International, Société

Toutes les morts d’Adama

 L’enquête avance concernant la mort de Adama Traoré. Le déroulement des faits a été détaillé par les gendarmes dans leur procès-verbal et deux autopsies ont été réalisées. Néanmoins, de nombreuses zones d’ombres méritent toujours d’être éclaircies dans cette affaire.

2016-08-02 21.08.07

Deux autopsies, une marche blanche et toujours beaucoup d’interrogation concernant la mort d’Adama Traoré.

« Syndrôme asphyxique spécifique », ce sont par ces termes barbares que l’origine de la mort du jeune homme de 24 ans vient d’être avancée. Décédé le 19 juillet à Beaumont-sur-Oise (Val d’Oise), lors de son interpellation par des gendarmes, Adama a manqué d’oxygène. C’est ce que révèlent les deux autopsies effectuées les 21 juillet. Ces rapports ne disent pas ce qui a provoqué l’asphyxie.

Adama Traoré a-t-il manqué d’oxygène parce qu’il souffrait d’une maladie cardiaque ou asthmatique ? Ou parce que trois gendarmes l’ont plaqué au sol, en usant d’une technique dangereuse, lui coupant ainsi le souffle ?

Une instruction est en cours au tribunal de grande instance de Pontoise, qui vise à éclairer les circonstances de la mort. Mais « la famille d’Adama Traoré va déposer une plainte pour violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner », fait savoir au Monde l’avocat Me Yassine Bouzrou.

Après la mort d’Adama Traoré, plusieurs communes ont connu des nuits d’affrontements entre jeunes et forces de l’ordre. Il semble que, dans ce contexte tendu, le parquet a voulu rapidement écarter la piste de la bavure. Le 21 juillet, le procureur déclarait ainsi à l’Agence France-Presse (AFP) qu’Adama Traoré « avait une infection très grave […] touchant plusieurs organes » ; il précisait que l’autopsie n’a pas relevé de « trace de violence significative ».

Il n’est alors pas question d’asphyxie, bien que le médecin légiste en fasse état.

Mais, les médecins estiment que des analyses supplémentaires sont « souhaitables ». D’autant plus que la famille redemande une seconde autopsie. Elle sera réalisée le 26 juillet. En vain, celle-ci ne fait état d’aucune trace de violence susceptible d’expliquer le décès.

Une interpellation trop musclée

Ce que nous savons de l’histoire. Un gendarme relate les faits pour le Monde : le jour des faits, des gendarmes interpellent d’abord le frère et la belle-sœur d’Adama Traoré dans le cadre d’une enquête sur une extorsion de fonds. Présent lors de la scène, Adama Traoré, décrit comme un « délinquant notoire » par les autorités – il est sorti de la prison de Fresnes quelques semaines auparavant –, prend la fuite. Il est rapidement rattrapé. Mais il parvient de nouveau à s’enfuir. Un appel radio est alors lancé, sollicitant des renforts pour le retrouver.

Dans un rapport paru en mars, l’ONG française de défense des droits de l’homme Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) appelle à l’interdiction du plaquage ventral, car elle « entrave fortement les mouvements respiratoires et peut provoquer une asphyxie », un risque accentué par l’agitation dont peut faire preuve la personne interpellée lorsqu’elle suffoque et que les personnes renforcent la pression exercée sur elle. D’après l’ACAT, plusieurs morts ont été provoquées ces dernières années par cette technique.

Adama, malade du cœur

Tel que le rapporte le sous-officier présent ce jour-là, Adama Traoré a bien signalé « avoir des difficultés à respirer ». Mais, au lieu d’appeler les secours, les trois gendarmes embarquent le jeune homme dans leur voiture et le conduisent à la gendarmerie, toute proche, pour « lui signifier sa garde à vue ». Arrivé sur les lieux, Adama Traoré « s’assoupit et a comme une perte de connaissance », déclare un des gendarmes. « Quand on l’a sorti du véhicule, il était inconscient », confirme son collègue, qui explique aussi que, craignant qu’il simule, ils l’ont laissé menotté. Les secours sont dépêchés sur place, en vain. Le décès est déclaré peu après 19 heures.

Fin de l’histoire.

Mais les analyses avancent. Un examen du cœur fait le 26 juillet a permis de déceler chez Adama Traoré une maladie du cœur pouvant être « potentiellement la cause directe de la mort ». Néanmoins, à ce stade, rien ne permet d’en être certain. Cette maladie a pu provoquer un arrêt cardiaque puis l’asphyxie d’Adama, par exemple. Mais elle peut aussi y être totalement étrangère.

Elle peut encore expliquer une fragilité chez Adama Traoré, qui ne se serait pas révélée fatale si les gendarmes n’avaient pas plaqué le jeune homme au sol. Sa famille veut aujourd’hui obtenir des réponses…

Guillaume Asmanoff. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *