec qui il entretient une grande complicité. Chacun apprend de l’autre, par le partage.

La musique rassemble, la musique emporte. Le violon lui a apporté l’amour, l’amour d’une famille qu’il a perdu en Syrie : « Ils ont touché mon cœur très rapidement […] cinq minutes après qu’on se soit rencontré, ils sont devenus ma famille », explique Sari. C’est ainsi que le violoniste a commencé à reprendre goût à la vie et à reconstruire ce qu’il avait quitté.

Sari a décroché une bourse pour étudier l’anglais à l’Université de Victoria. Un nouveau défi qu’il relèvera grâce à son entourage et qui lui permettra de réaliser son rêve : enseigner la musique aux jeunes Canadiens. D’ailleurs, soucieux de rendre la pareille à ce pays qui l’a accueilli et de faire partager sa passion, Sari a développé un programme d’éducation de la musique aux personnes affectées par la Trisomie 21. Il a ainsi été repéré par le chef d’orchestre, Ajtony Csaba, qui lui a offert la chance de se produire de nouveau sur scène, notamment sur les pelouses de l’Assemblée législative de Colombie-Britannique lors de la fête nationale du Canada : « C’était un grand honneur pour moi […] Je ne peux pas décrire mes sentiments – c’était merveilleux ».

Cette histoire, c’est aussi une leçon. Ne pas abandonner ni perdre cette flamme qui nous anime. Ne jamais tourner le dos à ceux qui nous tendent la main. Regarder l’autre, lui sourire, l’écouter. C’est ainsi que l’on apprend, que l’on comprend la personne en face de soi, que l’on se prend d’attachement pour des personnes qui sont pourtant au départ si différent. C’est ainsi qu’on répand la paix.

« Quand vous jouez de la musique, vous offrez vos sentiments. Je n’offre rien d’autre […] Quand les gens aiment ma musique, cela signifie qu’ils comprennent mon message. »

Camille Saulas

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