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Turquie – UE : la Commission publie son dernier rapport

Le 8 octobre dernier a été communiqué par la Commission européenne son dernier rapport en date sur les progrès accomplis dans les sempiternelles négociations entre Union européenne et Turquie. L’occasion pour nous d’analyser l’avancée des discussions et de recueillir les toutes premières réactions turques.

Commission Européenne

Commission Européenne

Au programme de ce 17ème rapport et dernier de la Commission Barroso : de timides avancées, quelques remarques positives, un certain nombre de critiques mais aussi des pistes d’actions à entreprendre. De manière prévisible, les scandales de corruption qui ont frappé le pays à la fin 2013 au même titre que la réponse gouvernementale à ces derniers ont fait l’objet de « vives préoccupations quant à l’indépendance du pouvoir judiciaire et la protection des libertés fondamentales ». D’un autre côté, les experts de la Commission ont souligné un important nombre de pas en avant entrepris par la Turquie ces 12 derniers mois à l’instar du lancement du dialogue sur la libéralisation des visas, la volonté de régler pacifiquement la question kurde ou encore l’adoption d’un plan d’action sur la prévention des violations de la Convention européenne des droits de l’homme.

Présent le jeudi 16 octobre dernier à Bruxelles pour y rencontrer le Commissaire européen à l’élargissement, Volkan Bozkır, le récemment nommé ministre turc des Affaires européennes, a évoqué un rapport « objectif et équilibré ». « La dimension historique du processus de paix y a été soulignée. La société civile est perçue comme faisant des progrès, l’accueil des réfugiés syriens est apprécié. La Turquie est maintenant un pas plus proche des standards européens. Des progrès ont été accomplis sur 30 des 33 chapitres. », s’est-il félicité avant de nuancer que « certaines critiques sont injustes » et que l’absence de progrès dans plusieurs chapitres incombe aux motivations politiques de certains Etats membres.

« Toujours la même chose »

Le contenu du texte n’a pas franchement enthousiasmé Haydar Cakmak, président du département des Relations Internationales à l’Université de Gazi, pour qui ce rapport n’apporte absolument rien. « C’est comme d’habitude, ça ne change pas. Le rapport est toujours composé de trois parties : d’abord des critiques à l’égard du gouvernement, ensuite ce qui s’est passé et ce que le Gouvernement devrait faire, enfin une ouverture et une piste pour le futur. Depuis toujours les rapports tournent autour de ces trois choses : passé, présent et futur et, depuis toujours, ceux qui rédigent ces rapports regardent de leurs fenêtres sans prendre en compte les réalités turques, ils ne prennent jamais de décision. », fustige-t-il. D’après notre interlocuteur, Bruxelles jouerait volontairement la carte de l’ambiguïté vis-à-vis d’Ankara : « L’Europe ne veut pas que la Turquie entre, mais elle ne veut pas pour autant qu’elle s’éloigne, vers la Russie par exemple. Ils veulent la garder à côté. Cette politique européenne les arrange beaucoup. »

« Tout dépend de quelle Europe nous parlons »

Son de cloche sensiblement différend du côté de Can Baydarol, grand spécialiste de l’Europe et des relations turco-européennes auxquelles il a consacré plusieurs ouvrages, pour qui l’Union douanière par exemple, bien qu’incomplète, a donné un sacré coup de fouet à la santé économique du pays grâce aux quelque 15 000 investisseurs étrangers qu’elle a fait venir : « Depuis 10 ans, on ne peut plus parler de l’économie turque mais plutôt de l’économie en Turquie. » S’il consent qu’une perspective d’adhésion semble toujours aussi vague, la solution pourrait provenir de la structure de l’Union, sujette à transformations : « On a l’impression que l’Europe ne sait pas trop ce qu’elle va devenir. Tout dépend de sa forme future. Si elle évolue dans une dimension fédérale, alors ça risque d’être très difficile pour la Turquie. Mais si c’est une structure confédérale qui s’impose, celle d’une Europe à deux vitesses, alors il y a clairement un avenir pour nous. » L’expert en profite pour rappeler qu’un des chapitres des négociations, le chapitre social portant sur les droits des travailleurs, est pour l’instant bloqué par la Turquie elle-même, pour des considérations économiques, avant d’avertir : « Il faut garder la vocation européenne, c’est la carotte. »

Alexandre De Grauwe-Joignon

1 Comment

  1. patrick

    Personnellement je ne suis pas persuadé que la Turquie ait un réel intérêt à rejoindre l’UE !
    Economiquement certainement pas !
    Politiquement, effectivement respecter le droit d’expression et la liberté des citoyens ,en 1 mot la laïcité tant défendue par Atatürk serait 1 PLUS ! ce n’est pas le cas de AKP ,parti au pouvoir depuis + de 10 de ans maintenant……………Melting pot entre Société civile ,Justice ,Droit ,Politique et Religion ??????????????????????
    Quelques tristes records à rappeler : numéro 1 (devant la CHINE) pour les journalistes et intellectuels en prison
    numéro 1 pour les accidents du travail (bâtiment,construction,mines)
    numéro 1 pour les accidents automobiles
    Champion des interdictions des réseaux sociaux sur Internet
    et que dire du mépris pour 48% de la population turque qui n’a pas voté pour le Parti au pouvoir ………………………………………

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