International, Politique

Grèce/Turquie : un malentendu autour de manoeuvres aériennes ravive les tensions

Aujourd’hui dans la tourmente, la Grèce devrait pourtant faire l’objet d’une plus grande intention de la part de l’Union européenne notamment grâce à sa position géographique stratégique. Au cœur des Balkans, aux portes de la Méditerranée, la position géographique de la Grèce lui a également apporté quelques problèmes, surtout avec son voisin turc. Avec leur relation pour le moins compliquée, la Turquie et la Grèce ont encore de nombreux progrès à faire dans le sens du dialogue. Cette semaine encore, les discordes entre les deux pays ont fait parler. Une affaire de message aérien d’occupation d’une bande de la mer Égée lancé soit disant par mégarde la semaine dernière par la Turquie à la Grèce nous rappelle que l’actualité est toujours fille du passé.

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Une provocation mineure…

La semaine dernière, l’actualité a encore démontré que les tensions les provocations entre la Turquie et la Grèce ne sont pas encore terminées. Beaucoup de points dans leur relation portent toujours à débat, surtout dans le domaine des revendications territoriales, maritimes et aériennes. L’accrochage entre les koutrasdeux pays au sujet des zones aériennes au-dessus de la mer Égée du 2 mars dernier n’est donc pas sans passé ni sans conséquences. Les provocations et les attaques mineures n’ont cessé depuis 40 ans jusqu’à aujourd’hui : le porte-parole grec du ministère des Affaires étrangères Konstantinos Koutras a déclaré en début de semaine que la Turquie avait lancé un NOTAM Notice to Airmen – message aux navigants aériens disant que les forces militaires turques se réservaient une large bande de l’espace aérien de la mer Egée pour des exercices, et ce jusqu’à la fin de l’année 2015. La Grèce a tout de suite interprété cette décision unilatérale turque comme une attaque et une intrusion dans l’espace aérien grec, ce qui perturberait tout le trafic. Message tanjuqui a finalement été annulé et rectifié deux jours plus tard par le porte-parole turc des Affaires étrangères Tanju Bilgiç, qui a présenté ses excuses à la Grèce et expliqué que ce message avait été envoyé par inadvertance avec de mauvaises coordonnées. Sans plus d’explications, Bilgiç ainsi que la Turquie se sont montrés prêt à résoudre tous ces accrochages diplomatiques par la voix du dialogue.

…à portée historique

Cet évènement que l’on pourrait qualifier de mineur s’inscrit pourtant dans une rancœur historique entre la Turquie et la Grèce au sujet des droits de souveraineté de certaines terres et mers. Pourtant tous deux membres de l’OTAN et alliés depuis 1952, la Turquie et la Grèce n’ont cessé de se déchirer entre la mer d’Égée et son espace aérien, pour des enjeux qui sont souvent territoriaux voire symboliques, mais surtout énergétiques, puisque le sous-sol de l’Égée regorgerait de gaz et de pétrole. Les questions ethniques et de populations séparent également la Turquie et la Grèce : avant la question de l’immigration entre les deux pays, celles de Chypre et de la Macédoine sont encore d’actualité. Autour de l’île de Chypre sévit encore et toujours, depuis son indépendance des Anglais en 1960, une lutte d’influence de la part des deux pays via leurs communautés chypriotes respectives. Cette lutte s’est notamment durcie au lendemain de la tentative de coup d’État sur l’île soutenue par le Régime des colonels grecs en 1974, suivie de l’opération militaire Attila déclenchée en réaction côté turc. Les tensions autour de la protection des minorités turque et grecque de « l’île d’Aphrodite » n’ont cessé depuis. Les conflits ethniques entre les deux pays avaient par le passé atteint des sommets à l’image des manifestations anti-Grecs qui éclatèrent à Istanbul dans la nuit du 6 au 7 septembre 1955 et qui avaient fait une douzaine de morts parmi la communauté grecque d’Istanbul alors composée de plus de 120 000 personnes (contre près de 2000 aujourd’hui). Le sujet de la Macédoine n’apaise pas non plus les relations entre les deux pays : du fait d’une forte mais discrète minorité turque Chypre_8présente dans ce pays, Ankara entretient de bonnes relations avec Skopje, ce qui ne fait qu’alimenter les dissensions avec une Grèce que l’on sait farouchement opposée à l’utilisation du nom de «Macédoine » (que porte également une région du nord de la Grèce) et qui dénonce depuis longtemps une tentative de récupération du patrimoine historique greco-macédonien, à l’image de la multiplication des statues à l’effigie d’Alexandre le Grand un peu partout dans le pays.

Des tensions qui mêlent politique et économie

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Panos Kamménos.

Les tensions entre la Turquie et la Grèce sont donc politiques et de ce fait intrinsèquement économiques, surtout depuis l’annonce des difficultés financières de la Grèce. Étant des économies voisines, les manipulations au sein des deux pays les affectent l’un comme l’autre. En Turquie a été annoncée en début de semaine la hausse des taux d’intérêts après des mois de résistance de la Banque centrale turque. Et il était temps. Depuis 2012, la livre turque n’avait jamais été aussi basse face au dollar et la croissance économique aussi faible (à hauteur de 1,7%). Le président Erdoğan et son gouvernement se sont bien sûr montrés contre cette mesure pourtant inévitable malgré quelques soupçons que ces manipulations soient plus politiques qu’économiques, pour tendre en faveur du régime. Soupçons aujourd’hui partagés par la Grèce qui craint aujourd’hui un nouveau plan d’austérité de l’Union européenne, malgré l’espoir d’une stabilisation du stock de liquidités grecques par le porte-parole de la Banque nationale, Yannis Stournas. Les suspicions et les critiques face à la Turquie se sont effectivement durcies depuis l’élection du parti de gauche radicale Syriza en Grèce aux dernières législatives de janvier 2015. Cela est notamment dû au petit parti des Grecs Indépendants, aujourd’hui allié à Syriza dans une coalition : ce parti et ses membres (dont le fondateur et actuel ministre grec de la Défense, Panos Kamménos) sont connus pour leur ligne de conduite particulièrement sévère envers la Turquie. Des efforts en terme de rapprochement entre les deux pays sont encore à faire, mais semblent donc de plus en plus difficile depuis ce début d’année 2015.

Juliette Vagile

1 Comment

  1. Il faut donc aider la Grèce économiquement pour qu’elle laisse la Turquie un peu tranquille ?

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