Economie, International

Sommet de la zone euro : « La balle est désormais dans le camp des autorités européennes »

Le ton n’est résolument plus le même à Bruxelles. Lundi 22 juin, la tenue d’un sommet exceptionnel des chefs d’Etat et de gouvernement, précédé quelques heures plus tôt d’une deuxième réunion en trois jours de l’Eurogroupe, a permis d’éloigner le spectre du « Grexit » au centre de toutes les préoccupations depuis plusieurs semaines.

L’espoir d’un accord semble désormais possible : les négociateurs grecs ont fait hier soir de nouvelles propositions jugées constructives par les créanciers du pays et qui pourront servir de base à un accord dans les prochains jours.

« Les propositions effectuées par la Grèce constituent un certains progrès », s’est félicitée la chancelière allemande Angela Merkel, reconnaissant ainsi « un bon point de départ pour de prochaines discussions ». L’optimisme était également de mise chez son homologue français, le président François Hollande, qui, soulagé à l’issue du sommet de la zone euro, assurait : « nous avançons vers un accord ».

Mais le manque de temps ne joue pas vraiment en la faveur des dirigeants européens. Dans seulement huit jours, la Grèce devra rendre des comptes à un de ses plus importants bailleurs de fonds, le FMI, auquel elle doit 1,6 milliard d’euros sous peine de s’exposer à un défaut de paiement. Pour éviter ce scénario aux conséquences fortement préjudiciables pour l’ensemble de la communauté, Bruxelles appelle à ne plus différer la résolution d’une crise qui s’éternise depuis trop longtemps.

 « Nous devons faire l’accord cette semaine, nous ne pouvons plus jouer les prolongations », à mis en garde le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Autant dire que l’heure n’est plus à la discussion policée entre les parties. Certes les propositions grecques sont un signe d’encouragement, mais il reste encore à finaliser des négociations qui s’enlisent depuis maintenant cinq mois. « Nous avons encore beaucoup de travail à faire (…) nous ne sommes pas au bout du chemin », a averti pour sa part la directrice générale du FMI, Christine Lagarde.

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Aléxis Tsípras (gauche) et Christine Lagarde (droite).

Tandis que l’évolution de la position du gouvernement grec suscite donc enthousiasme en Europe, les contreparties demandées par Aléxis Tsípras en revanche restent pour le moment lettre morte. Au terme du sommet de la zone euro organisé exceptionnellement hier soir, le Premier ministre grec n’a pas plus obtenu de garanties sur le dossier « réformes contre argent frais » qui permettrait à son pays d’honorer ses engagements envers le FMI, que de promesses sur une renégociation de la dette, mesure phare de son mandat.

En attendant, le Premier ministre n’a plus que deux jours pour orienter les négociations à son avantage. Mercredi soir d’abord à l’occasion d’une troisième réunion de l’Eurogroupe qui rassemblera les ministres des Finances des 19 pays membres de la zone euro, les 25 et 26 juin ensuite pendant le Conseil européen prévu de longue date.

Les propositions du gouvernement grec

L’alerte sur les marchés financiers, et les fuites massives de capitaux enregistrées la semaine dernière (environ 5 milliards de dollars) ont eu sans doute raison des dernières réticences d’Athènes. « La pression a payé !», se sont d’ailleurs félicités plusieurs membres du cabinet de Jean-Claude Juncker. Alors qu’on attendait plus d’efforts de la Grèce, l’équipe d’Aléxis Tsípras a finalement plié face aux injonctions de ses créanciers (Union européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne). Pourtant, hier soir, les divergences portaient encore sur trois points essentiels parmi lesquels le déficit public (matérialisé sous la forme du surplus primaire), la fiscalité, et le système des retraites.

Mais un document publié dans la soirée, énumérant 21 points visés par les réformes du gouvernement grec, a permis de relancer des négociations alors au point mort. « C’est la première fois qu’on a une proposition vraiment consistante », s’était dans la foulée réjoui Donald Tusk, le président du Conseil européen.

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Donald Tusk, président du Conseil européen.

Du côté grec, le gouvernement Tsípras s’est voulu rassurant auprès de ses électeurs en restant mesuré sur la nature des nouveaux engagements que le pays devra effectuer : « Il s’agit là de résultats de négociations difficiles afin d’arriver à un accord qui ne touche pas les droits du travail et ne dissout pas le cohésion sociale mais donne une perspective (…). Il constitue une solution viable pour l’économie grecque sans frapper les bas et moyens revenus. »

Malgré certains points qui ne trouvent pas encore de réel consensus, les avancées n’en restent pas moins importantes. Athènes lance un signal claire à l’Union européenne: le pays ne souhaite pas sortir de la zone euro, quitte à en payer le prix.

Et autant dire que les concessions sont nombreuses, à commencer par les objectifs budgétaires dont les calculs ont souvent varié du tout au tout entre la Grèce et ses créanciers. Longtemps source de désaccord, le surplus primaire consenti par la Grèce sera vraisemblablement de 1% du PIB pour 2015, et 2% pour l’année prochaine.

Un des autres sujets épineux du dossier, la réforme du système des retraites, semble également en bonne voie. Athènes, pourtant très réticente à toucher aux retraites des classes moyennes, a accepté finalement de supprimer dès 2016, et non pas en 2017 comme prévu initialement, le coûteux régime des préretraites en plus d’un plafonnement des retraites les plus élevées.

Enfin, les projets de réforme de la fiscalité n’ont pas non plus été oubliés. Au centre de toutes les attentions, la TVA ne sera, selon les projections du gouvernement Tsípras, que de 6% pour les médicaments et les livres. En revanche, la taxe intermédiaire de 13%, proposée par les Grecs pour les biens et services ne sera sans doute pas appliquée conformément aux attentes des bailleurs de fonds du pays.

Au cours du Sommet européen tenu hier, ceux-ci ont notamment réclamé une taxation de 23% sur la restauration et l’hôtellerie. Une chiffre qu’Aléxis Tsípras avait refusé jusqu’ici d’évoquer. À noter aussi la présence, dans le dossier publié hier par les négociateurs grecs, d’une nouvelle taxe de « solidarité exceptionnelle » réservée aux plus hauts revenus et qui pourrait atteindre environ 8%.

Renégociation de la dette : les dirigeants font la sourde oreille

 « Ce n’est pas la question la plus urgente », a lancé lundi soir Angela Merkel au sujet de la renégociation de la dette grecque se faisant ainsi la porte-parole des chefs d’Etat et de gouvernement réunis lors du sommet exceptionnel. Même position défendue par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker pour qui «  ce n’était pas le moment d’en discuter ». L’incertitude sur le sujet n’a en réalité jamais été aussi grande. Etabli en 2015 à 322 milliards de dollars, environ177% du PIB, la dette du pays reste pourtant un sujet brûlant. Mais, à ce stade, ni un allègement des conditions de remboursement, ni une renégociation des taux d’intérêt ne sont à l’ordre du jour. Force est de constater sur ce point l’aveu de faiblesse d’Aléxis Tsípras, qui a fait de la réduction du poids de la dette l’objectif principal de son gouvernement. Mais le Premier ministre ne s’avoue pas vaincu pour autant : « Je ne vois pas comment les institutions (la BCE, L’UE, et le FMI) pourraient ne pas aborder le sujet », a t-il déclaré lundi soir face à l’absence de progrès sur ce point sensible.

À défaut d’une réelle avancée sur le cas de la dette, la BCE a quand même fait un pas en avant hier, relevant une fois de plus le plafond des liquidités d’urgence à disposition des banques grecques. Cette mesure ponctuelle ne pourra cependant préserver éternellement le système bancaire du pays qui est depuis quelques semaines menacé par une crise des liquidités.

Si la situation semble peu à peu s’éclaircir et l’ombre du « Grexit » s’éloigner, il reste toutefois une grande épreuve que devra relever dans ces prochains jours Aléxis Tsípras. En effet, le Premier ministre, devra impérativement obtenir le soutien du Parlement grec sur l’accord qui se dessine depuis lundi.

« Si l’accord n’a pas l’approbation des députés de la majorité gouvernementale, le gouvernement ne peut pas rester », a annoncé ce matin, le porte-parole du gouvernement et proche de Tsípras, Gabriel Sakellardis. Les députés sont ainsi prévenus : si l’accord qui résultera des négociations n’est pas plébiscité à la majorité, la démission du gouvernement risquera de plonger le pays dans l’instabilité à quelques jours de l’échéance du 30 juin.

A Bruxelles, on se veut néanmoins rassurant : même si l’incertitude plane sur la renégociation de la dette du pays, on assure toutefois que tout est fait pour que Tsípras obtienne un accord assez solide pour réussir à le défendre devant le Parlement.

Matéo Garcia

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