Sport

Süper lig : Fenerbahçe remporte le derby et relance la course au titre

Hier soir, à l’occasion du choc de la 23ème journée de Süper Lig, Fenerbahçe recevait son éternel rival Galatasaray pour l’un des derbys les plus intenses de la planète foot. L’opportunité de revenir à un point du leader Cim bom bom était trop belle pour des canaris qui l’ont saisie en plein vol. Un résultat qui, cumulé avec la victoire plus tôt de Beşiktaş, resserre encore davantage une passionnante course au titre entre les trois grandes formations stambouliotes.

fenerbahce_3

Tout va très vite dans le football. Alors que Galatasaray était l’auteur d’un très décevant début de saison qui aura prématurément coûté la tête de son entraîneur au cv ronflant Cesare Prandelli (quatre ans sur le banc de la Fiorentina suivis de quatre autre années à la tête de la Squadra Azzurra), le champion en titre Fenerbahçe réalisait lui une première partie de saison appliquée, tandis que le séduisant Beşiktaş de Slaven Bilić faisait rapidement la course en tête. Et pourtant, à la veille de ce choc c’est bel et bien le GSK qui est leader avec trois points d’avance sur le BJK et quatre sur le FSK. La conséquence d’une impressionnante série de 12 matchs sans défaites pendant que Fener et surtout Beşiktaş – éreinté par ses derniers exploits en Europa league – laissait échapper de précieux points. Une très belle remontée pour les hommes d’Hamza Hamzaoğlu, l’entraîneur intérimaire qui a remplacé Prandelli au pied levé.

Fener avec son public

Dans le petit monde du ballon rond, on évoque souvent les supporters par le qualificatif de « douzième homme » en raison du considérable apport psychologique que ces derniers peuvent concrètement apporter à la prestation de leur équipe. Ça n’a jamais été aussi vrai que pour l’éternel derby stambouliote. Pour des raisons de sécurité, Fenerbahçe et Galatasaray se reçoivent mutuellement en l’absence des supporters de l’équipe visiteuse. Hier soir, les quelque 50 000 sièges du stade Şükrü Saracoğlu de Kadıköy étaient donc exclusivement remplies de jaune et de bleu, traditionnelles couleurs du Fener. Une ambiance électrique qui rappelle aux joueurs de l’équipe rivale à quel point ils se trouvent en terre hostile. Sans doute également la raison pour laquelle Galatasaray et Fenerbahçe triomphent presque systématiquement l’un de l’autre lorsqu’ils évoluent à domicile.

Toujours est-il que cette pression permanente du public, noyant de stridents sifflets chaque phase de jeu du rival honni, n’aura pas suffi à déstabiliser le très expérimenté Cüneyt Çakır, désigné arbitre de la rencontre. Il faut dire qu’avec ses arbitrages en Europa league, en Ligue des Champions (Sir Alex Ferguson n’a probablement pas oublié l’étonnante expulsion de Nani lors d’un huitième de finale retour entre Manchester United et le Real Madrid il y a deux ans), à l’Euro 2012, à la finale de la Coupe du monde des clubs de 2012, ou encore à la dernière Coupe du monde, l’homme n’en est pas à son coup d’essai.

« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. »

On ne saurait trouver mieux que la fameuse citation de Lamartine pour illustrer l’état actuel de l’effectif rouge et jaune. Les lions sont au complet à deux exceptions près : le défenseur central Semih Kaya et, surtout, le milieu défensif Felipe Melo qui récupère de l’opération d’une hernie. Son absence devant la défense s’est faite cruellement sentir et c’est tout le milieu de terrain qui a pris l’eau pendant la plus grande partie de la rencontre. Ce n’est pas une première. Lors de la saison dernière, Galatasaray n’avait gagné aucun des quatre matchs joués en l’absence de son pitbull brésilien.

Des deux côtés, on n’hésite pas à titulariser des joueurs vieillissants mais expérimentés à l’image d’Hamit Altıntop (32 ans) côté Galatasaray, préféré au fougueux et percutant Bruma, ou d’Egemen Korkmaz (32 ans), Emre Belözoğlu (34 ans), Bruno Alves (33 ans) ou encore Dirk Kuyt (34 ans) pour Fenerbahçe. Autre observation de taille, nombreux sont désormais les joueurs à avoir évolué dans les deux clubs : Burak Yılmaz, Olcan Adın, Mehmet Topal, Caner Erkin et, bien sûr, le « traître » Emre.

Occasions manquées

Le match débute à toute allure. Si les deux formations ont l’air dangereuses, les premières grosses occasions sont à mettre du côté des visiteurs. D’abord quand Burak Yılmaz lance Alex Telles dans son couloir qui adresse un centre dangereux à destination d’Umut Bulut (titularisé en attaque à côté de Yılmaz) que la défense de Fener repousse en urgence vers l’entrée de la surface où Selçuk Inan, le capitaine de Galatasaray, surgit pour tenter une frappe astucieuse prenant la direction des cages mais que Volkan Demirel, le gardien du FSK qui était allé à la rencontre de Bulut sur le centre, repousse in extremis d’un superbe plongeon après une course effrénée pour revenir vers ses cages. Le cri viscéral que ce dernier pousse juste après témoigne de l’importance de l’arrêt. Tout de suite après, Diego Ribas tombe dans la surface de Muslera après un léger contact avec Altıntop. L’arbitre ne bronche pas. Un peu plus tard, Umut Bulut toujours, trouvé par Inan, envoie un amour de passe par dessus la défense pour Yılmaz qui tente le lob sur un Volkan qui était sorti. Frappée un poil trop fort, la balle retombe sur les filets. C’était chaud ! Peu après, Fener réplique et une combinaison entre Gökhan Gönül et Dirk Kuyt accouche d’une bonne frappe du droit du Hollandais captée par Muslera.

fenerbahce_2

Emre Belözoğlu et Selçuk Inan.

Passée la demi-heure, c’est cependant Fener, mieux organisé et plus à l’aise, qui prend possession du jeu et, dès lors, la quasi intégralité du reste de la rencontre se passera dans la moitié de terrain de Galata. Olcan Adın et Hamit Altıntop ne brillent pas tandis que le jeune Alex Telles s’avère fébrile et que le redoutable Sneijder est bien tenu. En face, si Emenike et Sow ne font pas des étincelles, Caner Erkin rappelle pourquoi il est probablement le meilleur arrière-latéral turc actuel. Juste avant la mi-temps, Hakan Balta, beaucoup mis à contribution, écope d’un carton jaune avant de se blesser. Il sera remplacé par le tout jeune Koray Günter. À la pause, on semblait donc se diriger vers un match nul qui faisait plutôt les affaires du leader Galatasaray.

Une domination qui paie

Seulement ce derby, Fenerbahçe a bien décidé de le gagner, question de points, mais aussi et surtout d’honneur ! Dès le retour des vestiaires, les hommes d’Ismail Kartal attaquent tambour battant et il faut un gros plongeon de Muslera près de son poteau pour détourner une puissante frappe au ras du sol de Moussa Sow. Sur le corner qui suit, la tête d’Emenike frôle la base du montant droit de l’Urugayen alors que la défense rouge et jaune était restée totalement statique. La situation ne s’arrange pas pour les lions quand Olcan Adın déséquilibre Emenike juste à l’entrée de la surface. Extrêmement bien placé, le coup-franc est tiré par Emre qui envoie sur la transversale une balle qu’un Kuyt à l’affût touche au rebond. Le Hollandais manque inexplicablement le cadre. GS s’en sort très bien mais continue à souffrir dans sa moitié de terrain sans pouvoir réellement poser son jeu, les combinaisons et mouvements de Fener étant bien meilleurs. Comme on pouvait s’y attendre, l’absence de Felipe Melo laisse un terrible vide dans l’entrejeu. Peut-être par hommage envers ce dernier et son jeu rugueux, ses coéquipiers Umut Bulut, Olcan Adın et Burak Yılmaz collectent leur carton jaune. Altıntop tente une frappe de loin intéressante, à n’en point douter sa marque de fabrique, mais Volkan intercepte.

Côté Fenerbahçe, Emmenike et Diego Ribas, tous deux assez quelconques, ont entre temps laissé leur place à Alper Potuk et l’ancestral Pierre Webo. Une stratégie qui paie quand, à la 81ème minute, Dirk Kuyt est trouvé, seul au monde, à l’angle gauche de la surface de Muslera. Sans se faire prier, il pousse la balle pour prendre de l’élan et déclenche une jolie frappe du droit qui trompe Muslera au premier poteau : un vrai but d’attaquant, la position qu’il occupait dans sa jeunesse au FC Utrecht ou au Feyenoord Rotterdam. Le stade exulte. Ça fait 1-0 pour les canaris et c’est plutôt mérité. L’orgueil piqué, le Cim bom procède enfin à une percée convaincante dans la surface adverse mais Yasin Öztekin manque de peu le cadre après un slalom astucieux. Dommage, c’était la balle d’égalisation. Il est déjà beaucoup trop tard (89ème minute) quand le vieillissant Altıntop cède enfin sa place à Bruma.

Une fois n’est pas coutume, Fenerbahçe l’emporte à domicile tout comme l’avait fait Galatasaray plus tôt dans la saison. Il n’en demeure pas moins que les jaunes et bleus réalisent une bonne opération en revenant à un point du leader tandis que Beşiktaş, victorieux dans la douleur face à Sivasspor plus tôt dans la journée (1-0, but de Hutchinson), rejoint Galatasaray à la première place. Vous avez dit serré ?

L’homme du match : Kuyt, plus fort que l’horloge

fenerbahce

Süper Baba.

Ce soir là, la star néerlandaise n’a pas été celle qu’on attendait. Bien moins technique et moins brillant que le surdoué Wesley Sneijder, l’inoxydable Dirk Kuyt a hier soir largement compensé par l’esprit d’équipe, la combativité, l’abnégation, l’altruisme, l’implication offensive ET défensive sans faille, et surtout par l’inépuisable endurance qui lui est propre. Des qualités qui avaient naguère fait les beaux jours de Liverpool où Kuyt, héro des Scousers pour son « fighting spirit », formait un trio redoutable avec Steven Gerrard et un Fernando Torres qui savait encore jouer au ballon. Il serait presque effrayant de constater qu’à 34 ans, le natif de Katwijk reste plus endurant et actif que de nombreux jeunes talents.

kuytKuyt, qui en bon père de famille a bien mérité l’accolade post-match de ses chères têtes blondes, répond ainsi de bien belle manière au fabuleux doublé inscrit en octobre dernier par son compatriote Sneijder lors de ce même derby que Galatasaray avait remporté sur le score de 2-1. Très amis en sélection comme dans la vie, les deux Néerlandais ne font que débuter leur spectaculaire émulation, et ce pour le plus grand plaisir du championnat turc.

Alexandre De Grauwe-Joignon

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *