Art, Culture, Découverte, Société

Tchernobyl à travers les toiles d’Ertuğrul Akyüz

Jusqu’au 28 février a lieu au « Piramid Sanat », repaire d’artistes à Taksim, une exposition particulière nommée « Eden Blur » (dérivation d’« Eden Bulur », équivalent du « on récolte ce que l’on sème » français, en « Eden brouillé » anglais). Ertuğrul Akyüz y expose des toiles colorées nous permettant d’explorer le site de Tchernobyl à travers ses yeux de plasticien. Munissez-vous d’une combinaison Hazmat et d’un compteur Geiger, et allons y admirer en toute sécurité les restes de l’ancienne centrale nucléaire soviétique.

On retrouve au sein de l’exposition deux thèmes représentatifs. Le premier, prépondérant, est celui de la nature reprenant ses droits sur les espaces abandonnés par l’Homme. Ainsi, on verra de nombreux arbres – tous nus – encombrer l’espace des tableaux jusqu’à occuper tout l’espace disponible au sein du cadre. Le second est à l’opposé : il se concentre sur des espaces plus dégagés et sans aucune nature, des maisons à l’abandon et notamment leur escalier. Les thèmes ont toutefois pour point commun la désolation, accentuée par l’album photo de l’exposition reprenant des vues du site de Tchernobyl prises par le peintre lors de son voyage. Tout y est mort, enterré sous la neige et vide de toute présence.

Cependant, il ne faut pas croire que les tableaux reflètent cet aspect morne dans leur réalisation, au contraire. Pour contrebalancer les visuels ternes du site, Akyüz a délibérément choisi une palette de couleurs extrêmement fortes et décalées. Chaque tableau a son thème et ses variations de rose, jaune, turquoise ou violet, soulignant parfaitement les lignes des objets, et surtout les branches des arbres en pagaille. Le rendu pourrait facilement évoquer les visuels disco des années 1980 au cours desquelles la catastrophe de Tchernobyl a justement eu lieu.

En dehors des couleurs, l’artiste utilise un procédé original pour obtenir de telles lignes et formes sur ses œuvres : il consiste à raboter un panneau de bois, de manière mi-réfléchie mi-aléatoire. En utilisant ensuite un aplat de peinture noire, puis d’acrylique colorée, il obtient ainsi ces ensembles si particuliers qui font ressortir les corps au milieu d’un champ profond et de lignes erratiques. Il est à noter qu’une petite partie des œuvres est directement présentée sur panneau de bois, tandis que la majorité est sur toile.

En plus de ses œuvres, Ertuğrul Akyüz est lui-même souvent présent dans le centre d’art et se fera un plaisir de vous en dire plus sur chaque tableau, ou de discuter avec vous de celui que vous préférez. Si le cœur vous en dit et que vos revenus le permettent, vous pourrez également faire l’acquisition d’un des tableaux exposés. Sinon, il vous restera toujours la buvette qu’abrite le Piramid Sanat pour vous rabattre sur un thé et observer en détail la foule de petites œuvres entreposées dans le centre. Sans oublier qu’il existe aussi un catalogue minutieusement préparé pour l’exposition que vous pouvez toujours consulter ou acquérir. 

Elias Hebbar

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *