Cinéma, International, Société

Le soft power turc : le cas des séries turques

La notion de soft power (la puissance douce) a été explorée pour la première fois par Joseph Nye dans son livre intitulé Bound to Lead: The Changing Nature of American Power (1990). Par la suite, il a poussé sa théorie plus loin dans son livre Soft Power: The Means to Success in World Politics  (2004). De nos jours, le concept de soft power est largement utilisé, a gagné en popularité et suscite de nombreux débats. Selon Joseph Nye, le soft power réside dans la capacité à influencer et à façonner les préférences des autres. C’est donc la capacité d’un pays à diriger parce que les autres États acceptent de le suivre ou désirent le copier. Une telle puissance dépend de son rayonnement culturel et idéologique, mais aussi des valeurs de sa société.

Dans cet article, je me concentre sur l’effet des séries télévisées turques comme outils de soft power dans le monde. Quand j’évoque la diffusion des séries turques, je pense d’abord aux Balkans, au Moyen-Orient et à l’Asie centrale ; soit des zones géographiques où l’on constate une présence ethnique du peuple turc, une présence de différents groupes ethniques choisissant l’islam, ou encore des espaces ayant des similitudes culturelles avec l’Empire ottoman. L’évaluation des séries télévisées turques en tant qu’outil de soft power dans ces régions est considérée comme plus réaliste. La Turquie semble avoir acquis une influence diplomatique et culturelle croissante dans les Balkans, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie centrale ces dernières années. Cette influence croissante s’est manifestée lors du Printemps arabe qui a créé un environnement propice à l’idéalisation du modèle de gouvernance de la Turquie, combiné à la popularité croissante des séries télévisées turques dans les anciens territoires ottomans. L’influence des médias, des organisations internationales et la transformation du système international jouent un rôle dans cette image (Şener, 2014[1]).

Pour comprendre le marché des séries turques, on peut observer la diffusion de certaines d’entre elles. La série télévisée Yabancı Damat, diffusée à l’été 2005 en Grèce, a attiré l’attention et, après ce succès, plusieurs séries ont commencé à être diffusées sur différentes chaînes de télévision grecques (Yörük et Vatikiotis, 2013, page 2364[2]). Les critiques formulées par certains groupes de religieux et d’autres acteurs en Grèce se sont reflétées dans les médias. Un autre exemple dans les Balkans se situe en Bulgarie. Ce pays a importé 27 séries turques telles que Binbir Gece et Yaprak Dökümü en 2010. La Bulgarie est devenue le deuxième pays importateur de séries turques[3]. Les Balkans constituent donc un excellent marché pour les séries turques, à tel point que l’on peut parler des années 2010 comme l’ « âge d’or » des séries turques.

La série intitulée Muhteşem Yüzyıl, qui a été diffusée comme une série historique qui est devenue un sujet d’actualité en Turquie, a été regardée dans une vaste zone allant des Balkans au Moyen-Orient. La particularité de cette série, c’est que, parmi les autres séries turques, c’est celle qui a été exportée dans le plus grand nombre de pays (Yılmaz, 2015[4]). Ces dernières années, nous avons observé une augmentation de 350% du nombre de touristes en provenance du Moyen-Orient. La Turquie a réussi cela grâce, en partie, à ses séries TV.

Les années 2010 constituent l’âge d’or des séries turques dans une vaste zone géographique, de l’Amérique du Sud au Moyen-Orient, de l’Asie centrale aux Balkans. Malheureusement, le succès des séries turques a diminué dans une certaine mesure. Leur exportation continue, mais dans certains pays leur diffusion a été interdite.

Pour conclure, les séries turques sont des instruments efficaces d’un pouvoir discret dans différentes régions et dans différents pays dominés par les Ottomans. Lorsqu’ils sont pris en considération en tant qu’instruments, ils agissent au bénéfice de la Turquie. En plus de leurs contributions financières directes, les séries jouent un rôle important en soutenant plusieurs secteurs, l’attitude envers la Turquie et l’image que le pays projette.

Fatin Resat Durukan

[1] Şener, B. (2014) Dış politikada yumuşak güç olgusu. http://www.21yyte.org/tr/arastirma/politik-sosyal-kulturelarastirmalar-merkezi/2014/02/10/7423/dis-politikada-yumusakguc-olgusu

[2] Yörük, Z. & Vatikiotis, P. (2013) Soft power or illusion of hegemony: The case of the Turkish soap opera “colonialism”, International Journal of Communication, 7: 2361-2385.

[3] Sofia Press Agency, (2011) Der standard: Turkish soap operas emerge as geopolitical instrument, http://www.novinite.com/view_news.php?id=123836

[4] Yılmaz, A. (2015) Dünya’da En Çok İzlenen 14 Türk Dizisi, https://noluyo.tv/haber/1756/dunyada-en-cok-izlenen-turk-dizileri

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