Culture, Société

Scènes de ménage !

C’est un souvenir indélébile : il y a cinq ans, alors que je vis dans le quartier de Beşiktaş, l’ami Onur nous convie à l’une de ses soirées internationales, connues pour ses buffets gargantuesques. Alors, pour l’occasion, ma copine Paula décide de faire une authentique mousse au chocolat. La voilà qui s’affaire dans la cuisine ; à ses côtés, je m’apprête à tenir le rôle du marmiton. Une ombre assombrit bientôt le tableau… Derrière nous, sur le seuil de la cuisine, notre colocataire turque nous épie. Il suivra chaque étape de la recette, ce regard noir guettant les éclaboussures et les coulures sur le plan de travail, fusillant nos gestes nerveux ! Pourquoi donc ? Parce que cuisiner signifie désordre et saleté. Et, bien qu’éphémère, cet état des choses est une idée insupportable pour la brillante Stambouliote anglophone de trente ans.

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Un constat chez des Françaises ayant toutes vécu en colocation avec des Turques : celles-ci étaient très portées sur le ménage et la propreté de leur intérieur, « beaucoup trop » aux dires des premières qui parlent d’ « intolérance » : « Quand je nettoyais, elle passait derrière moi pour ressuyer la table, remettre les objets que j’avais un peu déplacés, sécher l’évier avec un torchon. C’était vraiment stressant… »  De leur côté, ces Turques critiquaient le « laisser-aller » et « le manque de respect » des Françaises : « Je trouvais irrespectueux qu’elle fasse claquer la porte d’entrée aussi fort tout le temps, alors que je lui avais demandé poliment d’être silencieuse… »

Mais qui n’a pas déjà expérimenté ou observé de telles situations, quel que soit le pays ? Vivre avec des habitudes totalement différentes des siennes est d’une grande difficulté, et nombre de colocations virent au cauchemar. Aslı, l’une de mes anciennes colocataires turques, sourit : « Moi, je suis plutôt insouciante côté ménage, voire assez sale, ce qui ne plaît pas du tout à ma mère qui m’a pourtant éduquée comme une « bonne ménagère ». Ajoutez une couche psychologique. Par exemple, mes tantes font le ménage à fond tous les jours parce qu’elles n’ont pas d’autres occupations et que cela leur permet de se satisfaire par cette vision d’un foyer parfait : même les vitres, au prix d’acrobaties dangereuses en équilibre sur les rebords des fenêtres, doivent être parfaites !  Les Turques ressentent aussi très fortement le regard extérieur : mais que va-t-on penser d’elles si les visiteurs n’entrent pas dans une maison parfaitement astiquée ?… »

 

Anaïs Kleiber

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