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Turquie / Israël : la réconciliation est-elle possible ?

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu a annoncé mercredi 24 juin, que des pourparlers de réconciliation ont été engagé avec Israël. Les relations entre les deux anciens alliés régionaux étaient officiellement rompues depuis l’affaire du Mavi-Marmara en mai 2010. Un dossier qui est toujours au centre des discussions diplomatiques entre les deux pays.

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« Il est tout à fait normal que les deux pays s’entretiennent pour normaliser leurs liens. Comment peut-on parvenir à un compromis sans discuter ? », a déclaré le chef de la diplomatie, Mevlüt Çavuşoğlu, mercredi dernier devant la presse. Une déclaration qui est venue confirmer une information relayée quelques jours auparavant par des médias israéliens et turcs, selon laquelle des responsables turcs et israéliens auraient tenu des pourparlers secrets le lundi 22 juin dernier, dans le but de réconcilier les deux anciens alliés. Le directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, Dore Gold, s’est en effet entretenu à Rome avec son homologue turc Feridun Sinirlioğlu.

Cette relance des relations diplomatiques fait suite à plusieurs années de brouilles entre les deux pays. Principal contentieux : l’affaire du Mavi-Marmara.

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L’affaire du Mavi-Marmara a altéré les rapports israélo-turcs

A l’aube du 31 mai 2010, des troupes israéliennes abordent le Mavi-Marmara, navire amiral d’une flotte internationale parti pour briser le blocus israélien de la bande de Gaza. Les commandos ouvrent le feu, tuant neuf militants turcs pro-palestiniens et faisant de nombreux blessés.

Huit navires composaient l’escadrille, avec à leur bord plus de 700 personnes de 36 nationalités différentes. Ils transportaient notamment 10 000 tonnes de vivres, médicaments, vêtements et des jeux pour enfants. Ils avaient été affrétés par l’ONG turque IHH (la Fondation stambouliote pour les droits de l’homme et des libertés et du secours humanitaire), une organisation de charité islamique.

En janvier 2011, une commission israélienne chargée de statuer sur la conformité au droit international du blocus maritime de Gaza et sur le débarquement des soldats israéliens, a sans surprise attesté la légalité. Une enquête de l’ONU avait abouti en septembre 2011 à des conclusions juridiques similaires, considérant le blocus comme une « mesure de sécurité légitime » mais dénonçant un recours à la force « excessif et déraisonnable ».

Suite à cet assaut et après la publication de l’enquête de l’ONU, le gouvernement turc décida d’expulser l’ambassadeur israélien dès septembre 2011.

israel_3Deux alliés régionaux de Washington en phase de rapprochement

A la suite de la visite du président Barack Obama en Israël en mars 2013, et vraisemblablement à sa demande, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou fait le premier pas, appellant le Premier ministre turc de l’époque, Recep Tayyip Erdoğan, pour lui présenter ses excuses pour la mort des neuf civils. Cette visite diplomatique effectuée par le président américain incarne la volonté de maintenir ses partenariats, comme en témoigne le communiqué officiel de la Maison-Blanche : « les Etats-Unis attachent une grande importance au rétablissement de relations positives entre Israël et la Turquie afin de faire avancer la paix et la sécurité régionales. »

Depuis cet appel téléphonique, les diplomates des deux pays se sont réunis à Jérusalem et à Ankara pour des pourparlers de réconciliation, parvenant à une certaine forme d’avancée en décembre 2013.

En effet, la Turquie a émis trois conditions à la normalisation des relations bilatérales : des excuses israéliennes, des compensations financières pour les familles des neuf victimes et la levée du blocus sur la bande de Gaza. En échange, Israël réclame à son tour que la Turquie renonce aux poursuites judiciaires débutées à l’encontre des soldats et officiers impliqués dans l’interception de la flottille. A cela s’ajoute une normalisation des relations entre les deux pays qui va au-delà du simple retour des ambassadeurs.

Le 29 avril 2014, Recep Tayyip Erdoğan annonce qu’un accord a été trouvé sur les indemnisations. Le quotidien israélien Haaretz en précise même le montant : 20 millions de dollars de dédommagements pour les familles des victimes turques.

Le jeu des alliances

Depuis longtemps, Recep Tayyip Erdoğan ne cache pas son désir de faire de la Turquie la nouvelle puissance régionale. Un projet d’autant plus envisageable depuis que l’Egypte et la Syrie sont en proie à une vaste entreprise de déstabilisation. Evoluant dans un contexte similaire, Israël a tout intérêt à se rapprocher de la Turquie, étant donné ses rapports tendus avec Damas et Téhéran.

Selon les propos de l’écrivain et politologue palestinien Nassar Ibrahim : « lors du déclenchement du Printemps arabe, monsieur Erdoğan, président de l’AKP, s’est lancé contre le régime de Moubarak, de Ben Ali, de Kadhafi et enfin contre celui de Bachar el-Assad. Tout en commettant une erreur stratégique puisque la Syrie a été un allié loyal pendant des décennies. »

Mais deux ans après le début de la guerre civile, la Syrie n’est toujours pas tombée et, pendant que les groupes islamiques perdent du terrain, les milices d’Al-Qaïda avancent. De ce fait, l’armée qui jouit en Turquie d’une position particulière, a très durement critiqué monsieur Erdoğan. Ce dernier est notamment accusé d’avoir favorisé son parti politique tout en sacrifiant les intérêts économiques et politiques de la Turquie.

C’est dans se contexte que doit être lu le rapprochement avec Israël. La Turquie s’est isolée et se retrouve désormais entourée d’Etats antagoniques comme la Syrie, l’Egypte, l’Iran et l’Irak. Lui reste l’OTAN, les Etats-Unis et l’Europe, c’est-à-dire les plus fidèles alliés d’Israël. Et si Ankara souhaite s’assurer du soutien de l’Occident et des missiles Patriot de l’Alliance atlantique, elle a tout intérêt à se rapprocher de Tel-Aviv.

Mais les élections législatives du 7 juin n’apparaissent pas favorables au renforcement d’un pouvoir présidentiel dont bénéficierait Recep Tayyip Erdoğan. La mise en place du nouveau gouvernement peut, selon les autorités, s’inscrire en meilleure concordance avec la ligne politique israélienne.

Jessica Mauzole

1 Comment

  1. Foulon

    Espérons aussi que bientôt les israéliens démocrates sauront se libérer de l’emprise de l’Extrême-droite et des fanatiques religieux, pour avancer vers la paix avec les palestiniens.
    Netanyahu et sa bande de colonialistes sont des obstacles pour la paix, d’ailleurs avec la complicité des marchands d’armes.

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