Société

SOMA : entre peine et indignation

Photo: Levent Kulu

Photo: Levent KuluSO

Une explosion et un incendie sont survenus durant la journée du mardi 13 mai dans la mine de charbon de Soma, dans la province de Manisa. 787 employés s’y trouvaient au moment des faits. Les secouristes ont récupéré les corps des deux derniers mineurs encore bloqués au fond de la mine, samedi 17 mai, avant de mettre fin à leur opération de sauvetage. Le bilan définitif de cette catastrophe s’élève, selon le ministre de l’énergie turc, Taner Yıldız, à 301 morts. Depuis, la colère contre la compagnie exploitante et les responsables politiques ne cesse de gronder.

Un grand nombre de manifestations, violemment réprimées par les autorités, ont eu lieu dans le pays suite à la catastrophe, une a notamment réuni près de 10 000 personnes à Soma, vendredi 16 mai. En effet, il est reproché au pouvoir de ne pas avoir fait respecter les normes de sécurité sur les sites miniers et d’avoir méprisé les victimes en déclarant : « Les accidents sont dans la nature même des mines ». Plusieurs autres incidents sont survenus lors de la visite du Premier ministre sur les lieux de la catastrophe, relançant ainsi les critiques sur la dérive autoritaire du chef du gouvernement. Les photos d’un de ses conseillers assénant des coups de pied à un manifestant retenu à terre par deux gendarmes ont également provoqué l’indignation.

8 personnes écrouées pour homicides involontaires

Photo: Levent Kulu

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Lors d’une conférence de presse, les dirigeants de Soma Kömür ont assuré que les normes de sécurité avaient été respectées dans la mine accidentée « Nous n’avons commis aucune négligence dans cet accident », a affirmé Akın Celik. Cependant, Can Gürkan, le PDG de la mine, a été inculpé et écroué, avec sept autres personnes, pour homicides involontaires. En effet, selon un premier rapport d’enquête, le niveau de monoxyde de carbone enregistré au moment de l’accident était nettement supérieur aux normes. Ce rapport pointe également du doigt la forte chaleur qui régnait alors dans les galeries, notant que l’activité n’avait pas été suspendue.

Un taux de mortalité élevé dans les mines turques

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), la Turquie affichait en 2012 le taux de mortalité sur les lieux de travail le plus élevé d’Europe et se classait au troisième rang mondial : 10,4 % d’entre eux étaient des accidents miniers. De 2002 à 2012, plus de 1000 mineurs ont perdu la vie. En 2013, la mortalité dans les mines turques était 4,6 fois supérieure à celle de la Chine à production équivalente.

Photo: Levent Kulu

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Plusieurs jours après la catastrophe, les interrogations sur la sécurité dans les mines en Turquie continuent donc de hanter les esprits. En effet, la Turquie n’a pas ratifié la Convention de l’organisation internationale du travail concernant la sécurité et la santé dans les mines malgré l’accident survenu en 1992 qui ôta la vie à 263 personnes à la suite d’une explosion de gaz dans la mine de Zonguldak. De plus, si la Turquie a adopté de nombreuses réglementations de santé et de sécurité conformes à l’Union européenne en vu d’adhérer à l’Union, dans bien des cas, les directives européennes n’ont pas encore été harmonisées avec les réglementations locales et ne sont donc pas entrées en vigueur.

Anaïs Sarrassat

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