Environnement, Société

Fracturation hydraulique en France : sur la voie américaine ?

La consommation de gaz a doublé dans le monde entre 1985 et 2010 et on le considère comme une énergie de transition par laquelle l’économie pourrait engager sa « décarbonisation ». La technique de la fracturation hydraulique, pratiquée depuis une quinzaine d’années déjà en Amérique du Nord, a permis aux États-Unis de se rapprocher de l’autosuffisance énergétique. La France elle aussi, avec la Pologne, est l’un des pays d’Europe les plus largement dotés en huiles et gaz de schiste. Pourtant, ce 11 octobre a été validée par l’Assemblée nationale la loi du 13 juillet interdisant le recours à cette technique d’extraction et instaurant un contrôle sévère des expérimentations, est-ce vraiment raisonnable ?

Une technique qui suscite des inquiétudes

La fracturation hydraulique consiste à fissurer massivement une roche au moyen de l’injection d’un liquide sous pression. Cette technique permet de récupérer du pétrole ou du gaz dans la roche-mère, trop dense, où un puits classique ne produirait rien ou presque. Le liquide est en général de l’eau additionnée de matériaux durs (sable ou microbilles de céramique) pour empêcher que les petites fissures ne se referment une fois la pression redescendue. Si cette méthode permet de démultiplier la capacité de production d’un puits, elle suscite également de nombreuses craintes, notamment environnementales. En particulier, elle fait redouter une surexploitation et une pollution des ressources en eau. En effet, selon l’IFPEN, la quantité d’eau nécessaire au forage et à la fracturation d’un puits varie entre 10 000 et 20 000 m³, soit à peu près la consommation mensuelle d’une ville de 2 000 habitants ! D’autre part, le processus d’exploitation nécessite l’utilisation d’additifs chimiques. Ils ne représentent que 0,5% du volume du fluide de fracturation mais, en valeur absolue, cela équivaut à une quantité considérable. L’éventualité d’une migration de ces produits, vers une nappe souterraine par exemple, est à prendre en compte. Enfin, l’exploitation en surface peut constituer une nuisance pour les populations alentours, notamment du fait de l’augmentation de la circulation routière liée à l’acheminement de l’eau.

PuitsHorizontal-FracHydraulique-Total

forage-horizontal-et-fracturation-hydraulique

Une technique utilisée depuis plus d’une quinzaine d’années en Amérique du Nord

En février 2012, un million de puits avaient été forés aux États-Unis et deux millions de fracturations hydrauliques avaient été réalisées. Selon l’Agence internationale de l’énergie, ils produiront d’ici 2015 d’avantage de gaz que la Russie. Le pays, deuxième consommateur mondial d’énergie derrière la Chine, a déjà atteint à près de 85% son autosuffisance énergétique. Le continent dispose donc de quelques années de pratique de la fracturation derrière lui. Ce que celles-ci nous révèlent sur la dangerosité de ce procédé n’est pas forcément alarmant. En effet, bien que deux cas de sismicité induite aient été suspectés dans l’Oklahoma et dans l’Ohio, la majorité des problèmes constatés sont liés à des défauts d’étanchéité des puits d’extraction. Il s’agit donc d’un problème antérieur de conception du matériel de forage qui ne concerne pas directement les fracturations hydrauliques. D’autre part, de nombreux travaux de recherche ont été menés sur les méthodes de forage, la cimentation ainsi que le tubage des puits et, selon un rapport du ministère de l’économie sur les hydrocarbures de schiste en France de février 2012, permis de faire des progrès notables de sécurité.

La France et les huiles et gaz de schiste

La fracturation hydraulique aurait été utilisée au moins à 45 reprises, avant d’être interdite par la loi du 13 juillet 2011. Presque toutes ces opérations auraient concerné l’exploitation de gisements conventionnels, afin par exemple de rétablir une liaison obstruée entre un puits et un réservoir ou d’augmenter la productivité d’un puits. C’est ce qu’on appelle la « stimulation hydraulique ». D’autre part, deux opérations menées par Vermillon dans la roche-mère du Lias, sur le site de Champotran, dans le Bassin Parisien, ont clairement eu pour objectif l’expérimentation de la fracturation hydraulique. Cette technique n’est donc pas complètement étrangère à la France. Pour autant, on aurait tord de faire un amalgame avec l’expérience américaine. Tout d’abord, le contexte est différent en Europe. La densité de population est plus élevée, le droit du sous-sol plus sévère, les contraintes environnementales plus fortes et les bassins sédimentaires plus petits. D’autre part, la France doit tirer les leçons des erreurs de ses prédécesseurs afin d’éviter de se retrouver face à certains problèmes rencontrés dans des forages gérés de façon laxiste. Enfin, elle doit à tout prix remédier au sentiment de désinformation ressenti par la population afin d’éviter une confrontation entre industriels et société civile aussi forte que de l’autre côté de l’Atlantique.

 

Justine Babin

 

3 Comments

  1. manich

    une fracturation hydraulique a induit une serie de fort séisme en afrique du nord

Trackbacks / Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *