Politique

Suruç : le gouvernement renforce le contrôle sur le Net

Ce week-end, Internet était inaccessible dans plusieurs provinces du Sud-Est pendant plus de 60 heures, alors que l’armée continuait de bombarder des positions kurdes en Irak et en Syrie.

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Le gouvernement a ouvert un nouveau front contre le PKK. Cette fois, c’est sur le Net qu’il se déploie. Et comme sur le terrain, l’attaque est d’ampleur. Pendant plus de 60 heures, il était difficile d’accéder à Internet dans les provinces de Hakkari, Diyarbakır, Batman, Şanlıurfa, Şırnak, Bitlis, Van et Mardin. Certains sites d’information, d’opposition de gauche ou pro-kurde, sans compter ceux du PKK, ont été également fermés sur décision administrative par la Haute autorité des communications turques (TİB). L’agence gouvernementale a ainsi visé les sites dont les serveurs sont basés en Turquie mais aussi en Irak selon Hürriyet News. Ils concernent notamment Rudaw, BasNews, Daily Özgür Gündem, Sendika.Org et RojNews. A cette heure, ils restent toujours inaccessibles.

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Huit provinces turques, proches de la frontière irakienne, ont connu des restrictions Internet ce week-end.

Les plateformes Twitter et Facebook sont également en accès restreint depuis deux jours. Si le gouvernement nie toute volonté de fermer ces services, il n’y est pas étranger. Mehmet Ali Köksa, avocat spécialiste du droit d’Internet, explique dans les colonnes de Daily Hürriyet qu’elles seraient une conséquence collatérale de l’initiative gouvernementale d’étendre la surveillance d’Internet. Son objectif : surveiller les communications des activistes du PKK, le Parti des travailleurs kurdes, ainsi que le Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), le groupuscule marxiste responsable de l’assassinat du procureur Mehmet Selim Kiraz en mars dernier.

Suruç ou le changement de donne géopolitique

Ces attaques du gouvernement s’inscrivent dans un contexte national de plus en plus tendu. Les attentats de Suruç constituent pour la Turquie le point de départ d’événements dont on ne connaît pas encore tout à fait la nature, ni l’aboutissement. La volonté d’Ankara de frapper directement le groupe État islamique risque de changer la donne en Syrie et en Irak. Le bombardement des positions kurdes en Irak bouleverse par ailleurs la politique intérieure du pays. Sur le terrain, la rupture du cessez-le-feu avec le PKK a entraîné une hausse des tensions sur tout le territoire, avec l’arrestation de près de 500 personnes et l’assassinat de trois policiers en une semaine. Le combat se développe donc également sur le Net et tourne à l’avantage du gouvernement.

Internet bloqué

Exemple de message s’affichant sur certaines pages Web.

Une législation du web restrictive

Il faut dire que l’Etat dispose d’un arsenal important en ce domaine, qui lui permet de bloquer encore moment plus de 82 520 sites selon le site Engelli Web. Depuis 2014, la loi autorise le TIB à restreindre sans décision de justice l’accès à certains sites s’ils présentent des contenus « discriminatoires ou insultants à l’égard de certains membres de la société » ou en cas d’« atteinte à la vie privée ». En cas d’urgence, le responsable de la TIB a ainsi le pouvoir de bloquer un site dans les quatre heures. La décision doit ensuite être approuvée par un juge dans les 24 heures. C’est cette situation d’urgence qui a été invoquée ce week-end.

Ce n’est pas la première fois que des sites se voient interdits d’accès de cette manière. Entre 2007 et 2009, YouTube avait ainsi été censuré sur tout le territoire au nom d’ « atteinte à la turcité » pour des vidéos controversées sur Atatürk. Une décision renouvelée ensuite en 2010, avec la publication d’une vidéo montrant Deniz Baykal, le président du CHP, le parti d’opposition, en sous-vêtements en compagnie de sa secrétaire. Twitter est également souvent visé par le pouvoir. En mars 2014, en pleine campagne des élections locales, le réseau social était pendant un temps inaccessible. Le 22 juillet dernier, il avait également été fermé le temps de retirer les images des attentats de Suruç.

Antoine Rolland

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