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Tunç Soyer : Fervent défenseur de la production agricole locale et durable

Maire CHP de la commune de Seferihisar depuis 2009, Tunç Soyer est l’initiateur du projet « Troc de graines ». Il a fait des études de droit ainsi que deux masters à l’étranger, l’un relatif aux relations internationales et l’autre sur l’Union européenne. Après avoir travaillé cinq ans dans le secteur du tourisme, il a intégré la direction des relations extérieures de la chambre de commerce d’Izmir. Cet homme francophone et de conviction œuvre pour la protection de l’environnement et la sauvegarde des traditions et des spécificités locales. Nous l’avons rencontré à la veille de la huitième édition du « troc de graines » afin d’évoquer ses projets de développement durable.

Vous avez été élu pour la seconde fois maire de Serefihisar, comment se passe votre mandat ?

J’ai la chance d’exercer dans un endroit paradisiaque et j’en suis très fier. Quand on me congratule pour des projets tels que le « troc de graines », cela me donne envie de faire encore davantage. Lorsque j’ai décidé de devenir maire de Seferihisar il y a neuf ans, personne ne se rendait compte de la perle qui se cachait dans Seferihisar et il fallait que j’y remédie. Après avoir été élu, je me suis dévoué à cette tâche. Petit à petit, les gens ont pris conscience que Seferihisar est un endroit très spécial et je suis très heureux de constater que j’ai contribué à ceci. Je n’ai pas fait de miracle, la ville abritait déjà ces trésors, mais j’ai réellement aimé travailler pour ce projet auquel j’ai dédié neuf ans de ma vie.

Pouvez-vous nous parler de votre travail et de vos projets ?

Je pense que le monde de demain sera un « monde de villes » et que les solutions que nous apportons sur le plan local sont donc très précieuses. La société commence à s’en rendre compte notamment avec la conférence de Paris de 2015 ainsi qu’avec les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies qui peuvent être réalisés à l’échelle de la ville. Je ne travaille pas uniquement pour Seferihisar, j’œuvre aussi pour que la ville devienne un modèle. C’est ce que j’essaye de faire au quotidien et c’est cette vision qui nous accompagne dans toutes les solutions que nous essayons de mettre en place pour répondre aux problèmes énergétiques, mais aussi pour soutenir les producteurs locaux.

Les habitants de Seferihisar nous soutiennent, car nous ouvrons la voie vers ce chemin. Actuellement, notre logo représente un escargot, car, grâce à ses antennes, il assure une bonne communication, mais aussi, car, grâce à sa coque, il protège l’intérieur. Par ailleurs, il est lent, mais il laisse une trace derrière lui. S’il y a un dicton qui dit que l’escargot ne peut pas être vendu dans un quartier musulman, les habitants ont eu l’ouverture d’esprit de s’approprier un symbole qui leur est étranger. C’est pourquoi je me permets de faire des choses beaucoup plus ambitieuses à chaque fois.

Depuis combien de temps organisez-vous le troc des graines ?

En 2006, une loi sur les producteurs de graines a été votée, mais elle a eu des conséquences très dangereuses, car elle est en mesure de porter un coup fatal aux petits producteurs et à la tradition de cultiver la terre. Nous sommes connus pour avoir jeté la première graine sur terre à Göbeklitepe et, aujourd’hui, on nous interdit de produire nos graines locales. Sur cette terre, depuis 12 000 ans, une grande variété de graines a été cultivée et cela a permis à sa population d’en vivre. Nous arrivons maintenant au point où nous importons les lentilles vertes, la paille et l’engrais. Pourtant, en Turquie, il n’y a pas eu de grandes catastrophes naturelles détruisant la terre, les rivières ne sont pas asséchées, les terres sont fertiles et le climat est le même. Qu’est-ce qui s’est passé pour que l’on importe les lentilles vertes ? Une mauvaise politique agricole !  Au sommet de la mauvaise politique agricole, il y a la politique des graines. Qu’est-ce que cela signifie d’interdire la production de graines locales ? Nous avons constaté qu’il n’existait pas d’interdiction relative au troc, alors nous avons commencé à faire des échanges de graines locales et nous avons collecté 280 sortes de graines lors de la première année en faisant du porte-à-porte. C’était en 2010. Ensuite, nous avons construit une serre et nous avons ainsi multiplié notre récolte. Puis nous avons distribué gratuitement les pousses aux petits producteurs locaux. Toutes les personnes qui le souhaitaient pouvaient s’en procurer et ils ont commencé à vendre leurs fruits et légumes dans les marchés. Nous sommes conscients que cela nous enrichit et cela se développe en Turquie.

Y a-t-il d’autres projets dont vous aimeriez nous parler ?

Je vais rapidement parler de deux d’entre eux. Tout d’abord, nous avons une municipalité pour les enfants. Ils participent donc comme les adultes à la vie citoyenne avec l’élection d’un maire qui les représente tandis que d’autres enfants sont chargés de diverses fonctions au sein de la municipalité. Le secret de la réussite est d’impliquer les enfants dans la vie et non de les voir comme de futurs adultes, car ils ont des rêves et des attentes qu’ils souhaitent réaliser. Ce projet leur permet de prendre conscience de leurs droits.

Par ailleurs, nous travaillons beaucoup sur la coopérative d’énergie solaire. Un matin, quand j’ai vu la production d’énergie solaire d’un grand groupe qui était venu s’implanter ici, j’étais dévasté. Je constatais que le vent soufflait sur nos terres, mais que c’était cette société qui en récoltait les fruits. Nous vivons sur ces terres, donc, s’ils peuvent le faire, nous aussi. Nous avons dès lors pensé à réaliser ceci par le biais d’une coopérative d’énergie solaire que nous avons construite. Mon objectif pour Serefihisar est qu’elle produise son électricité grâce au soleil et au vent.

C’est un très beau projet ! Recevez-vous un soutien de la part de l’Europe ?

Nous avons travaillé en collaboration dans le domaine de l’agriculture, de la jeunesse, de la pêche, mais nous ne l’avons pas encore fait dans le domaine de l’énergie. Nous allons y remédier.  Je sais que la presqu’île Ibérique en Espagne et au Portugal produit son énergie et est autosuffisante. Je pense qu’il est possible d’appliquer cela à toute l’Anatolie. Je vais réaliser ce projet à Seferihisarda afin de montrer que c’est faisable. J’aimerais ensuite que toutes les autres villes d’Anatolie le fassent également.

Mireille Sadège et Tülin Agaç

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