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Turquie : le patrimoine archéologique comme force économique et politique

Le budget consacré aux opérations archéologiques est en forte augmentation cette année comparé aux chiffres de 2016. Une évolution en accord avec la politique de valorisation du patrimoine mise en place par le ministère de la Culture et du Tourisme il y a plus de treize ans. Depuis le début de l’année, près de 90 millions de livres turques ont été allouées aux opérations archéologiques par le ministère de la Culture et du Tourisme, selon ses propres chiffres. Un budget important, réparti sur différents sites à travers le pays. Les objectifs sont avant tout économiques et politiques après une année 2016 particulièrement difficile pour le tourisme en Turquie, marquée par les attentats terroristes et le retour du conflit dans le sud-est du pays. Une série d’événements qui ont mis un frein aux investissements importants déployés par le gouvernement peu de temps après l’arrivée au pouvoir du Parti de la Justice et du Développement (AKP) en 2002.

Une reprise en main sur le long terme

Le budget global consacré aux opérations archéologiques a été multiplié par 45 depuis 2003, selon les informations révélées par le ministère de la Culture et du Tourisme. Cette progression spectaculaire obéit en grande partie à une logique de rentabilité de la part du gouvernement qui souhaite développer le secteur touristique. Une politique qui a déjà largement porté ses fruits. En 2015, la Turquie s’est hissée à la sixième place dans le classement des destinations touristiques mondiales avec 32,6 millions de visiteurs. Un chiffre qui contraste radicalement avec les 10 millions de voyageurs reçus en 2000.

La Turquie souhaite également « s’affirmer sur la scène internationale comme un pays moderne, soucieux de la mise en valeur de son patrimoine » analyse l’archéologue Olivier Henry, ancien pensionnaire à l’Institut français des études anatoliennes (IFEA). Une initiative qui passe aussi bien par des investissements nationaux que par une participation accrue au sein d’institutions internationales. Au premier rang desquelles l’UNESCO, qui compte la Turquie comme l’un de ses 25 principaux donateurs depuis 2000. Une relation diplomatique essentielle pour le rayonnement du pays, dont l’importance est d’ailleurs réaffirmée dans le rapport du troisième Conseil d’État à la Culture, qui s’est tenu à Istanbul le 5 mars 2017.

Un nouveau contexte

Cette année, 118 fouilles ont été menées sur le territoire national par des équipes de recherches turques, contre 32 par des équipes étrangères. Une proportion qui illustre l’efficacité des réformes engagées par le gouvernement dans le secteur de l’archéologie en 2013. Ces modifications réglementaires avaient notamment pour objectif de favoriser les acteurs locaux à intervenir sur les opérations archéologiques, minoritaires quelques années auparavant, par rapport aux acteurs étrangers. Une reprise en main qui a considérablement diminué le nombre de fouilles dirigées par des Français, obligés de développer des partenariats avec des équipes turques pour maintenir leur présence sur le territoire.

Par ailleurs, la Turquie investit d’importants moyens financiers et s’appuie sur les réformes mises en place en 2013, qui ont opéré d’importants changements dans l’encadrement des opérations archéologique. « La qualité du travail effectué ne s’estime plus en terme de résultat scientifique, mais plutôt en terme de budget, de nombre d’intervenants (archéologues et ouvriers compris) et de temps de fouilles », soulignait Olivier Henry la même année. Plus les équipes de recherches fournissent des objets aux musées locaux, mieux elles sont évaluées. Cependant, ce nouvel environnement réglementaire a aussi eu des effets positifs sur le patrimoine archéologique, notamment en relançant certaines opérations sur le point de disparaitre. En tout cas, les réformes vont faciliter la réalisation des objectifs du gouvernement, qui tente de rattraper la situation catastrophique de l’année dernière.

Les événements de 2016 ont entraîné une baisse de près de 30% des revenus liés au tourisme. Ils ont ainsi affecté les sommes allouées aux opérations archéologiques par le ministère de la Culture et du Tourisme, qui, faute de moyen, n’a pu verser que 28 millions de livres turques cette même année. Pour des raisons de sécurité, des fouilles ont également été annulées dans des zones sensibles du pays, notamment sur l’Euphrate et le Tigre, comme le révèle Martin Godon, responsable du pôle Archéologie à l’IFEA. Le gouvernement affiche donc aujourd’hui, plus que jamais, sa volonté de développer le patrimoine archéologique et culturel de la Turquie. Des investissements gigantesques qui s’inscrivent dans une politique plus large de relance économique, dont les effets se font sentir au sein de nombreux secteurs.

Jean-Baptiste Connolly

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