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Spectaculaire prise d’otage au palais de justice d’Istanbul

A la mi-journée, alors qu’une grande partie du pays était en proie à une coupure de courant historique, deux hommes, membres présumés du Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), ont pris en otage le procureur Mehmet Selim Kiraz au gigantesque Palais de justice d’Istanbul.

En début d’après-midi, une photo a été diffusée sur les réseaux sociaux où l’on voit un homme pointer une arme de poing sur la tempe du procureur Mehmet Selim Kiraz. Y apparait également le drapeau de l’organisation clandestine d’extrême-gauche DHKP-C. Des comptes Twitter associés à diverses formations de gauche ont ensuite confirmé que le DHKP-C avait revendiqué la prise d’otage. Il s’agit d’une organisation clandestine d’inspiration marxiste-léniniste, considérée comme terroriste par la Turquie, les États-Unis, l’Union européenne ou encore le Canada. Fondée en 1994, elle descend directement du Devrimci Sol (Gauche Révolutionnaire) de la période 1978-1994, s’inscrivant comme l’héritière de toute une lignée de mouvements similaires dont les racines se trouvent au début des années 60, et qui se sont renforcés dans les années 70, période de considérable agitation politique en Turquie.

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Berkin Elvan, victime devenue symbole.

L’otage n’est autre que le procureur qui a été chargé, il y a six mois, du très sensible dossier Berkin Elvan. L’adolescent de 15 ans est décédé le 11 mars 2014 à la suite d’un coma de 269 jours. Une grenade lacrymogène l’avait atteint à la tête durant les manifestations de Gezi. Les bruits couraient que M. Kiraz s’apprêtait à innocenter les officiers accusés d’avoir entraîné la mort de ce garçon devenu symbole de la répression policière.

Contacté par le député d’opposition Hüseyin Aygün (CHP, Parti républicain du peuple), le père de Berkin Elvan aurait demandé la libération de l’otage, ne désirant rien d’autre qu’un procès équitable. « Mon fils est mort, mais une autre personne ne devrait pas perdre la vie. (…) Je ne souhaite à personne ne serait-ce qu’un saignement de nez. », aurait-il déclaré.

D’après une déclaration relayée par halkinsesi.tv (la voix de ton peuple), un site réputé proche du mouvement, les auteurs des faits auraient lancé un ultimatum aux autorités. Ces dernières auraient eu jusqu’à 3h36 pour satisfaire leurs exigences parmi lesquelles : une confession en direct des officiers de police accusés d’avoir tué Berkin Elvan, le traitement de leur cas par un « tribunal populaire », ou encore l’acquittement de toutes les personnes inculpées pour avoir participé à des marches de solidarité.

operasyonLa police a fait évacuer le palais de justice, où des tirs auraient été entendus, et a bouclé l’accès au sixième étage où se situe le bureau du procureur. Des unités spéciales ont investi les environs. Le chef de la police stambouliote, Selami Altınok, a expliqué que des négociateurs avaient été dépêchés tandis que le procureur général adjoint, Vedat Yiğit, a assuré au journal Hürriyet que le dialogue se « poursuivait par l’intermédiaire d’un médiateur désigné par le groupe ».

Cependant, un échec dans les négociations aurait conduit à l’évacuation du médiateur. D’après des témoins sur place, des coups de feu et une forte explosion auraient retentis à 20h35. Les preneurs d’otage sont morts tandis que le procureur, dans un état grave, est conduit d’urgence à l’hôpital Florence Nightingale situé non loin. Il y décèdera, succombant à ses blessures.

Cette situation de crise a abouti à une énième obligation de silence prescrite aux médias. Le bureau du procureur général a rapidement informé le Conseil suprême de la radio-télévision (RTÜK) de l’application de cette interdiction. Message reçu, les chaînes de télévision ont depuis coupé leur couverture de l’évènement.

Alexandre De Grauwe-Joignon

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