Politique

Tous les chemins ne mènent pas à la réélection

Le 6 août 2016, le président de la République François Hollande l’a déclaré officieusement : la décision quant à sa possible représentation aux présidentielles de 2017 sera prise en décembre.franc%cc%a7ois-hollandeCandidat, il ne l’est pas encore : la tradition et la stratégie politiques veulent que le président laisse planer le suspense. Officiellement, il s’agit de laisser croire que l’on incarne l’exécutif jusqu’au bout et que la conservation du pouvoir n’est que secondaire. Une position de force pour le locataire de l’Élysée ? Après 58 ans de Ve République, l’expérience montre qu’être candidat à sa propre réélection peut être à double tranchant.

D’un côté, une difficulté : assurer d’un renouveau, d’un second mandat qui ne soit pas le simple prolongement du premier. De l’autre, un atout : la maîtrise du calendrier peut entre autres permettre au président de suspendre, dans une certaine mesure, les candidatures alternatives dans son propre camp. Dans les deux cas, la position de président-candidat induit de choisir clairement son rapport au temps.

La difficile articulation du temps historique et du temps de l’élection

François Hollande se trouve dans une situation proprement inédite pour les présidents en quête de réélection : le contexte des attentats terroristes s’inscrit dans l’immédiateté, dans l’angoisse de la prochaine attaque. Difficile, lorsqu’un sujet est si omniprésent, d’appeler à faire la part des choses et à considérer l’ensemble du bilan. Contre l’addiction médiatique au scoop et à l’éphémère, le président de la République a pourtant invité le 2 août à un effort de distinction entre ce qui n’est lié qu’à un contexte particulier, et ce qui aura « des conséquences dans le temps ».

Un appel qui ne manque pas de pertinence théorique, mais qui pourrait aisément être retourné contre lui. Cette différence est précisément la plus complexe à établir, à l’heure où le Premier ministre, Manuel Valls, a déclaré que l’ère dans laquelle entre le pays serait marquée sur la durée par des attentats. De même, l’état d’urgence, qui par définition est censé être provisoire, semble ne plus avoir de fin à l’horizon. Du propre aveu de François Hollande, selon les paroles rapportées par le journal Le Monde, « l’élection se jouera sur cette question : dans quel pays veut-on vivre ? ».

Sondages, bilan et cote de popularité

Le passage du statut de président à celui de candidat a tendance à jouer en la défaveur de l’intéressé. Comme Valéry Giscard-d’Estaing ou François Mitterrand, qui ne se sont déclarés candidats qu’en mars de l’année électorale (février pour Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac), les présidents retardent généralement au maximum leur annonce. Parmi ces quatre présidents, deux ont échoué à remporter leur propre succession : Giscard, dont la cote de popularité baisse brutalement de 53 à 44% entre décembre 1980 et avril 1981, et Nicolas Sarkozy, qui n’inspirait confiance en mai 2012 qu’à 37% des Français.

François Hollande se retrouve ainsi dans une situation comparable à celle de Nicolas Sarkozy, même si sa cote de popularité est encore bien plus basse que celle de son prédécesseur à la même époque. Selon le dernier baromètre TNS Sofres – Le Figaro, seuls 12% des sondés déclarent accorder leur confiance au chef de l’exécutif – contre 25% pour Nicolas Sarkozy en juillet 2011. Depuis des mois, les sondages extrêmement mauvais ancrent dans les esprits l’idée que François Hollande a très peu de chances de remporter sa propre succession – d’où le risque de prophétie autoréalisatrice.

Faute de rêve à revendre, quelle stratégie de communication ?

Les dirigeants sortants adoptent le plus souvent un discours consistant à s’attribuer toute situation favorable – considérée comme une conséquence de leurs décisions. À l’inverse, pour expliquer une situation critique, on met en avant un contexte auquel il était impossible d’échapper – c’est ce qu’a fait Nicolas Sarkozy en 2012 en invoquant la crise économique. Ces différentes stratégies se retrouveront très certainement chez François Hollande, mais il en est une autre qui touche à un problème idéologique spécifique à la gauche d’aujourd’hui.

En effet, on peut s’étonner à quelques mois du premier tour de voir l’exécutif persister dans des mesures plutôt impopulaires comme la réforme du Code du travail ou l’utilisation controversée de l’article 49-3 à la moindre difficulté parlementaire. En laissant croire qu’il n’y a pas d’alternative à sa politique, le camp Hollande pourrait par là même se priver de l’espoir de changement dont il avait fait son slogan en 2012. En peinant à lancer un véritable débat en son sein même et en échouant à insuffler de l’idéal politique chez les citoyens, il apparaît en danger de voir se rejouer le scénario du 21 avril 2002, sans candidat socialiste au deuxième tour.

Zoé Lastennet.

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