Culture, Société

Traité sur la tolérance : une œuvre au cœur de l’actualité

voltaire 21763, le Traité sur la tolérance de Voltaire est publié. Le philosophe cherche à travers celui-ci la réhabilitation de Jean Calas, un protestant accusé à tort de l’assassinat de son fils qu’il aurait voulu empêcher de se convertir au catholicisme. Jean Calas étant condamné à mort par le tribunal, le défi est alors de le faire avouer. Or, le pauvre homme étant totalement innocent et le fils s’étant pendu tout seul ; il paraît évident que les pires tortures ne donnent rien bien qu’elles soient, il faut le reconnaitre, toutes plus inventives les unes que les autres (on lui étira les membres, on lui les fracassa ensuite et on finit par le mettre sur la roue…).

Si aujourd’hui le Traité sur la tolérance parait autant d’actualité c’est parce que notre société est confrontée à une attaque qu’elle ne sait gérer autrement que par des valeurs universelles qui nous unissent. Ainsi, une œuvre que tous devrions avoir lue se retrouve en tête des ventes afin de nous « unir » face à l’adversité. Si le discours de Voltaire est rassembleur, il n’en demeure pas moins qu’il prend naissance dans un acte fanatique dû à une réinterprétation de la religion et de ce que semble dicter Dieu. Si l’on étudie la Bible ou le Coran on s’aperçoit que l’homme, insignifiante créature qu’il est, n’a pas à agir au nom de Dieu ou à justifier ses actes au nom de celui-ci.

Il est important aujourd’hui de différencier fanatisme et religion, l’amalgame parait facile et il en est d’autant plus dangereux. C’est en partant d’un constat comme « musulman = terroriste » (en généralisant grossièrement évidemment) que l’on crée des clivages et ainsi une totale altération de la réalité. Citons à présent Voltaire : « Cette tolérance n’a jamais excité de guerre civile ; l’intolérance a couvert la terre de carnage. » En effet, c’est cette même intolérance qui, aujourd’hui encore, déchaîne les passions. Sous le couvert de la volonté de Dieu, l’homme se permet des actes répréhensibles non seulement par nos lois mais également par la personne au nom de laquelle il se dit agir.

voltaireVoltaire soulève une question qui me paraît essentielle : la tolérance doit également être admise. Le simple fait de se montrer tolérant est en soi réussite et est d’autant plus louable que cet état d’esprit se heurte à des barrières que certains d’entre nous se font un devoir d’ériger. Sans vouloir faire de mauvais jeux de mots, c’est un véritable chemin de croix aujourd’hui que de vouloir se montrer tolérant aussi bien envers la religion qu’envers l’humain. En effet le chemin est abrupt et parsemé d’embûches. On se rend compte aujourd’hui à quel point il est facile de prendre des raccourcis et de tomber dans des clichés tel que les musulmans sont des terroristes. Or nous parlons tellement de ce que nous ignorons. Peut-être avons-nous peur, peut-être ne voulons-nous pas comprendre mais c’est ce comportement qui fait de nous des islamophobes.

Comme l’annonçait Plaute dans sa comédie Asinaria : « L’homme est un loup pour l’homme », autrement dit nous sommes le pire ennemi de notre semblable et de notre propre espèce. C’est comme si de nos jours l’homme se sentait missionné pour accomplir des actes répréhensibles par les écrits fondamentaux. Ainsi les actions de certains fanatiques engendrent des actions simultanées disproportionnées de ceux qui se disent contre ce genre de comportement. On se retrouve donc dans une impasse ou dans une situation totalement paradoxale où des personnes se vantant d’être contre l’intégrisme vont adopter des comportements proches de celui qu’elles exècrent. Suivant les idées de Voltaire, il apparait donc évident que l’homme doit intégrer la tolérance pour se sortir de la barbarie. Facile à dire me direz-vous… Certes. Il n’en demeure pas moins que les actes sont aujourd’hui de plus en plus violents et la tolérance est le maître mot qui pourra nous élever à un statut de personne civilisée. Animaux bien sûr, mais civilisés voilà notre différence, ce que nous devons protéger. Il en dépend de notre survie.

Je souhaiterai terminer par une ultime citation de Voltaire : « Il est nécessaire que ces erreurs ne soient pas des crimes; elles ne sont des crimes que quand elles troublent la société : elles troublent cette société, dès qu’elles inspirent le fanatisme ; il faut donc que les hommes commencent par n’être pas fanatiques pour mériter la tolérance. » À méditer…

Amélie Herbreteau

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