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Syrie : Pourquoi une absence turque dans l’opération anti-EI à Manbij ?

Hier, les Etats-Unis ont fomenté une opération d’envergure préparée depuis des semaines contre l’organisation Etat Islamique (EI) à Manbij, en Syrie. Prévenue, la Turquie a refusé d’y participer. Explications.

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Une intervention stratégique

Depuis plusieurs semaines, les autorités américaines préparaient une opération visant à déloger les djihadistes de l’EI de la ville syrienne de Manbij. Se trouvant au nord du pays, cette intervention a une visée stratégique : couper l’accès des combatants de l’organisation islamiste à la frontière nord de la Syrie, où ils passeraient pour transiter en Europe.

Pour ce faire, les forces armées américaines ont décidé de conseiller les combattants anti-djihadistes sur le terrain. Parmi eux, majoritairement des combattants kurdes des Unités de Protection du Peuple (YPG), chargés d’évincer les djihadistes puis de partir, et des Arabes syriens, chargés de stabiliser et de sécuriser la zone. L’opération américaine vise avant tout à soutenir les Forces démocratiques syriennes (FDS).

D’après le commandement militaire américain au Moyen-Orient (CENTCOM), huit positions de combat, six ponts, des tours de communication ainsi qu’un poste de commandement de l’EI ont été détruits en l’espace de 24 heures. En plus des frappes menées par la coalition internationale, l’appui aux combattants démontre ainsi à quel point la lutte contre l’EI est désormais au coeur de l’enjeu syrien. D’autant que cette opération préfigure une action de plus grande ampleur : récupérer à terme Raqqa, la capitale autoproclamée de l’organisation.

Un refus d’Ankara

D’après le quotidien turc Hürriyet, la Turquie a refusé de prendre part à cette opération pensée par les autorités américaines. Elle avait été mise au courant de ce projet en amont de son lancement. Hier, un commandant militaire américain a confirmé à Reuters cette absence turque.

Il a notamment déclaré que « cette région est à 40 km de la frontière turque, c’est pourquoi il est impossible pour la Turquie d’apporter son soutien. Il est aussi impensable politiquement pour la Turquie qu’elle soutienne une opération du YPG ». D’après ces informations, la politique syrienne du parti au pouvoir turc dépend encore largement de la question kurde. Le YPG est en effet considéré comme terroriste par le gouvernement turc, étant une émanation du PKK qui sévit en Turquie.

Si les autorités turques ont maintes fois déclaré leur détermination dans la lutte contre l’organisation Etat Islamique, notamment au regard des attentats qu’ils ont mené au sein du territoire turc ces derniers mois, force est de constater que l’action turque sur le terrain est variable. Le gouvernement craint en effet que les Kurdes, qui ont réussi à s’imposer en tant que véritable acteur régional depuis les bouleversements géopolitiques de 2011, ravivent un projet d’union dans le cas syrien et turc. La Turquie est ainsi prise en étau entre ses deux menaces immédiates : l’activisme kurde, et l’islamisme de l’EI. Mais combien de temps cette situation sera-t-elle tenable ?

Kiymet Altan

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