Politique

Turquie : terre d’asile pour les réfugiés syriens

Le dimanche 14 juin, des milliers de réfugiés syriens massés à la frontière ont pu franchir les barbelés après la réouverture de la frontière turque, fermée « temporairement » par Ankara mercredi dernier. L’armée turque avait tenté de contenir l’afflux de réfugiés ces derniers jours, par l’utilisation de canons à eau notamment. Selon les médias turcs, quelque trois mille Syriens (kurdes et arabes) auraient traversé la frontière au point de passage d’Akçakale. Avec plus d’un million huit-cent mille réfugiés en provenance de la Syrie, la Turquie est leur principal pays d’asile depuis le début du conflit en mars 2011.

Le passage des barbelés 

Dimanche, en début de soirée, Ankara a décidé de rouvrir sa frontière à Akçakale, village limitrophe de la ville syrienne de Tal-al-Abyad, prise d’assaut depuis quelques jours par les combattants kurdes de l’Unité de protection du peuple (YPG) contre l’occupation des jihadistes de l’État islamique. La ville, porte d’entrée des combattants et des armes, est une base stratégique pour les jihadistes. Le contrôle de Tal-al-Abyad par les forces kurdes, soutenus par les rebelles syriens et la coalition internationale anti-jihadiste, permettrait de saisir l’une des routes principales de l’État islamique, qui possède plus de la moitié du territoire syrien selon l’OSDH (Observatoire syrien des droits de l’homme).

Les populations civiles, prises dans les combats, se sont amassées dès samedi dernier au niveau de la frontière, limitée par des barbelés, avant de pouvoir passer du côté turc le lendemain en fin de journée. Après un contrôle sanitaire et leur enregistrement par les autorités, les réfugiés ayant des parents en Turquie ont été autorisés à les rejoindre. Pour les autres, ils ont été déplacés dans les camps syriens présent sur le territoire, principalement au niveau de la frontière syrienne.

L’accueil des réfugiés en Turquie

camp-syrienDans la zone frontalière du sud-est, plus d’une vingtaine de camps de réfugiés a été ouverte ces dernières années. L’un d’entre-eux, implanté depuis bientôt un an à Diyarbakır, dans la province de Yenişehir, est financé par la municipalité HDP, gouvernée par Gültan Kışanak. Il comporte plus de 4000 personnes, dont 80% de femmes et d’enfants. Les hommes, maris et adolescents ont été tués par Daech. L’objectif : supprimer les futurs combattants qui pourraient devenir une menace pour les forces de l’État islamique. Les réfugiés viennent pour la plupart de la région de Kobané en Syrie, d’autres sont originaires de la ville de Sinjar, en Irak, prise par l’État islamique en août 2014.

Le camp est équipé de tentes et de toilettes portatives, installées dans un vaste espace vert de la région où les enfants jouent au football avec des pierres, faute d’avoir un ballon. La présence d’un hôpital permet de soigner les blessures légères, mais les problèmes de santé plus graves ne sont pas pris en charge. Une école a été mise en place mais les enfants, trop nombreux dans le camp, ne peuvent pas tous y accéder.

Selon le UNHCR (L’agence des Nations unies pour les réfugiés), plus de 200 000 réfugiés séjourneraient dans ces camps, ce qui représente à peine 14% des demandeurs d’asile. La plupart des réfugiés est donc plus souvent livrée à elle-même dans les grandes villes et vit dans des conditions très précaires, ce qui créé une source de tension croissante avec les populations locales turques.

La Turquie et sa politique de « porte ouverte »

syrie-turquieAvec plus d’un million de réfugiés sur son territoire depuis le début du conflit en 2011 et une dizaine de milliers depuis ces dix derniers jours, la Turquie est le principal pays d’asile pour les Syriens. La fermeture des frontières décidée quelques jours plus tôt par Ankara se voulait « préventive » et « temporaire » selon les mots du vice-Premier ministre Numan Kurtulmuş. La fin du barrage par l’armée turque a relancé la politique d’ouverture du pays. Le gouvernement d’Ankara a annoncé avoir dépensé plus de 5,5 milliards de dollars dans l’accueil des réfugiés depuis le début du conflit, et dénonce fréquemment l’immobilisme des pays occidentaux face à cette crise humanitaire.

Cependant, le président Recep Tayyip Erdoğan ne voit pas d’un bon œil l’avancée des combattants kurdes à la frontière. Le PYD, parti de l’union démocratique, l’aile politique du YPG, est considéré par Ankara comme la branche syrienne du PKK, organisation terroriste selon les autorités turques. Le gouvernement s’inquiète d’une poussée séparatiste kurde dans la région et considère cette montée en puissance comme une menace à venir pour le pays.

L’objectif de la Turquie dans la résolution de la crise syrienne est double, voire parfois contradictoire. Le gouvernement doit faire face à la nécessité de lutter contre l’État islamique, ainsi que venir en aide au « peuple frère », selon les propos du président Recep Tayyip Erdoğan, tout en évitant de contribuer au renforcement des organisations kurdes dans une région aux aspirations séparatistes.

Florie Cotenceau

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *