Environnement, Société

Un séisme majeur pourrait frapper Istanbul

Une étude consistant à examiner les séismes majeurs qui ont eu lieu à Istanbul et dans ses alentours a révélé que l’accumulation des tensions tectoniques sur la faille nord-anatolienne pourrait provoquer trois séismes majeurs de magnitude variant entre 7,2 et 7,5 sur les lignes est et ouest de la faille, ce qui signifie qu’un séisme de 7 de magnitude minimum est attendu à Istanbul.

Une étude menée par trois grandes universités turques

Des universitaires turcs de l’Université technique d’Istanbul, de l’Université d’Ankara et de l’Institut de recherche sur les tremblements de terre de l’Université Boğaziçi se sont réunis pour examiner les séismes majeurs qui ont frappé Istanbul et ses alentours depuis 1 500 ans en raison de la faille nord-anatolienne.

La faille nord-anatolienne est comparable à la faille de San Andreas en Californie. Elle constitue la limite des plaques tectoniques eurasiatique et anatolienne, qui se déplacent l’une par rapport à l’autre d’environ 2 cm par an.

L’étude a révélé que la région de Marmara a de fortes chances de subir au moins deux à quatre tremblements de terre supplémentaires afin de compléter son septième intervalle.

Selon les résultats de l’étude, qui seront publiés dans le numéro du mois d’août de la revue « Tectonophysics », trois séismes majeurs sont attendus sur la ligne de la faille.

Dans le cadre de l’étude, les chercheurs ont examiné de plus près les séismes survenus dans les régions traversées par la faille nord-anatolienne – à savoir le bassin de Tekirdağ à l’ouest, le bassin de Kumburgaz au centre et le bassin de Çınarcık à l’est. Ils ont effectué des calculs pour mesurer les potentielles magnitudes des séismes susceptibles de se produire à l’avenir. Ils ont comparé les données avec les séismes précédents de magnitude 7,2, 7,4 et 7,5 enregistrés entre 1509 et 1766.

« Afin de trouver ces paramètres, nous avons examiné les tremblements de terre historiques et la structure des failles dans la mer de Marmara. Ensuite, nous avons suivi l’ampleur du déplacement latéral de la croûte terrestre via GPS. La magnitude sismique qu’un segment de faille va créer est fonction de la longueur et de la profondeur de ce segment et de la quantité de mouvement qu’il accumule », a déclaré Fatih Bulut, professeur agrégé du département de géodésie de l’Observatoire de Kandilli et de l’Institut de recherche sur les tremblements de terre.

Il a également précisé qu’ils avaient réussi à calculer l’accumulation annuelle des mouvements à partir des données obtenues auprès de près de 100 stations GPS dans la mer de Marmara et qu’ils avaient observé une moyenne de 2,5 à 3 centimètres de mouvements dans les plaques, chaque année.

« Une faille semble être immobile et silencieuse pendant 2 000 ans, mais comme elle accumule un léger mouvement de 1 à 2 millimètres chaque année, elle peut créer un jour, de manière inattendue, un séisme », ajoute Bulut.

La Turquie est une zone de risque sismique majeur

La dernière fois que la faille nord-anatolienne au sud d’Istanbul a provoqué un tremblement de terre majeur était le 22 mai 1766. Ce dernier a causé d’importants dégâts et a fait des milliers de morts.

A l’ouest, la faille de Ganos, située à une vingtaine de kilomètres au sud de la province de Tekirdağ, a provoqué un séisme d’une magnitude de 7,4 en 1912.

Quant à l’est, le dernier séisme majeur provoqué par la faille date du 17 août 1999 : plus de 17 000 personnes ont été tuées et plus de 43 000 blessés ont été recensés lorsqu’un séisme de 7,4 de magnitude a secoué la région de Marmara pendant 37 secondes. Son épicentre était situé dans la province de Gölcük, à environ 75 km au sud-est du Bosphore.

Trois mois plus tard, le 12 novembre 1999, 845 personnes ont été tuées lorsqu’un séisme de magnitude 7 a frappé la province de Düzce, à environ 120 km au nord-est de Gölcük.

Une expérience de géodésie par des équipes de scientifiques allemands, français et turcs

La faible activité de l’un des segments marins de cette faille inquiète les chercheurs. La question est de savoir si ce segment de faille est bloqué. Pour tenter de répondre à cette question, des équipes françaises, allemandes et turques se sont associées pour réaliser une expérience de géodésie fond de mer innovante pendant deux ans et demi. Le résultat est qu’aucun déplacement significatif n’a été enregistré, ce qui est très inquiétant.

En effet, les observations suggèrent que ce segment de la faille nord-anatolienne est bloqué en profondeur et accumulerait des contraintes. Les scientifiques alertent sur le risque imminent d’un déficit de mouvement qui serait de plusieurs mètres et pourrait provoquer un séisme de magnitude supérieure à 7 à Istanbul.

Eda Özdemir

 

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