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Syrie : les hôpitaux ciblés par les bombardements, les ONG appellent à l’aide

 

Le week-end dernier, la ville d’Alep dans le nord de la Syrie a connu une vague de bombardements attribués aux forces progouvernementales qui ont touché quatre hôpitaux et une banque de sang. Les ONG locales et les services de santé, débordés et sans soutien logistique, appellent aujourd’hui à l’aide devant le désastre humanitaire.

2016-07-28 18.00.32Hôpital à Alep

Alep, théâtre sordide de la lutte entre le régime de Bachar al-Assad et la rébellion, est assiégée depuis le 17 juillet. Cela implique : bombardements sans discrimination attribués aux forces progouvernementales qui touchent les hôpitaux de fortune de la ville qui manquent de tout.

Syrie : le pays le plus dangereux pour les travailleurs sanitaires

Dernier bombardement aérien en date dans la ville : ceux de la nuit de samedi 23 à dimanche 24. Ces derniers ont touché quatre hôpitaux et une banque du sang situés dans la zone encore contrôlée par les rebelles.

Si le nombre de morts reste incertain, un bébé a perdu la vie dans un des hôpitaux pour enfants visé deux fois par les raids aériens en moins de 12 heures selon l’UNICEF et l’Association des médecins indépendants (IDA) qui oeuvrent dans plusieurs centres de santé d’Alep.

Les dégâts sont considérables comme l’indique l’infirmière en chef de l’hôpital des enfants : « L’hôpital est sérieusement endommagé et ce n’est pas la première fois », remettant sérieusement en cause sa capacité à continuer de sauver des vies. Il en est de même pour les trois autres centres médicaux qui sont tout bonnement incapables de recevoir des blessés ou des malades depuis dimanche.

Malheureusement, ce n’est pas un cas isolé. Le 27 avril dernier, c’était un hôpital de Médecins sans frontières qui avait été la cible des bombardements des forces progouvernementales – à savoir : l’armée du régime syrien soutenue par leur allié russe. Puis, le 3 mai, c’est les forces rebelles, notamment le front Al-Nosra, qui auraient bombardé un hôpital du régime.

En 2015, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a dénombré pas moins de 135 attaques et autres violences à l’encontre du personnel sanitaire et des infrastructures médicales. Ainsi, selon l’organisation internationale, la Syrie est le pays le plus dangereux pour les travailleurs sanitaires.

Selon l’ONU, depuis le début du conflit syrien, c’est plus de 700 médecins et personnels de santé qui ont péri alors que ces derniers essayaient de sauver des vies.

Mais, depuis le début de l’encerclement des quartiers rebelles par les forces fidèles au régime, le 17 juillet, la situation humanitaire s’est détériorée de façon inquiétante pour le personnel des services de santé et les deux cents à trois cent mille habitants de ces zones assiégées et visées par les bombardements.

Des crimes de guerre qui pourraient avoir raison des civils

Comme le souligne l’IDA dans son dernier communiqué : « Le siège et la destruction des centres de santé constituent des crimes de guerre ». En outre, elle désigne cette stratégie militaire comme « une punition collective infligée à la ville (par le régime syrien) » et demande que cela cesse immédiatement.

L’UNICEF, après les attaques du week-end dernier, crie aussi au crime de guerre : « Les attaques à l’encontre des services de santé constituent une violation flagrante du droit international humanitaire et peuvent être considérés comme des crimes de guerre. Les installations de santé ne doivent jamais être attaquées ou endommagées et l’on devrait permettre aux professionnels de santé de fournir un traitement médical à toutes les personnes dans le besoin partout en Syrie ».

Ces accusations ne sont pas sans fondement. En effet, les conventions de Genève de 1949 confirment que les bombardements d’hôpitaux, l’attaque de personnels soignants et de civils constituent des violations du droit international humanitaire et peuvent être considérés comme un crime de guerre.

Ces bombardements répétés risquent aussi d’amplifier la crise humanitaire dans la ville déjà dans une situation catastrophique. Les risques de famine et de pénuries alimentaires sont bien réels et ne font qu’augmenter dans les zones rebelles qui sont assiégées depuis dix jours.

En ce qui concerne les services de soin. Il n’y aurait plus que cinq hôpitaux capables encore de fonctionner dans ces zones selon les informations données par IDA via un communiqué : « Nous sommes face à un désastre humanitaire majeur, avec la suspension de l’aide médicale »

Comme le souligne l’IDA : « La vie à Alep est anéantie par le manque de toutes les ressources et l’épuisement des stocks de carburant […] nous (les médecins) arrivons à un état de fatigue psychologique et d’épuisement intense ». Le personnel soignant, épuisé et débordé, n’arrive plus à soigner les blessés ainsi que les malades et en appelle donc à la communauté internationale.

#SOSMédecinsAlep ou l’appel au secours des ONG

Mardi 26 juillet, l’ONG UOSSM-France (Organisation de secours et de soins médicaux), qui depuis 2011 vient en aide à la population syrienne notamment en oeuvrant pour soutenir les services de santé du pays, a lancé une campagne : #SOSMédecinsAlep.

Cette initiative qui est accompagnée de nombreuses vidéos dénonçant les conditions insupportables dans lesquelles travaillent les médecins et autres personnels soignants à Alep, a pour objectif d’avertir « la communauté internationale de l’horreur sanitaire à Alep ».

 Malgré cette initiative indispensable, il n’est pas sûr que cela suffira à mettre fin à la crise humanitaire à Alep, le conflit syrien étant devenu une guerre complexe dont la fin, ne serait-ce même que son apaisement, semble lointaine et bien incertaine. Pour preuve, il suffit d’évoquer les initiatives multiples de trêves qui ne cessent d’échouer depuis plusieurs mois.

Si l’ONU espère pouvoir reprendre les pourparlers de paix à la fin août, se pointe déjà à l’horizon un nouvel échec du fait des divergences profondes entre les multiples acteurs locaux, régionaux et internationaux de ce conflit.

En revanche, la Russie et le régime de Bachar al-Assad ont annoncé jeudi 28 juillet l’ouverture de corridors humanitaires à Alep, dès le lendemain, pour venir en aide aux civils sur le plan médical et alimentaire. En outre, sur les quatre corridors qui devraient être mis en place, le ministre de la Défense russe a stipulé qu’un sera destiné au passage des insurgés qui sont prêts à abandonner la lutte. Reste à savoir quelles règles de droit seront suivies sur le terrain.

Camille Saulas. 

 

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