International, Politique

Septembre 2016 : une rentrée européenne assombrie ?

Le premier semestre de l’année 2016 aura été marqué par une série d’événements dramatiques concernant directement l’Union européenne (UE) : aggravation de la crise migratoire provoquant une dissonance accrue entre les membres de l’Union, problèmes économiques qui n’en finissent plus, amplification du phénomène terroriste notamment en France et enfin, en juin dernier, le Brexit. La sortie annoncée de la Grande-Bretagne de l’UE ne cesse d’engendrer des conséquences négatives en Europe, mais provoque également une véritable contagion avec des velléités d’organiser des référendums similaires notamment en Hongrie et aux Pays-Bas. Que fait l’UE face à tout cela ? Celle qui est avant tout un outil de gouvernance collective se trouve en fait confrontée à la non-résolution de problèmes datant du début des années 2000, et notamment avant les grandes vagues d’élargissements à l’Est en 2004 et 2007.18898145409_8454d355b6_bÀ ces défis non relevés, se sont ajoutées les crises récentes qui ne cessent de s’abattre sur notre continent. Le choix d’une nouvelle gouvernance économique et sociale collective aurait sans doute permis de mieux affronter la grave crise économique et financière de 2008 qui, huit ans plus tard, n’est toujours pas terminée. La question de la définition de nos frontières n’a pas permis de régler la question de l’intégration de la Turquie à l’UE ni celle des élargissements à la suite de la crise ukrainienne qui reste en suspens. La modernisation de l’espace Schengen et donc de nos politiques migratoires aurait sans doute là aussi permis de mieux affronter la grande crise migratoire que nous connaissons depuis deux ans à présent.

Ces simples exemples nous montrent sans doute qu’en ce début d’automne 2016, les problèmes accumulés sont toujours là, et que l’accélération des changements dans le monde en général, et sur notre continent en particulier, nécessite sans conteste une dynamique de relance. La sortie d’un poids lourd de l’UE comme la Grande-Bretagne en juin dernier est un signe qui ne trompe pas. On peut en effet se demander si nous n’assistons pas là au début d’un grand « détricotage » de l’UE, une structure qui depuis ses débuts, après la Seconde Guerre mondiale, a permis à l’Europe de vivre en paix. Ce délitement que l’on commence à voir s’accompagne de la résurgence d’une ancienne alliance à l’Est, avec la tentative de reprise de contrôle d’ex-zones d’influence par la Russie. Et il y a des États à l’Ouest, telle la Grande-Bretagne, qui estiment qu’ils peuvent très bien se passer de l’UE et se lancer dans une aventure non plus collective, mais autonome, tout en gardant des relations économiques de bon voisinage ainsi que l’ont déclaré en août dernier la nouvelle Première ministre britannique, Theresa May, et son ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson. Nous en reviendrions ainsi, si cela devait continuer de cette manière, à un retour aux années 1980 avec une Europe occidentale qui en est réduite à l’ancienne Communauté européenne économique (la CEE) et un Est qui, bon gré mal gré, se retrouverait de nouveau sous une nouvelle forme d’influence de la Russie.

Heureusement, nous n’en sommes pas encore là et ce scénario peut sans doute être encore inversé, mais comment ? En cela, je pense qu’il nous faut regarder les exemples que l’Histoire nous apporte. En 1958, quand le Général de Gaulle devait fonder la Ve République, celui-ci avait pris l’initiative d’une nécessaire relance de l’Europe qui était encore très loin de sa forme actuelle, en commençant par une rencontre avec le Chancelier d’Allemagne de l’Ouest, Konrad Adenauer. Cet entretien qui, quelques années plus tard, en 1963, devait déboucher sur le Traité de l’Élysée est considéré comme le socle du fameux couple franco-allemand dont beaucoup disent encore aujourd’hui qu’il est l’un des moteurs de la construction européenne.

Ne devrions-nous pas nous inspirer de cela pour les mois qui viennent ? Si des échéances électorales approchent tant en France qu’en Allemagne, ne pourrions-nous pas au moins formuler le vœu que cette indispensable relance européenne se trouve au cœur des programmes des candidats ? Un nouveau couple franco-allemand pourrait-il alors naître et la relance s’opérer ?

En 1925, les accords de Locarno avaient permis un temps de croire à une première version de ce duo entre la France et l’Allemagne pour une paix européenne que l’on croyait acquise après les horreurs de la guerre de 14-18. Les signataires en étaient le Président du Conseil français, Aristide Briand et le Chancelier allemand Gustav Stresemann ; cela ne devait durer qu’un temps comme on le sait.

Nous pouvons en tout cas, à l’automne 2016, considérer que les enjeux sont aussi cruciaux pour l’Europe qu’en 1925 ou qu’en 1958. Puissent les décideurs politiques de demain s’en souvenir afin de poursuivre cette œuvre de paix en Europe entamée il y a plus d’un demi-siècle à présent.

Dr Olivier Buirette.

 

 

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