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Turquie et prostitution : où en est-on aujourd’hui ?

Après l’assassinat l’année dernière de deux transsexuels à Istanbul, la Turquie a connu une vague de protestations et de revendications pour la reconnaissance des transgenres, encore difficile aujourd’hui, mais aussi pour les droits de prostituées. En effet, la Turquie est un pays qui autorise et réglementarisme la prostitution, mais cela n’empêche pas pour autant le développement de nombreux réseaux de proxénétisme illégal et de dérives vers le trafic d’êtres humains.

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La Turquie, à la différence de la France, suit un régime réglementariste de la prostitution. Cela veut dire que c’est une activité légale mais toutefois encadrée. La prostitution est donc autorisée mais massivement contrôlée pour, selon la loi turque, « éviter les abus » : en effet, seuls les lieux déclarés et ayant obtenus une licence sont en droit de salarier des prostitués, et celles-ci doivent être enregistrées en tant que telles auprès de l’État turc en plus d’être soumises à un suivi médical obligatoire. Cette approche conçoit donc la prostitution comme une activité professionnelle comme une autre, les « travailleuses du sexe » turques sont donc soumis à une règlementation et jouissent légalement de certains droits du travail, comme dans n’importe quelle autre profession. Aujourd’hui, la Turquie compte 3000 prostituées officiellement reconnues pour 15000 demandes encore en attente, ainsi que 56 établissements de prostitution avec une licence agrée par l’Etat. Le Code pénal turc autorise donc la prostitution légale mais l’Article 80 punit « toute organisation de traite humaine à des fins sexuelles » de huit à douze ans de prison ferme.

prostitution 2Dans les faits, la réglementation turque ne régule pas aussi bien qu’elle le voudrait le travail sexuel. La Fondation SCELLES pour combattre le travail sexuel dénombre plutôt 100 000 prostituées en Turquie et plus d’un millier d’organisations, de réseaux, de bordels et de maisons closes illégales dans tout le pays. Depuis les années 2000 on constate une hausse des violences faites aux professionnelles du sexe. La police turque enregistre en effet, de manière officielle ou non, de plus en plus d’abus et d’agression faites à des prostituées, jusqu’au meurtre de ces deux transsexuels retrouvés l’année dernière sans vie dans les rues stambouliotes. On estime aujourd’hui que la marchandisation du sexe et son industrie rapporteraient entre trois et quatre millions de dollars par an en Turquie. Ce chiffre n’est pas étonnant au vu de la situation géographique et stratégique du pays et notamment d’Istanbul. La ville est progressivement devenue, notamment depuis le début des années 1990 et l’éclatement du bloc soviétique, une plaque tournante de la prostitution et du trafic d’êtres humains. Istanbul est une des entrées principales des prostituées venus d’Asie et surtout d’Europe de l’Est, comme la Russie ou l’Ukraine, vers l’Europe de l’Ouest. Mais le sujet reste tabou en Turquie. La fermeture il y a deux ans de six maisons closes, pourtant licenciées, dans la célèbre rue Zürafa, le quartier rouge d’Istanbul près de Karaköy, pour des raisons peu justifiées comme « publicité » ou « racolage » avait provoqué son lot de manifestations. Ces manifestations ont été violement tues par la police turque et le Gouvernement, comme la question des violences et de la lutte contre les réseaux illégaux mais aussi celle de la gestion des « travailleurs du sexe » au chômage suite à la fermeture de ces bordels qui employaient légalement plus de 300 personnes.

Juliette Vagile

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