International, Politique

Terrorisme : le défi de l’Europe

Les attaques terroristes dont a été victime la France la semaine dernière ont provoqué un séisme politique et social tant dans l’Hexagone qu’en Europe. Un continent qui se savait déjà la cible du terrorisme, en particulier islamiste, a pris conscience dans l’effroi de sa vulnérabilité et a décidé de revoir sa stratégie de défense contre ce genre d’attaque.

Un problème (trop) bien connu

Ce n’est pas la première fois que l’Europe est ainsi paristerrfrappée. On peut ainsi rappeler, de manière non exhaustive, certaines des attaques terroristes qui ont touché l’Europe ces dernières années à l’instar de Madrid en 2004 ou de Londres en 2005, sans oublier bien sûr l’affaire Merah de 2012 en France ou celle du musée juif de Bruxelles. Dénominateur commun à toutes ces affaires : le terrorisme islamiste. Le terrorisme islamiste est ainsi devenu la première préoccupation de la lutte anti-terroriste européenne. Toutefois, à la différence de ses aïeux, ce terrorisme moderne est mondialisé et possède des moyens logistiques, financiers et humains encore jamais observés. Il est aussi complètement décentralisé ce qui le rend particulièrement difficile à combattre et à prévenir.

C’est donc une véritable guerre qui s’est enclenchée. Une lutte dont les enjeux sont essentiellement la prévention du recrutement, du financement, de l’armement, du transport de matériels ou de personnes et de la communication en faveur du camp ennemi, en l’occurrence, des mouvements terroristes. Toutefois, la spécificité contextuelle d’aujourd’hui est que ce terrorisme atteint les valeurs démocratiques de l’Europe, à la fois en attaquant ses symboles et en utilisant la liberté d’expression et de circulation à son avantage pour sa promotion et sa logistique. Ainsi, l’un des impératifs de la lutte contre le terrorisme est aussi de ne surtout pas se laisser séduire par les chants de sirène du totalitarisme et d’une loi martiale qui se justifierai, certes, par un contexte de guerre mais mettrait à mal les valeurs européennes ainsi que la légitimité de ses institutions.

Des encadrements ont d’ores et déjà été mis en place tant sur le plan juridique que politique. En effet, l’Union européenne a explicitement défini la notion de terrorisme comme étant une entreprise criminelle ayant pour but d’intimider une population par la violence et ainsi de contraindre le pouvoir politique. De cette définition découlent un certain nombre de mesures adaptées à ce cas précis : elles visent à court-circuiter les voies de la radicalisation et l’accès au moyens financiers qui alimentent ces mouvances, sécuriser les transports publics et les lieux sensibles, et améliorer les moyens d’identification des menaces (notamment en facilitant les échanges d’informations entre les pays et en favorisant le développement technologique).

Plan de bataille à affiner pour guerre à gagner

Toutefois, du fait des récents attentats en France, le dispositif européen de lutte contre le terrorisme est apparu comme incomplet et donc perfectible. C’est ce dont a fait l’objet la réunion extraordinaire demandée par Bernard Cazeneuve à la suite de ces évènements. Celle-ci a réuni, le 11 janvier dernier, les ministres de l’Intérieur des différents pays européens ainsi que le commissaire européen aux Migrations et Affaires intérieures Dimitris Avramopoulos, le coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme Gilles de Kerchove, et Eric Holder, ministre américain de la Justice. Les conclusions de cette réunion ont été de réaffirmer la solidarité européenne et transatlantique dans la lutte contre le terrorisme, ainsi que la nécessité d’œuvrer contre le déplacement des combattants ou potentiels terroristes et leur radicalisation en ciblant tout particulièrement internet.

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Donald Tusk, président du Conseil européen

De nouveaux enjeux et problématiques ont émergé, révélés une fois de plus par les attentats de Paris : l’ennemi venu de l’intérieur, la radicalisation solitaire, l’apparition de l’État islamique en Syrie, le départ au djihad de jeunes européens, la fine barrière qui sépare le soutien intellectuel à l’islamisme radical du passage à l’acte terroriste. Ces nouvelles interrogations motiveront les réponses politiques à venir, notamment au travers du sommet européen pour la lutte contre le terrorisme qui doit se tenir le 12 février prochain. Les discussions s’axeront sur l’accroissement de la vulnérabilité des pays du monde entier, comme sur les moyens à mettre en place pour y remédier. En ce sens sera abordé le problème que pose la réglementation du dispositif PNR, qui a pour objectif de permettre aux compagnies aériennes la collecte des données personnelles en vue d’assurer un meilleur suivi des individus suspects par les services répressifs. Une réglementation jusqu’à présent bloquée par le Parlement européen qui estime que ce projet interfère avec la protection de la vie privée. D’autres propositions stratégiques devraient émerger durant ce sommet, ayant toujours pour but l’amélioration de la sécurité à l’intérieur de l’Union européenne.

Même si le risque zéro n’existe pas, ces nouveaux dispositifs devraient permettre de prévenir au mieux d’éventuelles attaques. Toutefois, il reste regrettable que l’Europe ne prenne pas plus en compte, dans ses débats, les conditions d’émergence du phénomène politique et sociale qu’est le terrorisme islamiste. Débats qui l’amèneraient peut-être à s’interroger, notamment vis-à-vis de la fragmentation sociale et culturelle qui existe dans les pays membres, ainsi que sur leur politique extérieure, en particulier en Afrique et au Moyen-Orient ?

Thomas Nicod

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