Cinéma, Culture

Tarık Akan : Comme une feuille fanée

Le 16 septembre, ce n’est pas seulement le cinéma turc, mais aussi tout le pays qui a été frappé par un décès inattendu. Le bien-aimé et « le joli garçon » du public turc, Tarık Akan, qui suivait un traitement conte le cancer depuis longtemps, a perdu la vie à l’âge de 66 ans. 2016-10-06-06-27-34De son vrai nom Tarık Tahsin Üregül, Tarık Akan est né à Istanbul en 1949. Sa carrière cinématographique a commencé par la revue Ses dans les années 70, l’âge d’or de Yeşilçam. Grâce à son charisme et à sa beauté, il a rapidement conquis le cœur du public turc. Au début de sa carrière, il a tourné dans plusieurs comédies romantiques et mélodrames y compris dans de grands classiques réalisés par Ertem Eğilmez. Les plus connus sont : Tatlı Dillim, Sev Kardeşim, Yalancı Yarim, Oh Olsun, Ah Nerede, Delisin et Mavi Boncuk. Sa collaboration avec Ertem Eğilmez a continué avec la série Hababam Sınıfı où il endosse le rôle iconique de Damat Ferit. En 1972, avec son rôle dans Suçlu, réalisé par Mehmet Demir, il a remporté le prix du meilleur acteur au Festival du Film Orange d’Or d’Antalya et prend place parmi les comédiens les plus recherchés de Yeşilçam – référence à l’industrie cinématographique turque.

Durant la seconde moitié des années soixante-dix, on constate un changement majeur dans son approche cinématographique, un phénomène qu’on avait déjà observé dans Canım Kardeşim (1973), un film sentimental qui interroge et critique la notion de « système ». Mais le point tournant sera le film Maden, où il partage le rôle principal avec Cüneyt Arkın. Le film relate l’histoire d’un révolutionnaire et celle d’ouvriers dans des mines. Entre lutte contre le patronat et soutien au syndicat, Akan laisse de côté son image de Casanova pour devenir une figure symbolique pour les classes populaires. À la fin de la décennie, la scène politique du pays vivait une période trouble tout comme sa façon de faire du cinéma qui était sujet à controverse. Le 12 septembre 1980, le coup d’État a porté la tension à son comble. Évidemment, Yeşilçam a été beaucoup touché par cette situation. Mais, si moins de films étaient produits, on avait la chance d’avoir des cinéastes engagés qui, à travers leurs films, présentaient leurs engagements politiques. Tarık Akan était l’un d’entre eux. Il a d’ailleurs été arrêté et emprisonné à plusieurs reprises à cause de ses actions politiques. C’est dans cette atmosphère tendue qu’avec Sürü (Zeki Ökten) et Yol (Şerif Gören & Yılmaz Güney) il a donné le meilleur de lui même et a marqué l’histoire du cinéma.

Par la suite, ses films politiques et militants ont laissé place à des œuvres qui portent un regard critique sur la société et ses institutions. Yosma (Orhan Elmas), Alev Alev (Halit Refiğ), Beyoğlu’nun Arka Yakası (Şerif Gören) traitent de l’exode rurale et de la place des femmes en Turquie. En 1985, Pehlivan (Zeki Ökten) a été récompensé par un Ours d’Argent. La même année, Tarık Akan a joué dans Bir Avuç Cennet (Muammer Özer), fruit d’une collaboration turco-suédoise qui s’est fait brillamment remarquer au niveau international. Deux ans après, il a tourné Çark (Muzaffer Hiçdurmaz), certainement l’un de ses films les plus controversés. Le film a d’ailleurs été censuré et il n’a pu être projeté qu’en 2006. Si dans les années quatre-vingt-dix il a fait moins de films, ces derniers n’en étaient pas moins réussis.

En dehors du cinéma, Tarık Akan s’était grandement investi dans l’éducation qu’il affectionnait tout particulièrement. Durant un temps, il a présidé la fondation de Nesin. En 1991, il a transformé une ancienne école qui se trouve à Bakırköy, son quartier d’enfance, en une école privée qui s’appelle aujourd’hui Özel Taş İlkokulu. En 2002, il a publié un livre intitulé « Anne Kafamda Bit Var » et dans lequel il raconte la période du 12 septembre 1980 ainsi que son arrestation.

Tarık Akan n’était pas seulement un cinéaste, c’était un militant aux multiples combats pour assurer un avenir meilleur à son pays et à son peuple. Il a pris le risque de perdre sa popularité en abordant des sujets dont on n’avait jamais pu parler auparavant : les inégalités entre l’Est et l’Ouest de la Turquie, les minorités, le problème kurde… Qui d’autre, à l’apogée de sa carrière, aurait eu cette audace ? Qui d’autre aurait fait grève au côté des ouvriers ? Très grand acteur, un visage inoubliable du grand écran, nous nous souviendrons de lui avec un profond respect et une grande admiration…

Öykü Sofuoğlu

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