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Transfert de prisonniers : vers une fermeture de la prison de Guantanamo ?

Le Pentagone a déclaré, lundi 15 août, avoir envoyé aux Émirats arabes unis quinze détenus de la prison militaire de Guantanamo Bay, à Cuba. Un retour tardif sur une promesse faite aux électeurs américains il y a sept ans.Guantanamo_captives_wait_during_processing_on_January_11th,_2002 (1)

Prisonniers de Guantanamo en 2002

C’est le plus important transfert de prisonniers effectué sous les mandats du président Obama. Les trois Afghans et douze Yéménites laissent derrière eux 61 hommes toujours détenus dans le centre, ouvert pendant la croisade contre le terrorisme de l’administration Bush, à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Extrêmement critiquée depuis ses débuts pour ses pratiques de torture et de détention arbitraire, la prison aura retenu au total 780 personnes, dont 242 étaient toujours emprisonnées avant l’arrivée de Barack Obama. Les libérations se font donc au compte-goutte, mais se sont accélérées ces derniers temps, depuis que le président a réaffirmé en février 2016 sa volonté de fermer la prison controversée, comme il le souhaitait avant d’accéder au pouvoir et de se heurter à ce dossier indémêlable.

Barack Obama se trouve en effet aux portes de la période dite du « canard boiteux » aux États-Unis, où le président élu n’est pas encore entré en fonctions, mais où le président sortant n’a plus vraiment de pouvoir pour autant. À moins de trois mois de l’élection qui opposera Hillary Clinton à Donald Trump, le temps va inévitablement manquer au chef de l’exécutif pour tenir sa promesse de campagne. Ce transfert va pourtant dans le sens d’une avancée importante vers la fermeture, à terme, de la prison de Guantanamo, selon la directrice du département chargé de la sécurité et des droits de l’homme au sein d’Amnesty International USA, Naureen Shah. Cette décision « contredit nettement l’idée que Guantanamo sera ouverte pour toujours », a-t-elle affirmé à l’AFP.

Mieux vaut tard que jamais, mais le calendrier a peut-être effectivement été mal choisi. Les membres républicains du Congrès, qui d’ordinaire déjà mettent un point d’honneur à contester toute mesure proposée par le président démocrate, ne vont certainement pas changer de stratégie en pleine année électorale. C’est bien au contraire un argument retenu contre le chef de l’État – les candidats à la primaire républicaine Marco Rubio et Ted Cruz avaient même clamé qu’Obama souhaitait céder Guantanamo à Cuba.

Pour autant, il n’y a pas que le camp républicain pour exprimer des réserves sur la question. En janvier, le secrétaire de la Défense Ashton Carter, pourtant favorable à la fermeture, a précisé qu’une cinquantaine de détenus environ « ne peuvent être libérés, point final ».

C’est bien là le principal débat : que faire des prisonniers ? Pour les opposants à la fermeture du centre, les ramener sur le sol américain serait dangereux. Le projet initial de Barack Obama, lorsqu’il s’était engagé à supprimer Guantanamo, était en effet de les relocaliser dans des prisons fédérales. Cela dit, celles-ci abritent déjà des centaines de condamnés pour terrorisme, sans conséquence pour les citoyens hors les murs. Les prisons à sécurité maximale n’ont pas connu d’évasion depuis une bonne vingtaine d’années.

Un autre argument, plus rationnel, consiste à avancer le risque qu’ils ne retournent au combat, d’autant plus avec la multiplication des terres de djihad ces dernières années. Selon un rapport, sur les 532 prisonniers relocalisés sous la présidence Bush, 21 % sont retournés sur un champ de bataille, et 14 % supplémentaires sont suspectés d’en avoir fait autant. Sous Barack Obama, des précautions supplémentaires ont pourtant été prises quant à l’endroit où étaient relâchés les prisonniers et à leur suivi – avec pour résultat entre 5 % et 11% de détenus de retour au combat. Le Periodic Review Board, organe administratif du Pentagone chargé des questions de réinsertion des prisonniers de Guantanamo, a clairement stipulé que, dans la majorité des cas, la détention de ces hommes n’était désormais plus nécessaire pour pallier une menace qui toucherait les États-Unis.

Un sondage réalisé en mars 2016 par CNN/ORC a en tout cas révélé que 56 % des Américains sont encore opposés à une fermeture de la prison militaire, et seulement 40 % y sont favorables. L’invocation des droits de l’Homme et de la crédibilité des États-Unis en tant qu’étendard de la démocratie tardant à faire effet, le président Obama a depuis quelque temps tâché de faire vibrer la corde sensible attachée au portefeuille. Même en comptant les frais de transfert des prisonniers, l’économie réalisée serait selon lui de 85 millions de dollars par an.

Si le temps lui est compté, Barack Obama a pris soin d’assurer la postérité de son plan en le faisant approuver par la candidate démocrate Hillary Clinton, qui d’elle-même semblait peu assurée sur la question. En 2007-2008, elle a successivement voté pour et contre différentes lois prévoyant le transfert de prisonniers aux États-Unis, bien qu’elle ait depuis affirmé soutenir de longue date la fermeture du centre. Un projet qui risque en tout cas d’être nettement moins pérenne en cas de victoire de M. Trump à la présidentielle.

Zoé Lastennet

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