International, Politique

Syrie: Cessez-le-feu fragile sous les auspices de Moscou et d’Ankara

Depuis jeudi 29 décembre (22H00 GMT), un cessez-le-feu a été décrété sur l’ensemble du territoire syrien en proie à un conflit sanglant depuis près de six ans. Si des négociations doivent se tenir prochainement au Kazakhstan, la trêve reste fragile.

2017-01-03-07-26-11Jeudi 29 décembre, le Kremlin annonçait un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire syrien. Une annonce confirmée par l’armée syrienne ainsi que par la Coalition nationale syrienne (CNS) qui n’est autre que la principale force d’opposition aujourd’hui en exil. Une annonce qui intervient donc une semaine après la reprise totale de la ville d’Alep par le régime syrien.

Les armes se sont tues grâce à un accord conclu sous l’égide de la Russie et de la Turquie, mais qui, cette fois-ci, s’est fait sans Washington. Ceci illustre de façon flagrante l’incapacité occidentale à gérer le dossier syrien et particulièrement de la part des Américains trop occupés avec leurs questions de politique domestique et la transition au sein de la Maison-Blanche.

Toutes tentatives de trêve négociées par Washington et Moscou avaient jusque là échoué. Ankara, membre de l’OTAN et allié majeur de Washington dans la région, se repositionne ainsi sur le dossier en parrainant pour la première fois un accord de cessez-le-feu en Syrie.

Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a donc salué à juste titre cet accord qui représente une « opportunité historique » pour mettre fin à ce « cancer à l’échelle mondiale » – comme l’a qualifié le nouveau Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres – qui ravage la Syrie depuis 2011, a fait plus de 310.000 morts et a poussé des millions de personnes sur les routes.

Vladimir Poutine a expliqué jeudi dernier que trois documents avaient été signés : « un premier entre le gouvernement et l’opposition armée sur un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire syrien », tandis que le second porte sur le contrôle de son respect et « le troisième est une déclaration sur la volonté (des parties en conflit) de lancer des négociations de paix ».

L’accord de cessez-le-feu a été signé par sept groupes rebelles ce qui représente pas moins de 62.000 combattants armés. En revanche, il n’implique pas les groupes « terroristes », tel le groupe Etat islamique.

Des accrochages isolés ont été signalés notamment dans la province de Hama (nord). En effet, Abdel Rahman, chef de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), a déclaré à l’AFP : « Le cessez-le-feu est respecté dans la plupart des régions de Syrie […] mais des factions islamistes ont attaqué des positions du régime près de la ville chrétienne de Mahrada […] des petits groupes rebelles et des forces loyalistes cherchent à détruire la trêve ».

Si pour le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, le nouveau cessez-le-feu représente une « véritable opportunité » pour enfin trouver « une solution politique » à ce conflit, on peut émettre des soupçons quant à la bonne volonté du régime de Damas. Lundi 2 janvier, l’armée syrienne a de nouveau bombardé une région rebelle à proximité de Damas pour tenter de capturer des sources d’eau vitales pour la capitale. Les insurgés n’ont alors pas tardé à dénoncer dans un communiqué une violation de la trêve en vigueur depuis quatre jours : « Nous appelons les parrains de la trêve à assumer leur responsabilité et à mettre la pression sur le régime et ses milices alliées pour qu’ils cessent leurs violations flagrantes de l’accord ».

Ceci n’a pour l’instant pas remis en cause l’ouverture des négociations de paix prévue par l’accord qui devrait se dérouler dans les prochains jours à Astana, la capitale du Kazakhstan. Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe a déclaré à ce sujet : « Nous commençons avec les Turcs et les Iraniens à préparer la rencontre d’Astana ». Si Oussama Abou Zeid, conseiller juridique auprès des rebelles dits « modérés », a déclaré qu’une grande partie de l’opposition syrienne devrait être présente à Astana, nous ne savons pas précisément, pour l’instant, qui sera assis à la table des négociations qui se feront sous l’égide de la Russie, de la Turquie et de l’Iran.

En revanche, la trêve pourrait être menacée si le régime syrien continue les bombardements entrepris depuis deux semaines sur Wadi Barada.

Après la réunion d’Astana – si elle est maintenue -, des négociations inter-syriennes devraient être organisées par l’ONU le 8 février à Genève. À cet égard, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, a déclaré que les négociations au Kazakhstan ne sont pas « une alternative à Genève ».

Néanmoins, elles sont le reflet de l’évolution des rapports de force dans la région et l’incarnation d’un nouvel axe stratégique qui se dessine entre Ankara, Moscou et Téhéran. Une alliance on ne peut plus profitable pour les pays concernés. Du mois, à court terme, car elle est aussi et avant tout circonstancielle et déséquilibrée. Malgré tout, cela représente un nouveau revers significatif pour les États-Unis.

Camille Saulas

 

 

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